TV, smartphone, électroménager : les limites de la location longue durée

Présentoir de téléphones mobiles dans un magasin
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A côté des crédits traditionnels ou du paiement en 3 ou 4 fois par carte bancaire, un nouveau mode de financement se développe chez les vendeurs d'électronique et d'électroménager : la location longue durée. Une formule sans soucis mais au prix fort, qui suscite des critiques.

C'est une révolution qui ne vous aura sans doute pas échappé : on ne consomme plus les biens et les services comme on le faisait il y a encore 10 ans. Le DVD a été progressivement supplanté par la VOD, le CD par les plateformes de streaming. Et de plus en plus, on n’achète plus sa voiture, son téléviseur ou son smartphone, mais on les loue.

Longtemps cantonnée à l’univers de l’automobile, la location longue durée (LLD, parfois désignée sous son nom anglais, leasing) gagne en effet de nouvelles sphères marchandes. Elle est en particulier de plus en plus présente dans les grandes surfaces spécialisées dans l’électronique et l’électroménager : Darty, la Fnac, Boulanger, Cdiscount…

Financer l'usage du bien, plutôt que sa valeur

Ce n'est évidemment pas un hasard. Pour les commerçants, le leasing a un immense atout : il permet d'appâter le client en mettant en avant, non pas le prix réel du produit, mais le coût du loyer mensuel , bien inférieur. Exemple : chez Boulanger Location, en pointe sur ce marché, le nouvel iPhone (1), vendu 979 euros par Apple, son fabricant, est présenté au prix d'appel de 43,99 euros par mois. Et tout ça sans brouiller le message avec des mentions légales ou des présentations de coûts de financement : le leasing, en effet, n'est pas considéré comme un crédit à la consommation, et échappe donc aux contraintes réglementaires qui pèsent sur ce dernier.

Mais « cela correspond aussi à une évolution des usages », assure Marc Lanvin, directeur général adjoint de Banque Casino, qui travaille notamment avec le supermarché en ligne Cdiscount. « La LLD répond à la volonté de certains consommateurs de ne financer que l’usage d'un bien, et pas sa valeur ».

La location, pour qui ?

Plus accessible que le crédit classique, moins que le paiement en 3 ou 4 fois par carte bancaire : en termes d'octroi, la location longue durée est dans une position intermédiaire. « Nous acceptons de prendre un peu plus de risques sur ce produit », détaille Marc Lanvin, de Banque Casino. « La location présente en effet le même risque d’impayés qu’un crédit conso traditionnel, mais nous avons à cœur que le taux d’acceptation soit significativement plus élevé, de l’ordre du double. »

Avant d'accorder un contrat de location longue durée, Banque Casino demande une pièce d'identité, un RIB et, pour certains produits, un justificatif de revenus. Ce qui explique qu'on trouve parmi ses usagers « plus de CSP+ que pour le paiement fractionné », même si le « profil des loueurs est assez semblable à celui de la population générale ».

Economie circulaire ou incitation à la surconsommation ?

Côté client, le point fort de la location longue durée, c'est l'assurance de bénéficier régulièrement d'un matériel neuf. Au terme de son engagement - sur une durée de 12, 24, 36 voire 48 mois - il a en effet 2 possibilités : soit il renouvelle son contrat et reçoit un produit neuf équivalent pour remplacer l'ancien ; soit il décide de l'interrompre. Dans tous les cas, le commerçant récupère le produit. Car, contrairement à la location avec option d'achat (LOA), le leasing exclut toute possibilité de rachat au terme du contrat. Une caractéristique qui inquiète Olivier Gayraud, de l'association de consommateurs CLCV. « On paie tous les mois sans être jamais propriétaire de rien. Cela ne s'arrête jamais : la spirale de la location longue durée peut être plus redoutable que celle du crédit conso. »

Chez Boulanger, ce sont « 80% des produits [repris] en fin de contrat [qui] sont remis à neuf et réintroduits sur le marché de la seconde main ». Le distributeur estime ainsi que la « location s’inscrit pleinement dans la démarche de l’économie circulaire dont nous parlons de plus en plus ». Mais là encore, Olivier Gayraud est d'un autre avis : « Les discours marketing qui vous proposent de louer votre réfrigérateur pour bénéficier tous les 2 ans d'un modèle dernier cri ne sont pas responsables. Encore aujourd'hui, un frigo peut durer 10 ans et plus. C'est une incitation à la surconsommation, qui pose un vrai problème écologique ».

