Prêt personnel : ces emprunteurs qui paient très cher les taux bas

personne qui vérifie ses comptes en banque
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Les taux d’intérêt atteignent des niveaux historiquement faibles. Une aubaine pour les particuliers qui bénéficient de prêts immobiliers à des conditions très avantageuses. En revanche, la situation est très différente pour le crédit conso. Mais pourquoi les prêts personnels restent-ils si onéreux ?

Avec les taux d’intérêt actuels, le contexte est propice au crédit. Une phrase qui revient fréquemment dans la presse économique et financière. Mais, à y regarder de plus près, tous les emprunteurs n'en profitent pas. Les grands gagnants, d’un côté, sont les personnes ayant acheté à crédit un logement. Pour les prêts immobiliers sur 20 ans et plus, le taux de l’usure - vrai baromètre des conditions d’emprunt – a chuté de 36% en 5 ans, passant de 4,3% fin 2015 à 2,77% pour le 4ème trimestre 2019. Calculé sur la base des taux d'intérêt moyens appliqués par les enseignes, augmenté d'un tiers, il correspond au taux maximum qu'une banque peut appliquer.

A l’opposé, les clients contractant des prêts de faibles montants (comme les découverts bancaires) sont les grands oubliés des taux bas. Loin d’avoir baissés, les taux d’emprunt, mesurés par l’usure, ont au contraire progressé ces dernières années. Alors qu’à fin 2015 le taux de l’usure des prêts inférieurs à 3 000 euros était de 19,97%, il dépasse désormais 21%, soit une hausse de 5% en 5 ans.

Entre ces deux extrêmes, les prêts personnels plus conséquents. Pour les crédits de 3 000 à 6 000 euros, les banques ont baissé leur taux de 10% en 5 ans et de 27% s’agissant des prêts plus importants. Ces emprunteurs ont donc effectivement profité du contexte monétaire favorable, mais dans une moindre mesure que ceux ayant contracté un crédit immobilier. Voilà pour le constat. Mais comment expliquer ces évolutions si différentes en fonction du type de prêt ?

Des frais de gestion qui pèsent plus sur le crédit conso

Selon l’Association française des Société Financières (ASF) – qui fédère quelque 280 établissements financiers et représente 50% du marché du crédit à la consommation – ces divergences résulteraient de la construction même du taux d’intérêt. Qu’il s’agisse d’un prêt immobilier ou d’un prêt personnel, le taux proposé dépend essentiellement de trois paramètres.

Le coût du refinancement tout d’abord, qui est fonction de l’ingénierie financière élaborée par la banque pour se procurer de la liquidité. Par exemple, « les adhérents de l'ASF ne sont pas collecteurs de dépôts bancaires. Ils doivent aller chercher la ressource soit en interne via leur maison-mère, soit sur les marchés », illustre Françoise Palle-Guillabert, déléguée générale de l’ASF. Ces dernières années, sous l’impulsion de la politique monétaire de la Banque centrale européenne, c’est ce coût-là qui a baissé.

Deuxième déterminant du taux d’intérêt : le coût du risque, c’est-à-dire la probabilité que l’emprunteur fasse défaut. Il est mesuré individuellement, via l’évaluation de la situation financière de l’emprunteur (son « scoring »), mais aussi collectivement, à l’échelle du portefeuille de la banque. « Le coût du risque est plus élevé en crédit à la consommation, souligne Françoise Palle-Guillabert. Pour un prêt immobilier, le prêteur demande au client une assurance emprunteur et une garantie sous forme de caution ou d'hypothèque. Donc la probabilité de non-remboursement est faible ». Ce facteur explique que le taux d’un prêt immo soit, en principe, plus faible que celui d’un prêt conso. En revanche, il n’explique pas leur évolution différente, dans la mesure où il n’y a pas de raison que les ménages soient moins solvables aujourd’hui que par le passé.

