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ING, Boursorama, Orange : cette révolution qui brouille les cartes

Pile de cartes bancaires noires
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De plus en plus de banques proposent des cartes bancaires dites premium, mais à autorisation systématique. Pourquoi cette (r)évolution ? Et que valent-elles par rapport aux cartes Premier ou Gold traditionnelles ?

C’est une tendance forte dans les banques digitales : l’émergence d’une nouvelle génération de cartes bancaires, premium par les prestations qu’elles offrent, mais à contrôle de solde, c’est-à-dire conçue pour interroger la banque à chaque opération. On les retrouve notamment chez ING, Orange Bank, N26 ou Revolut. Plus récemment, c’est le leader de la banque en ligne en France, Boursorama, qui s’y est mis avec Ultim.

Premium et contrôle de solde ? N’y aurait-il pas contradiction dans les termes ? Historiquement, l’interrogation systématique du solde est en effet plutôt une caractéristique des cartes d’entrées de gamme, Maestro chez Mastercard et Electron chez Visa. Des cartes conçues pour éviter les découverts et généralement destinées à un public modeste financièrement. Pas du tout la cible, de fait, des nouvelles cartes évoquées ici, conçues pour une clientèle de cadres voyageurs.

Le marché des cartes premium à contrôle de solde

  • Boursorama Ultim - Carte développée avec Visa, débit uniquement. Gratuite, sans conditions de revenus, à condition de faire un premier dépôt de 500 euros et de l’utiliser au mois une fois par mois. 15 euros par mois sinon. Gratuité des opérations en devises. Package d’assurances aligné sur la carte Premier (responsabilité civile à l’étranger, assurances voyages, assistance médicale, etc.).
  • ING - Carte Gold Mastercard, débit ou crédit. Gratuite, sans conditions de revenus. Pour cela, il faut maintenir un flux créditeur minimum de 1 200 euros par mois ou de déposer au moins 5 000 euros sur ses comptes. 5 euros par mois sinon. Package d’assurances Gold (responsabilité civile à l’étranger, assurances voyages, assistance médicale, etc.).
  • N26 Black - Carte Mastercard, débit uniquement. 9,90 euros par mois. Gratuité des opérations en devises. Assurances voyages, assistance médicale à l’étranger mais pas de responsabilité civile à l’étranger.
  • Nickel Chrome - Carte Mastercard, débit uniquement. 50 euros par an. Gratuité des paiement en devises, un euro pour les retraits. Package d’assurances aligné sur la carte Gold (responsabilité civile à l’étranger, assurances voyages, assistance médicale, etc.).
  • Orange Bank Premium - Carte Visa, débit ou crédit. 7,99 euros par mois. Gratuité des opérations en devises. Responsabilité civile à l’étranger, assurances voyages, assistance médicale, etc.
  • Revolut Premium - Carte Mastercard, prépayée uniquement. 7,99 euros par mois. Gratuité des paiement en devises, retraits gratuits jusqu’à 400 euros par mois, 2% du montant ensuite. Assistance médicale à l’étranger.

A noter que N26 et Revolut proposent des versions Metal de leurs cartes, plus chères et intégrant des offres et des garanties supplémentaires pour les voyageurs.

Pour aller plus loin : les comparateurs des cartes bancaires gratuites et des banques mobiles.

Des cartes qui émergent depuis 2016

Ce sont deux banques mobiles, N26 et Revolut, qui ont lancé la mode. Et la raison était surtout technique. Les deux enseignes ont en effet en commun de ne pas proposer de découverts à leurs clients français. Afin d’éviter de passer dans le rouge, l’interrogation systématique du compte, pour vérifier que le solde permet de couvrir la dépense, est donc indispensable. Dans le même temps, ces deux acteurs ont choisi de lancer des versions payantes de leurs offres, équipées de cartes plus attrayantes visuellement et enrichies en assurances et services. Ainsi sont nées N26 Black, dès octobre 2016, puis Revolut Premium, rejoints depuis par Nickel Chrome, autre compte sans découvert.

Du côté des banques en ligne de la première génération, c’est ING qui a ouvert le bal. Fin 2017, la banque en ligne d’origine néerlandaise a renouvelé l’ensemble du parc de son unique carte bancaire, une Gold Mastercard, au profit d’un nouveau modèle à contrôle de solde. Plus récemment, Boursorama Banque lui a emboîté le pas. Pas de renouvellement complet du parc cette fois : la carte Ultim à contrôle de solde s’ajoute à l’offre de la banque en ligne et se pose en alternative à la Visa Premier, dont elle reprend notamment le package d’assurances.