Une tranquillité qui a un coût

Outre le prix d'appel et le renouvellement régulier, l'argumentaire pro-LLD des commerçants met en avant un autre argument : la tranquillité d'esprit. Les offres intègrent en effet la livraison, la mise en marche et le paramétrage de l'appareil, le service après-vente, l'assistance et même l'assurance contre la casse et le vol. Du « tout en un », résume Marc Lanvin, de Banque Casino, « qui évite au client d’avoir à faire des démarches pour l’assurer et le revendre quand il souhaite changer ».

Cette tranquillité, toutefois, a un prix. Précurseur du leasing - son offre Lokéo, rebaptisée depuis Boulanger Location, date de 2009 - Boulanger la propose sur un large éventail de produits, du micro-ondes à 300 euros au téléviseur à 5 000 euros. Et dans de nombreux cas, testés par nos soins, il existe un écart de coût important entre l'achat au comptant et la location.

Exemple avec un téléviseur de marque Samsung, équipé d’un écran Ultra HD de 108 cm (2). Un standard du marché actuellement. Au moment où nous écrivons cet article, il est vendu 499 euros sur le site web de Boulanger, avec une garantie de 2 ans. En ajoutant trois années de garantie (vendues 129,99 euros), on arrive à un prix de 628 euros.

Le même téléviseur est également proposé à la location, sur 4 durées possibles. Sur la durée maximum, 48 mois, l’échéance mensuelle est de 20,49 euros, après un premier paiement de 69,99 euros. Soit un coût final de 1 033 euros.

Le surcoût de la location est donc sensible : + 405 euros. Certes, l'achat au comptant n'intègre pas l'assurance contre le vol et la casse. Mais à l'inverse, on ne peut pas compter avec la LLD sur la revente du produit sur le marché de l'occasion. Au final, la location coûte ici plus cher qu'un crédit conso, même au taux maximum autorisé actuellement (21,04%).

Un intérêt pour les technophiles

Cet écart entre le coût de l'achat au comptant et celui de la location est-il systématique ? La réponse est non. Il existe en effet un cas de figure où la location est souvent plus avantageuse : lorsque le produit est cher à l'achat, qu'on souhaite le renouveler souvent et qu'il ne décote pas trop vite. L'exemple type, c'est l'iPhone. « Les technophiles qui souhaitent utiliser en permanence un iPhone récent ont un réel intérêt à le louer », argumente Marc Lanvin. Cela se vérifie dans les faits : les smartphones haut de gamme représentent 2 locations sur 3 chez Cdiscount, qui revendique même le titre de premier loueur d'iPhones d'Europe.

Exemple avec le nouveau modèle haut de gamme d'Apple : l'iPhone 11 Pro Max est vendu par Cdiscount 1 259 euros dans sa version 64 Go, auxquels il faut ajouter 149,99 euros pour la garantie casse sur 2 ans. Soit une facture au comptant de 1 408,99 euros. Le même modèle en location, également couvert contre la casse, coûte 46,99 euros sur 23 mois, après un premier versement de 158,99 euros, soit un coût total de 1 239,76 euros. Comment Cdiscount s'y retrouve-t-il ? Grâce à la valeur résiduelle de l'iPhone, qui sera reconditionné et revendu sur le marché de l'occasion, par l'intermédiaire de courtiers spécialisés.

En résumé

Malgré ces atouts (simplicité d'accès, garantie, SAV), la location longue durée présente peu d'intérêts pour l'électroménager et les produits électroniques bas ou milieu de gamme, surtout sur des durées de locations longues. Son coût par rapport à l'achat comptant et même au crédit conso est en effet prohibitif.

La formule peut en revanche avoir un intérêt pour accéder à des produits haut de gamme, qui cumulent 3 caractéristiques :

  • un cycle de renouvellement court ;
  • un prix comptant élevé ;
  • une décote relativement faible.

Dans tous les cas, un conseil : faites vos calculs avant de succomber, en réfléchissant bien à l'horizon de renouvellement du produit et en comparant le coût des différentes solutions de financement.

Voir aussi le comparatif des offres de crédit conso

(1) Référence : iPhone 11 blanc avec 256 Go de mémoire dans cet exemple. (2) Référence : TV LED Samsung UE43RU7105.

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© cbanque.com / MoneyVox / VM / Octobre 2019

Commentaires

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Publié le 18 octobre 2019 à 13h40 - #1jean33
  • Homme

Je ne suis absolument pas d’accord avec le comparatif iPhone. Si le coût total en acquisition est supérieur sur le papier, la valeur de revente au bout de deux ans sera de toutes façon bien supérieure à l’ecart Constaté. L’achat restant ainsi bien plus intéressant que la location. La location est l’assurance pour’le Loueur de verrouiller le client en le forçant à payer tous les mois. Régularité du revenu pet obligation à vie pour celui qui paie car il n’est jamais propriétaire et payé à fonds perdus.

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