Crédit renouvelable : comment déjouer les pièges des établissements de prêts

crédit renouvelable
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Vous avez besoin d’emprunter quelques centaines ou milliers d’euros. Si vous passez par les simulateurs en ligne des établissements de crédit spécialisés, soyez particulièrement attentifs ! Si vous souscrivez rapidement, vous pouvez en effet contracter un crédit renouvelable alors que vous comptiez initialement obtenir un prêt à la consommation à usage unique.

La période faste pour le crédit renouvelable est bel et bien derrière nous. En 2008, au moment de la crise financière, les ménages français étaient endettés en renouvelable à hauteur de 31,9 milliards d’euros, selon la Banque de France. Cet encours a chuté à 18,6 milliards au 3ème trimestre 2017. Depuis ce plus bas, le prêt revolving semble toutefois connaître un nouvel essor ces derniers mois, certes plus modeste que précédemment. A fin 2018, les Français détenaient pour 19,2 milliards d’euros de prêt revolving, soit 3% de plus qu’en 2017.

Pourtant la plus grande méfiance reste de mise à l’égard du crédit renouvelable… Cette méthode de financement s’avère particulièrement risquée si l’emprunteur n’en maîtrise pas le fonctionnement, notamment s'il l'utilise pour palier à une baisse de revenu durable suite à un accident de la vie (perte d'emploi, maladie, divorce...). A ce titre, le crédit renouvelable peut être révélateur d'une situation financière précaire. On le retrouve d'ailleurs fréquemment dans les dossiers de surendettement. En 2018, plus des deux tiers des dossiers déposés comportaient au moins un crédit renouvelable, selon la dernière enquête typologique de la Banque de France.

Le crédit renouvelable quésaco ?

Parfois qualifié de « revolving » ou « permanent », le crédit renouvelable est une réserve d’argent, plafonnée, dans laquelle l’emprunteur peut puiser au gré de ses besoins sans demander l’aval de la banque qui lui a accordé. Ce prêt est dit renouvelable, car le capital emprunté se reconstitue au fil des remboursements. Le taux d’intérêt appliqué est souvent proche du taux d’usure. Pour faciliter son utilisation, il est régulièrement associé à une carte de crédit. Mais, son détenteur peut aussi puiser dedans par virement.

En savoir plus sur le fonctionnement et les dangers du crédit renouvelable

Le prêt revolving difficile à distinguer des crédits à usage unique

Le problème, avec le crédit revolving, c’est qu’il est facile d’en souscrire un et parfois sans vous en rendre compte si vous ne vous montrez pas vigilants. C’est particulièrement le cas lorsque vous avez besoin d’une petite somme en passant par les sites internet des établissements de crédit spécialisés (Cofidis, Cetelem, Cofinoga, Banque Casino…). Lorsque vous empruntez moins de 4 000 euros (voire jusqu’à 6 000 euros dans certaines enseignes), ces derniers mettent alors souvent en avant leur offre de prêt renouvelable, sans que ses caractéristiques et ses différences par rapport au prêt de trésorerie sautent aux yeux. Une fois que vous avez complété le rapide simulateur avec le montant du prêt, sa durée et parfois la mensualité souhaitée, la proposition de financement ne diffère que peu, dans sa présentation, entre le crédit renouvelable et le crédit conso classique.

Illustration chez Banque Casino. Si vous indiquez vouloir emprunter 6 000 euros ou moins, l’enseigne vous propose alors systématiquement, dans un premier temps, du crédit renouvelable. Si votre regard se pose directement sur le tableau de couleur verte, vous risquez de passer à côté de la bande grise, plus discrète, dans laquelle il est écrit « crédit renouvelable ». Problème : ce tableau de présentation n'est pas personnalisé en fonction du type de financement. Qu’il s’agisse d’un prêt renouvelable ou personnel, il reprend les mêmes éléments et intitulés : montant souhaité, mensualité, montant total dû ou encore le TAEG fixe, c’est-à-dire le taux d’intérêt qui prend en compte la totalité des frais occasionnés (frais de dossier, assurance emprunteur facultative, intérêts du prêt…).

Taux, durée… : un exemple représentatif à prendre avec des pincettes

Le souci, c’est que dans le cas d’un prêt revolving, il s’agit d’un exemple théorique. Celui-ci correspond à une seule utilisation de la réserve de trésorerie pour un nombre de mensualités connu. Mais, la particularité du crédit renouvelable, c’est justement sa flexibilité. Concernant le remboursement, vous pouvez en effet changer le nombre d’échéances nécessaires. Or, plus vous mettez du temps à rembourser le capital emprunté plus le coût du crédit grimpe.