L’avantage du temps réel

Le grand avantage des cartes à contrôle de solde, c’est le temps réel. C’est-à-dire la capacité pour la banque de mettre à jour le solde du compte du porteur immédiatement, après chaque paiement ou retrait, lorsqu’il faut souvent plusieurs jours pour voir apparaître les paiements avec les cartes traditionnelles.

A l’âge du smartphone généralisé, il y a clairement une demande des consommateurs pour ce degré de réactivité. Mais le temps réel est aussi, et peut-être avant tout, un avantage pour la banque. Xavier Prin, directeur du marketing et du portail de Boursorama, le reconnaissait récemment dans un entretien consacré à la nouvelle carte Ultim : « Il permet aussi un contrôle de l’usage, et donc une maîtrise du risque associé à ces cartes qui, il faut le rappeler, sont accessibles sans conditions de revenus ».

Des terminaux de paiement modernisés

L’usage de ces cartes premium à autorisation systématique est facilité par la modernisation des terminaux de paiement électroniques (TPE) qui équipent les commerçants. De plus en plus souvent, ces TPE sont connectés, non plus au vieux réseau téléphonique « cuivre » (RTC), mais à l’internet (IP). Une évolution qui permet d’accélérer, de rendre plus fiables et moins chères les interrogations de solde.

La généralisation de ces terminaux IP est d’ailleurs l’un des objectifs de la stratégie nationale des paiements, mise en œuvre depuis 2015 par les pouvoirs publics. Depuis 2017 déjà, les banques ne distribuent plus de nouveaux TPE RTC. Le processus n’est pas encore achevé mais devra impérativement l’être avant 2023 : c’est en effet à cette date que les lignes cuivre seront définitivement mises au rencard. Une évolution qui pourrait entraîner, selon un spécialiste de la monétique, la fin des « cartes à débit immédiat, [remplacées] par des cartes à autorisation systématique ».

Un petit risque de refus de paiement

Ces « fausses » cartes Gold ou Premier ont aussi des inconvénients. Même si c’est de moins en moins vrai grâce aux TPE IP, il y a encore des cas de figure où les porteurs de ses cartes à contrôle de solde s’exposent à des délais de validation, voire à des refus de paiement lorsqu’il est impossible d’interroger le solde. Enervant quand on pense posséder un carte haut de gamme.

Dans le cas d’ING, cela a tourné à la catastrophe. Peu après le début de l’émission de sa nouvelle Gold Mastercard, certains usagers ont commencé à se plaindre de refus de paiement dans des situations particulièrement gênantes : au moment de payer une place de parking, ou au péage d’une autoroute. Soit face à des automates parfois anciens, et incompatibles avec la nouvelle carte. Résultat : ING a dû se résoudre à remplacer une partie du nouveau parc...

Pour prévenir ces soucis d’acceptation, Boursorama, ING et Orange Bank, trois banques à part entière qui tolèrent les découverts, ont ainsi dû renoncer au temps réel intégral : leurs cartes sont désormais paramétrées pour tolérer, dans certaines limites, les paiement dits « offline », c’est-à-dire sans interrogation du solde.

Faut-il succomber ?

Au final, faut-il succomber aux charmes de ces nouvelles cartes ? Si, pour des raisons de coût ou d’éligibilité, vous ne possédez qu’une carte classique, la réponse est oui. A condition, bien sûr, que vous ayez l’intention de sortir de France dans les prochains mois. Car l’essentiel des avantages de ces cartes se révèlent quand vous voyagez.

Si vous possédez déjà une carte Premier, Gold ou au-dessus, la réponse est plus nuancée. Là encore, cela dépend si vous comptez voyager hors des frontières de la zone euro, et profiter ainsi de la gratuité sur les paiements et retraits en devises. Car pour le reste, les cartes haut de gamme classiques conservent bien des avantages : la possibilité du débit différé, une meilleure acceptation, des surclassements et remises diverses, etc.

Lire aussi : Les privilèges méconnus des cartes bancaires

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© cbanque.com / VM / Juillet 2019

Commentaires

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Publié le 10 juillet 2019 à 10h21 - #1Dreaman

Je ne savais pas que la CB ING était une carte à autorisation systématique ...
Client a 100% de bourso, je suis content qu'il n'ait pas pris le même chemin ... j'aurai changé de crèmerie... voyageant beaucoup à l'étranger, très peu pour moi.

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Publié le 12 juillet 2019 à 22h06 - #2tristanyseu
  • Homme
  • Saint-Denis 93

Une carte dite "premium" à autorisation systématique ! Bientôt il faudra l'autorisation des parents voire une caution ! Je dispose d'une carte Premier payante ( ma banque est citoyenne ! ) et j'ai négocié avec le conseiller bancaire, plafonds de paiement et de retrait ainsi que le découvert dont je ne me sers pas . Quand c'est "trop gratuit" c'est louche .

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