En revanche, le troisième élément constitutif du taux, à savoir les frais de gestion et de distribution (constitution du dossier, édition du tableau d’amortissement, entretien du réseau d’agences…) peuvent expliquer le moindre repli des taux des crédits à la consommation. Car, pour ces derniers, ces frais sont amortis sur un montant plus faible et sur une durée plus courte. Une rigidité également mentionnée par Mathieu Robin, responsable du secteur financier à l’UFC-Que Choisir. « En proportion au montant financé, les frais de dossier sont plus importants sur les crédits à la consommation que sur les crédits immobiliers. Ces frais de dossiers ne sont pas liés à la politique monétaire de la BCE, il est donc logique que le taux des prêts personnels baisse moins », expose-t-il.

Un rattrapage sur les découverts bancaires

Si ce lien de cause à effet explique les écarts entre les prêts immo et les crédits de plus de 3 000 euros, il n’explique pas que les conditions de financement des petits emprunts se soient dégradées ces dernières années. Pour Marc Lanvin, directeur général adjoint de Banque Casino, cette situation pourrait résulter pour les petits paniers du développement rapide des offres de type paiements fractionnés par carte pour les achats sur internet, ces crédits de quelques centaines d'euros amortis en 90 jours. « Les frais sont soit gratuits soit entre 1,6% et 2% du prix du panier. Transformés fictivement en taux annuel effectif global, ces frais peuvent tirer les taux de l'usure vers le haut », explique ainsi le directeur général adjoint de Banque Casino.

Outre cette raison arithmétique, la trajectoire différente entre les prêts immo et personnels peut provenir aussi, voire surtout, de la stratégie commerciale des banques. « Le crédit immobilier est un produit d'appel et de fidélisation. Les banques font donc de très gros efforts pour proposer des taux d'intérêt attractifs », souligne Françoise Palle-Guillabert de l’ASF. De fait, il est possible que les banques subventionnent les taux bas des crédits immobiliers en se rattrapant sur d’autres produits moins stratégiques et moins concurrentiels.

Un avis partagé par Marc Lanvin de Banque Casino. « Le bénéfice des banques se dégage désormais en dehors du crédit immobilier, sur des produits souscrits au moment de contracter l'emprunt, comme le compte courant et l'assurance emprunteur, et ultérieurement, avec les commissions sur les produits d'épargne », explique-t-il. Cette stratégie n'est pas duplicable au crédit à la consommation. « Quand un client fait une demande de prêt personnel dans un établissement de crédit, on ne lui demande pas de domicilier ses revenus. On ne lui demande pas de souscrire à des options et services complémentaires, expose Marc Lanvin. Le crédit conso doit trouver sa propre rentabilité ».

Parmi les prêts conso de petits montants, le découvert bancaire - et les agios qui vont avec - est certainement l'emprunt le moins concurrentiel. Effectivement, à l’inverse d’un crédit immobilier, il est totalement subi. « Il est illusoire de penser que les clients connaissent le coût du découvert avant de souscrire un compte auprès d’un établissement bancaire. Partant de ce principe, faute de concurrence, il est logique de voir que les taux du découvert ont peu bougé ces dernières années », analyse Mathieu Robin de l’UFC-Que Choisir. Contactées, ni la Société Générale, ni le Crédit Agricole, ni BNP Paribas ni même la Fédération Bancaire Française n’ont donné suite à nos sollicitations.

Lire aussi : Comment négocier un découvert avec sa banque ?

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© cbanque.com / MoneyVox / MEF / Octobre 2019

Commentaires

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Publié le 25 octobre 2019 à 15h00 - #1Stéphane M.
  • Homme
  • Paris
  • 66 ans

Louable tentative d'expliquer pourquoi les taux des découverts et/ou des crédits courts de petit montant sont élevés. Malheureusement ce n'est pas suffisant pour expliquer pourquoi les taux de ces crédits tournent depuis des années autour de 20% (vingt pour cent !!!) alors que les taux de refinancement des banques et des établissement financiers sont passés, schématiquement, de 5 à 1% voire zéro ! La dernière explication est la plus appropriée : les banques cherchent tous les moyens de maintenir leurs marges en période de taux bas, et ne se soucient aussi de l'intérêt de leurs clients que lorsque l'Etat les y contraint.

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Publié le 26 octobre 2019 à 08h15 - #2Petit louis
  • Homme
  • 67 ans

La seule solution, n'est-elle pas le cadrage de ces ''dérives'' par simple décret ministériel ?

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