De plus, une fois votre réserve de trésorerie reconstituée, même partiellement, vous pouvez à nouveau puiser dedans. Cela génère donc le prélèvement de nouveaux intérêts débiteurs, alors même que vous n’avez pas encore totalement remboursé votre précédente utilisation. En d’autres termes, si l’usage que vous souhaitez faire de la réserve de trésorerie diffère de l’exemple représentatif donné, vous ne pouvez pas vous fier au coût du crédit indiqué.

Plus trompeur encore : le taux mis en avant. Dans le cadre d’un crédit renouvelable et contrairement à ce que l’expression « TAEG fixe » de Banque Casino peut laisser croire, le taux d’intérêt est révisable. Il peut fluctuer au gré des utilisations. Le plus souvent même, il augmente dès la seconde utilisation. Car pour vous inciter à opter pour le prêt revolving, les établissements de crédit octroient des taux promos - sans forcément les qualifier comme tels -, pour le rendre au moment de la souscription aussi voire moins coûteux qu’un crédit à la consommation à usage unique.

Par exemple, en ce moment, pour 5 000 remboursés en 24 mensualités, Banque Casino met en avant un TAEG de 12,47% que vous souscriviez un prêt amortissable ou un crédit renouvelable (1). Chez Cetelem, l’avantage va même au prêt renouvelable : si vous remboursez vos 3 000 euros empruntés en 6 mois, le taux d’intérêt net est de 15% dans le cadre d’un prêt personnel, contre 11,91% avec un crédit revolving.

Mais voilà, ces taux bas ne s’appliquent que la première fois que vous piochez dans la réserve de trésorerie. Ensuite, ils se rapprochent du seuil de l’usure, qui est actuellement de 21,08% pour les prêts inférieurs ou égaux à 3 000 euros.

Le prêt de trésorerie accessible même pour les petits emprunts

Avertis sur les dangers du crédit renouvelable, vous connaissiez déjà les pièges inhérents à son fonctionnement. D'ailleurs, vous êtes résolus à vous en passer. Mais, quand vous utilisez les plateformes en ligne pour contracter un prêt, obtenir un crédit conso classique peut s’avérer fastidieux. En cause, l’ambiguïté des simulateurs de crédits qui peuvent vous laisser penser que, pour les prêts de faibles montants, vous n’avez d’autre alternative que le crédit renouvelable.

Effectivement, pour vous voir proposer un prêt à taux fixe lorsque vous avez besoin de 3 000 euros, vous devez fréquemment prendre des chemins de traverses. Illustration avec Cofidis. En arrivant sur la page d’accueil de son site, vous renseignez vos besoins de financement. Jusqu’à 3 500 euros demandés, la simulation aboutit systématiquement à un crédit renouvelable. Cela signifie que si vous indiquez que cet argent se destine à des rénovations dans votre logement ou à l’achat d’une voiture, Cofidis ne vous propose ni prêt travaux ni prêt auto mais bien du crédit renouvelable, que l’enseigne appelle Accessio. Et, il est impossible depuis cette page de basculer sur une offre alternative de prêt affecté.

Pour y parvenir, vous devez ni sélectionner « simulation de crédit », ni « crédit consommation », mais passer par le simulateur de « prêt personnel » accessible dans la rubrique « crédit ».

Ce qu’il faut retenir

Lorsque vous avez besoin d’un prêt de quelques centaines voire milliers d’euros seulement, vous devez avoir en tête trois éléments :

  • Ce type de financement est la cible privilégiée du crédit renouvelable. Soyez donc conscients que l’enseigne risque d’abord d’essayer de vous faire souscrire un crédit revolving. Pour ne pas vous retrouver à en contracter un sans le savoir, lisez attentivement les conditions du crédit et scrutez les expressions comme « exemple représentatif » ou « taux révisable », propres au prêt revolving.
  • Dans le cas d’un crédit renouvelable, le coût du financement est corrélé à votre vitesse de remboursement sur laquelle vous gardez la main. Dans ce cadre, l’exemple dit « représentatif » n’est valable que pour un usage unique, remboursé dans un laps de temps précis. Si vous avez besoin de plus d’échéances pour amortir votre prêt, le coût du crédit sera alors plus élevé. A l’inverse, en faisant des remboursements anticipés – ils ne sont pas soumis à des pénalités - vous réduirez le coût de l’emprunt.
  • Le TAEG, souvent attractif, mis en avant lorsque vous souscrivez à un prêt revolving, n’est valable que pour une première utilisation. Pour les usages suivants, le taux d’intérêt risque d’augmenter au niveau de l’usure, le taux maximal que peut appliquer une banque.

