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Les banques privées n'échappent pas aux bouleversements du secteur

  • Par Julien DURY
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Des conseillers financiers
© DURIS Guillaume - Fotolia.com

Révolution mobile et numérique, durcissement de la régulation, concurrence acharnée : les bouleversements du secteur bancaire n'épargnent pas le monde feutré des banques privées, qui proposent leurs services aux plus riches.

Ces groupes, qu'ils soient indépendants ou filiales de grandes banques, s'adressent à des patrimoines d'au moins plusieurs centaines de milliers d'euros, et leurs proposent des services personnalisés, notamment de gestion. L'univers semble éloigné de la banque de tous les jours, dite de détail, et de ses difficultés, parmi lesquelles une rentabilité morose depuis des années. Pourtant, la sérénité n'y règne pas. Dans son panorama du secteur pour 2016, le cabinet spécialisé McKinsey estimait à 10 milliards d'euros le montant minimum d'actifs sous gestion pour qu'une banque privée soit rentable en Europe : le seuil avait doublé en huit ans.

Déjà, « il y a des mouvements : le plus emblématique peut-être, c'était (...) Bank of America-Merrill Lynch qui a décidé de céder toute son activité en Europe-Asie pour se rencentrer sur les Etats-Unis » en 2012, soulignait Sofia Merlo, co-dirigeante de la gestion de fortune chez BNP Paribas, lors d'une conférence de presse. En France, elle évoquait l'acquisition début 2017 de la banque privée Martin Maurel par Rotschild.

Mme Merlo assure que BNP Paribas, dont la banque privée revendique la sixième place mondiale avec plus de 350 milliards d'actifs gérés, compte attirer ses propres clients plutôt que racheter d'autres acteurs. Pour ce faire, l'établissement français met en avant l'innovation technologique, un domaine où n'est pas forcément attendu le monde de la banque privée par contraste avec celui de la banque de détail, qui a été chamboulée par l'arrivée d'acteurs numériques et mobiles promettant de moindre frais et une plus grande facilité d'utilisation comme Orange Bank et de multiples start-ups financières.

La banque privée « reste dans un rythme qui n'est pas un sentiment d'urgence », reconnaît auprès de l'AFP Julien Maldonatto, spécialiste de l'innovation bancaire au cabinet Deloitte. « Les populations sont plutôt âgées et certains (clients) n'ont jamais utilisé d'emails. » Mais « la sociodémographie finit par se rajeunir », remarque-t-il.

Les applications développées par BNP Paribas, présentées en début d'année sur son site luxembourgeois, répondent à des demandes qui pourraient largement se retrouver dans la banque de détail. L'une d'elles permet, via des mécanismes d'intelligence artificielle, d'obtenir des conseils financiers en dehors des heures d'activité du conseiller. Une autre, encore en phase d'essai, propose un agrégateur de comptes, en donnant une version spécifique aux grands patrimoines.

Révolution réglementaire

Derrière la dizaine d'ordinateurs présentant ces applications, une inscription sur tableau fait allusion à un sujet bien distinct de la course à l'innovation : la réglementation européenne Mifid II, au cœur des inquiétudes du secteur. Entrée en vigueur en début d'année pour améliorer la transparence des marchés, cette directive durcit les règles pour de multiples acteurs, dont les banques privées. « C'est une vraie révolution, parce qu'on demande d'étudier tous les scénarios sur un produit nouvellement émis : ça demande de la puissance de calcul », reconnaît un responsable du secteur au sein d'une autre banque française que BNP.

Qui plus est, Mifid 2 impose une plus grande transparence sur les tarifs pratiqués. « Un client va recevoir un relevé de compte qui dit : ''sur 10 millions, d'euros, vous avez payé 200.000 euros de frais''. Si au même moment, un relevé de performance lui dit ''on a fait, bon an mal an, un rendement de 1,5%''... Il va se demander si ça vaut le coup de payer autant pour faire un peu mieux que le 1% du marché », explique le banquier. « Ca va reconcentrer un peu les leaders : une dizaine de grandes banques. Ceux qui sont 18e, 20e... Ils vont avoir du mal », conclut-il.

Tout converge pour confirmer cette prévision : tous ne survivront pas, que ce soit parce que les moins gros n'ont pas les moyens de miser sur la technologie ou de faire face au nouveau paysage réglementaire. « Par exemple, en Asie, on voit qu'il y a une forte croissance » du marché, « mais un nombre de d'acteurs qui se réduit », conclut un autre cadre d'une banque française. « Il faut investir pas mal d'argent pour participer à cette croissance... Et pour rentabiliser ses investissements, il faut avoir accès à une base de clients relativement large. »

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Par Julien DURY

© cBanque avec AFP / JD / Janvier 2018