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PME et TPE : les fintechs peuvent-elles remplacer votre banque ?

Groupe de personnes au travail devant un ordinateur
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De plus en plus de nouveaux acteurs entreprennent de proposer des services bancaires aux professionnels et aux petites et moyennes entreprises. Mais ces offres alternatives, censées être plus agiles et moins chères, peuvent-elles vraiment faire de l’ombre aux banques traditionnelles ?

Ces derniers mois, le territoire de la Fintech française s’est peuplé de nouveaux habitants. Tous ont un point commun : leur volonté de « secouer » le marché de la banque pour les petites et moyennes entreprises. Leur intuition : ces dernières sont les grandes oubliées de la transformation numérique de l’industrie bancaire. « Face à l’émergence des banques en ligne, puis des néobanques, les banques traditionnelles se sont focalisées sur la clientèle des particuliers, mais ont laissé de côté les petites entreprises », confirme Alexandre Prot, fondateur et patron de Qonto.

Avec ses 10 000 clients revendiqués, cette néobanque lancée en juillet 2017 fait figure de leader présumé de ce nouveau marché. Mais il est loin d’être le seul compétiteur. Manager.One, Sogexia, Anytime et bientôt Margo Bank et Monaize (lire encadré) ciblent eux aussi la clientèle des TPE/PME. Soit environ 3,7 millions de sociétés en France, tout de même.

Rapidité, simplicité, connectivité

La recette de base de ces nouveaux acteurs ressemble beaucoup à celle des néobanques pour les particuliers : un compte courant avec IBAN ; des paiements par carte illimités et sans commission ; une ouverture de compte 100% en ligne, en quelques minutes, 24h/24 et 7/7, et des moyens de paiement expédiés en quelques jours ; une gestion également 100% en ligne, avec l’accent mis sur le mobile.

Pour attirer les entrepreneurs, les néobanques ajoutent toutefois à cette offre de base des services répondant plus spécifiquement à leurs besoins. Par exemple pour leur simplifier les tâches de comptabilité. Chez Qonto, chaque paiement par carte déclenche une notification, qui permet sur le champ de prendre une photo du justificatif de la dépense. La fintech s’est également inspirée de Gmail pour concevoir son historique des opérations, illimité et interrogeable grâce à une barre de recherche.

L’autre caractéristique des néobanques pour les PME, c’est leur ouverture. Grâce à des API, elles ont la capacité d’interagir, de manière sécurisée, avec d’autres services, notamment des applications de comptabilité. Elles autorisent également les imports et les exports de données dans différents formats : un simple fichier xml, par exemple, permet de générer le paiement des salaires des collaborateurs.

Transparence des tarifs

L’autre argument des néobanques pour les PME, ce sont leurs prix. Alexandre Prot estime ainsi que Qonto coûte « au moins deux fois moins cher » qu’une banque traditionnelle, avec ses packages allant de 9 euros HT par mois, pour un travailleur individuel, à 299 euros pour une PME. Comme Qonto, Manager.One (29,99 euros par mois + 9,99 euros par carte supplémentaire) et Anytime (29,50 euros par mois pour 2 cartes bancaires pro) ont fait le choix de la formule tout compris. Sogexia, de son côté, ne facture que 14,90 euros par an et par carte, mais fait payer à l’unité certaines opérations : les retraits (3 euros par opération) par exemple, ou les virements entrants (1,25% du montant).

Le prix, toutefois, n’est pas forcément un facteur clé pour les entreprises. D'autant que les banques traditionnelles sont capables de « casser » leurs prix pour attirer certaines cibles choisies, comme les professions libérales ou les micro-entrepreneurs. Pour se différencier des offres traditionnelles, les néobanques mettent ainsi en avant la transparence de leur grille tarifaire. « Pas d’entourloupe, pas de frais cachés, pas de négociations », détaille Alexandre Prot. « Et nos clients peuvent partir quand ils veulent. »

Des freins préjudiciables

Séduisants sur le papier, ces nouveaux acteurs peuvent-ils pour autant remplacer votre banque traditionnelle ? Difficilement : pour l’essentiel des TPE/PME, leur offre est aujourd’hui trop étroite.

QontoManager.OneSogexiaAnytime
Nombre de cartes bancaires pro incluses (maximum)15142
Services d'aide à la comptabilitéOuiOuiOuiOui
Encaissement de chèquesNon
(en projet)
Non
(en projet)
NonOui
(4 par mois)
Encaissement par carte bancaireNon
(partenariat iZettle)
NonNonOui
CréditsNonNonNonNon
Coût d'accès au service

de 9 à 299 €
par mois

29,99 €
par mois
14,90 €
par an / carte
29,50 €
par mois

Le principal absent de leur catalogue est le crédit. Etablissement de paiement (Qonto), ou simple intermédiaire (Sogexia, Anytime), les néobanques pour les pros ne peuvent proposer ni découvert, ni offres de financement. Seul Manager.One est commercialisé par un établissement de crédit - la banque Wormser Frères - mais n’a pas pour autant l’intention de proposer, dans l’immédiat, du crédit. D'autres besoins courants des entreprises ne sont pas pris en charge : c'est le cas des placements, ou encore des émissions de prélèvements.

Il y a également des limites sur les encaissements. Seul Anytime permet aujourd’hui d’encaisser des chèques, et seulement 4 par mois. Conscient qu’il s’agit là d’un frein important pour certaines entreprises, notamment dans le secteur du commerce, Qonto et Manager.One devraient proposer ce service prochainement.

Même constat pour les encaissements de paiement par carte : seul Anytime propose à leurs clients de leur fournir un terminal de paiement en mobilité (mPOS). Qonto, de son côté, a préféré tisser un partenariat avec iZettle, pour les paiements physiques, et Stripe pour les paiements en ligne. Un choix assumé par Alexandre Prot : « La stratégie de Qonto, c’est de proposer le compte courant le plus intelligent, pas de tout faire nous-mêmes. »

Les créateurs d’entreprise ciblés

Au final, le constat est assez clair : la néobanque n’est pas (encore) pour toutes les TPE/PME. Les acteurs de ce nouveau marché l’ont bien compris. Ils visent dans l’immédiat plutôt les indépendants, les entrepreneurs et les professions libérales que les entreprises proprement dites.

Seul Qonto dispose aujourd’hui d’une offre taillée pour le marché des PME, avec ses packages Premium (15 utilisateurs, 99 euros HT par mois) et Entreprise (nombre d’utilisateurs illimité, 299 euros HT par mois). En prenant en charge gratuitement les dépôts de capital, la fintech espère notamment attirer des sociétés en cours de création, particulièrement dans le secteur des services et de l’économie numérique où la relation 100% en ligne et l’absence d’encaissement de chèques ne sont pas forcément un obstacle. Un profil qui représente aujourd’hui environ un tiers des clients de Qonto. Les autres catégories de PME pourront, elles, se contenter dans l’immédiat de tester ces nouveaux acteurs en tant que compte secondaire.

En attendant Monaize et Margo Bank

Dans les mois à venir, le marché des néobanques pour les pros va encore se développer, avec l’arrivée de deux nouveaux acteurs. Le premier, Monaize, va viser plus spécifiquement les créateurs d’entreprises. Margo Bank, en revanche, va venir, en 2019, marcher sur les platebandes de Qonto avec une offre dédiée aux PME comprenant des offres de crédit et le recours à des conseillers spécialisés.

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© cbanque.com / VM / Juin 2018