(1) Simulations effectuées le 12 août 2019 sur le site internet des établissements de crédit spécialisés.

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© cbanque.com / MEF / Août 2019

Commentaires

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Publié le 13 août 2019 à 15h10 - #1Aristide

Bonjour,
"....
Pour les usages suivants, le taux d’intérêt risque d’augmenter au niveau de l’usure, le taux maximal que peut appliquer une banque."
Il semble que cette indication ne soit pas exacte.
Le taux usuraire s'apprécie au moment de l'obtention du crédit c'est- dire l'offre de prêt:
""Article L314-6
Constitue un prêt usuraire tout prêt conventionnel consenti à un taux effectif global qui excède, au moment où il est consenti, de plus du tiers, le taux effectif moyen pratiqué au cours du trimestre précédent par les établissements de crédit et les sociétés de financement pour des opérations de même nature comportant des risques analogues, telles
www.legifrance.gouv.fr/af...cle=LEGIARTI000032303335"
Et pour ce qui concerne le crédit renouvelable il est précisé que le taux est révisable et le code de la consommation prévoit une procédure spécifique de protection autre que le respect de l'usure.
"Article L312-65
Le contrat précise également que le taux débiteur qu'il mentionne est révisable et qu'il suivra les variations en plus ou en moins du taux de base que le prêteur applique aux opérations de même nature ou du taux qui figure dans les barèmes qu'il diffuse auprès du public.
www.legifrance.gouv.fr/af...xte=LEGITEXT000006069565"
"Article L312-72
En cas de révision du taux débiteur, le prêteur fournit cette information préalablement à l'emprunteur sur support papier ou tout autre support durable avant la date effective d'application du nouveau taux.
L'emprunteur dispose d'un délai de trente jours après réception de cette information, pour refuser cette révision sur demande écrite adressée au prêteur.
……
www.legifrance.gouv.fr/af...oldAction=&nbResultRech="
Cdt

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Publié le 14 août 2019 à 07h15 - #2Stunt38
  • Homme

Pour résumer : le plus simple et le plus fiable consiste à vous adresser à votre banque qui vous connait pour tout ce qui est question de crédit. On dit que les banques se sont beaucoup diversifiées ces derniers temps, mais le credit reste leur métier de base. Prenee le temps d'échanger avec votre interlocuteur pour votre projet, vous éviterez de vous retrouver avec un taux de 15%...
Attention toutefois à ne pas diaboliser le revolving, il convient à certains profils et à certaines utilisations qui rendent bien services quand on a pas d'autres solutions ; il ne faut juste pas en abuser.

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Publié le 16 août 2019 à 14h34 - #3Bch44
  • Homme

Crédit renouvelable : le piège!
Cetelem, Casino, Cofidis, entre autres, attendent le client qui n’a pas pu obtenir de crédit à la consommation de sa propre banque telle que Société Générale, BNP, Crédit Lyonnais. Un client lambda ayant un taux d’endettement supérieur ou égal à 30% se verra refuser l’octroi d’un crédit à la consommation par sa banque. Pourquoi ? Tout simplement parce que la banque va lui demander de fournir les 3 derniers relevés de compte de son client alors que les organismes de crédits tels que Cetelem et autres ne demanderont pas à cette clientèle fragilisée de les fournir d’où des déclarations de charges pour l’octroi du crédit fausses car aucune vérification n’est effectuée par ces organismes pour des montants au moins inférieurs à 3000€ à part une déclaration sur l’honneur. In fine, augmentation du surendettement...bizarre que personne n’ai mis en exergue ce point là qui éviterait à de nombreuses personnes de s’endettet au-delà de leur capacité...
A quoi jouent ces organismes sinon que de fragiliser les personnes déjà en situation financière précaire ?
Faites confiance aux banques dites classique qui ont connaissance du risque inhérent aux crédit et de leur client.

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Publié le 16 août 2019 à 14h58 - #4Nuage

tous ces organismes de crédits jouent sur la fragilité des gens et ne veulent pas prendre les regroupements de crédits à soit disant 60% de leur mensualité, car cela leur rapporte moins, et ne veulent surtout pas se priver des taux limite usuriers

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