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Banque en ligne : l'ouverture de compte via FranceConnect va-t-elle se généraliser ?

Une femme devant un ordinateur
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Boursorama Banque permet désormais à ses nouveaux clients d’utiliser FranceConnect pour les aider à ouvrir un compte. Un premier pas dans l’usage privé du service d'identité numérique de l'administration française. Quels sont les avantages pour le client ? Et pour Boursorama ? Et cette innovation a-t-elle une chance de se généraliser ?

Dans une relative discrétion, un nouveau bouton a fait son apparition ces derniers jours sur le formulaire web d’ouverture de compte de Boursorama : « S’identifier avec FranceConnect ». Un bouton que vous reconnaîtrez peut-être, si vous êtes utilisateur d’Ameli (l'assurance maladie en ligne), du site web des impôts ou si vous avez accédé à vos points retraite.

C’est en effet la raison d’être de FranceConnect : faciliter l’accès des citoyens aux démarches administratives en ligne. Développé à l’initiative de la direction interministérielle du numérique et du système d'information et de communication de l'Etat (DINSIC), le service d'identité numérique était ainsi réservé, depuis son lancement en juin 2016, au secteur public. Bilan trois ans après : 500 fournisseurs de services - dont de nombreuses municipalités - y sont connectées, et 9 millions de personnes l’ont déjà utilisé.

« Boursorama a été la plus rapide à réagir »

Depuis novembre 2018, et la modification de l’arrêté qui encadre ses missions, FranceConnect s’est ouvert aux acteurs privés. Pas à tous, mais aux acteurs réglementés, ceux qui ont l’obligation légale de vérifier l’identité de leurs usagers. Les banques en font partie, au même titre, par exemple, que les assureurs ou les fournisseurs d’énergie.

« Mettre un pied » dans l’environnement FranceConnect

Parmi elles, « Boursorama a été la plus rapide à réagir », explique Stéphane Mavel, en charge des partenariats de FranceConnect. La banque en ligne est ainsi devenue la première banque à intégrer le service. « Dès que l'arrêté a été publié, nous en avons profité pour mettre un pied dans cet environnement, tester son usage et l’intérêt que cela peut avoir », confirme le directeur de la stratégie de Boursorama, Pierre Villeroy de Galhau.

Comment ça se passe concrètement ? En cliquant sur le bouton FranceConnect, le futur client de Boursorama a le choix entre 5 « fournisseurs d’identité » : les Impôts, Ameli, La Poste, Mobile Connect et moi (l’identité numérique d’Orange) et la MSA. FranceConnect, en effet, se présente aujourd’hui comme un « fédérateur d’identité », une plateforme qui fait le lien entre des « fournisseurs d’identité » et des « fournisseurs de services ».

En se connectant au service de son choix, le futur client permet à Boursorama de récupérer automatiquement les informations formant son « identité pivot » : nom, prénom, date et lieu de naissance, etc. « Pour le prospect, c’est plus facile et sécurisant. Pour Boursorama, ça garantit la fiabilité de l’information, tamponnée par l’Etat Français », explique Pierre Villeroy de Galhau. Mais pas beaucoup plus, dans l’immédiat.

Pionnière dans le domaine, Boursorama a en effet choisi de commencer par « mettre un pied dans cet environnement et voir l’intérêt que cela peut avoir », poursuit le directeur de l’innovation. Mais l’usage de FranceConnect pourrait être « révolutionnaire » pour la banque, annonce-t-il.

FranceConnect, une révolution pour la banque ?

Bien d’autres informations que l’état-civil, en effet, peuvent transiter par FranceConnect. Dès le second semestre 2019, « les fournisseurs d’identité pourront travailler avec un niveau de garantie plus élevé, qui remplacera la présentation de la pièce d’identité », annonce Stéphane Mavel. Fini les justificatifs à scanner et à uploader. A terme, une banque pourrait également obtenir, via FranceConnect, « un justificatif de domicile auprès d’un fournisseur d’énergie, ou des informations sur la situation fiscale du prospect auprès du fisc » espère Pierre Villeroy de Galhau : « On pourrait ainsi ouvrir un compte à distance en un clin d’œil. Cela rapprocherait l’expérience de la banque en ligne du face-à-face en agence ».

« Se rapprocher de l'expérience de l'agence »

Mais FranceConnect pourrait également être une opportunité commerciale pour les banques. Les acteurs privés ont vocation à « devenir fournisseurs de données », confirme Lionel Fouillen, en charge également de la promotion de FranceConnect. « Cela pourrait même être un nouveau modèle économique pour eux ». Les banques seraient ainsi en position de fournir à des tiers, moyennant rémunération, une information fiable sur les coordonnées bancaires (l’IBAN en particulier) de leurs clients.

D’autres enseignes travaillent sur le sujet

Dans ce contexte, on comprend que Boursorama ne soit pas la seule enseigne bancaire intéressée par FranceConnect. « D’autres banques, des acteurs historiques comme des pure players, travaillent sur le sujet », confirme Stéphane Mavel, sans pouvoir citer de nom à ce stade. Et FranceConnect rencontre également les « instances de place », notamment les régulateurs du secteur.

Toutefois, pour que le rêve de Boursorama se réalise, il faudra que d’autres jouent le jeu. « C’est le fournisseur de données qui décide de son degré d’ouverture, pas FranceConnect », explique Stéphane Mavel. Et certains abordent le sujet avec prudence. Exemple avec l’administration fiscale. « La DGFiP est déjà capable de faire transiter des données fiscales. C’est expérimental, mais ça marche » développe Lionel Fouillen. A ce stade, elle souhaite toutefois développer d'abord les usages du secteur public, avant d’étudier l’opportunité d’ouvrir au secteur privé.

En Belgique, l’exemple d’itsme

En Belgique, on peut déjà se connecter à la banque en ligne, authentifier des paiements, mais aussi répondre à une offre d’emploi, récupérer des données de santé avec un même service d’identité numérique. Son nom : istme.

Le service a été développé par un consortium formé par les principaux opérateurs télécom (Orange Belgium, Proximus, Telenet) et banques (Belfius, BNP ParibasFortis, CBC/KBC, ING) du pays. Il s’organise autour d’une application mobile et d’un code à 5 chiffres, qui peut être remplacé par une authentification biométrique.

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© cbanque.com / VM / Mars 2019