FDJ : et si l'Etat avait tout faux ?

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Bercy espérait vendre des actions Française des Jeux au plus grand nombre, et en profiter pour réconcilier les Français avec la bourse… Les actions FDJ ont bel et bien séduit les particuliers, mais la mission « relancer l’actionnariat populaire » est-elle réellement accomplie ?

Quand Bruno Le Maire a ajouté le volet « privatisations » à la loi Pacte, en 2018, le ministre de l’Economie et des Finances a aussitôt affirmé que les cessions d’actifs d’Engie, Aéroports de Paris (ADP) et FDJ devaient permettre de « relancer l’actionnariat individuel ». Pour ADP, il faudra attendre. Et pour Engie, cette cession passera plutôt par une vente au compte-gouttes. Pour la FDJ, en revanche, Bruno Le Maire n’a pas attendu la fin de la fenêtre de souscription, mardi 19 novembre, pour se féliciter : « Le pari de l’actionnariat populaire est un pari gagnant. Nous sommes en train d’enclencher un cercle vertueux sur l’épargne des Français. » Du point de vue de Bercy, donc, l’opération FDJ est un succès sur toute la ligne…

Une occasion manquée sur pour la pédagogie boursière ?

Plusieurs voix s’élèvent toutefois pour pointer une occasion manquée : la privatisation de la FDJ était « un formidable outil de pédagogie » pour Charles-Henri d’Auvigny, président de la Fédération des investisseurs individuels et des clubs d’investissement (F2iC). « Pour être vertueuse, cette démarche aurait dû s’accompagner d’une augmentation de capital », afin que les nouveaux actionnaires individuels soutiennent de nouveaux projets d’entreprise. Et s'engagent dans ce projet sur le long terme. Charles-Henri d’Auvigny a rapidement regretté que cette opération se résume à « acheter du papier à l’Etat… »

« Investir en actions requiert un certain travail de lecture et d’analyse »

A travers une importante opération de communication, à la télévision et à la radio, l’Etat s’est positionné comme vendeur. Mais pas comme conseiller des actionnaires individuels. « Les Français sont réputés averses au risque, or investir en actions requiert un certain travail de lecture et d’analyse », souligne Jocelyn Jovène, rédacteur en chef de Morningstar France. Mais en l'espèce, les informations détaillées sur la société FDJ et sur l’opération figuraient dans les denses document d’enregistrement (382 pages) et note d’opération (53 pages). Mis à part sur le site fdj-devenir-actionnaire.com, peu de contenus « grand public » : « Face à la densité et la complexité des documents disponibles, on peut regretter un manque de pédagogie », regrette Jocelyn Jovène.

Le devoir de conseil a-t-il été respecté ?

L’Etat étant dans la position du vendeur, qui est chargé de conseiller les particuliers dans leur investissement ? Les établissements financiers : banques, courtiers en ligne… Les banques ont-elles pleinement joué leur rôle de conseil ? L’action FDJ a-t-elle été proposée de façon homogène dans les réseaux bancaires ? Impossible de répondre de façon globale à ces questions à ce stade. Les lecteurs de MoneyVox nous rapportent toutefois d’ores et déjà des témoignages bien différents : absence totalement d’information sur le sujet dans certaines banques, conseillers bancaires inégalement au fait des modalités du système de réservation, ou réception dans certains cas d’un message de la banque – sur l’espace personnel en ligne – informant les clients de la « possibilité de participer à la privatisation » avec un lien direct de souscription. Dans ce dernier cas, la banque se défausse de tout rôle de « conseil en investissement », en précisant proposer uniquement un service de « réception transmission d’ordre » (RTO). Bref : à première vue, une commercialisation inégale dans les réseaux bancaires !

« Vous ne devez investir que l'argent dont vous n'avez pas besoin avant plusieurs années »

Dans de nombreux cas, face à l’afflux de demandes, les banques et courtiers ont laissé à la disposition des particuliers les outils de souscription, en ligne, pour pouvoir acheter des actions. Sans plus d’échange ou de conseil que les messages réglementaires d’avertissement sur le risque de perte en capital. Avec toutefois un échange plus poussé quand cette souscription a nécessité l’ouverture d’un PEA ou d’un compte-titres, ouverture nécessitant a minima de remplir un questionnaire de risque.

Les précautions à prendre avant un tel investissement (200 euros minimum dans le cas de l’action FDJ), l’Autorité des marchés financiers les répète, elle : « Avant d'investir, forgez-vous une opinion sur le potentiel de l'entreprise qui vous intéresse. Analysez aussi les risques attachés à la société, à son secteur d'activité et à l'opération. Evaluez si ce type d'investissement correspond à votre profil et à votre horizon de placement, en gardant bien en tête que vous ne devez investir que l'argent dont vous n'avez pas besoin avant plusieurs années. » Et le gendarme rappelle surtout l’importance de diversifier son portefeuille, sur différentes entreprises, différents secteurs d’activité, différentes zones géographiques, etc.

Enfin, l’engouement médiatique autour de l’action FDJ a parfois gommé une information d’importance : si la période de réservation permet de profiter de quelques avantages (décote sur le prix, éventuelle action gratuite, absence de frais), il sera toujours possible d’acheter des actions dans les prochaines semaines et prochains mois, en bourse…

Une mauvaise publicité en cas de pertes ?

« Pour que la FDJ soit un “immense succès populaire”, il ne suffit pas qu'il y ait beaucoup de particuliers qui y participent », rappelle l’éditorialiste Marc Fiorentino dans la newsletter de MonFinancier-MeilleurPlacement, société de courtage dont il est le cofondateur. « Non, rappelez-vous l'introduction en Bourse d'EDF… Pour que ce soit un immense succès populaire, il faut qu'il y ait beaucoup de particuliers qui gagnent de l'argent. Or il semble que le gouvernement s'apprête, face à la forte demande, à afficher un cours d'introduction dans le haut de la fourchette. » Après application de la décote de 2% dédiée aux particuliers, le prix de l'action doit être fixé entre 16,17 et 19,50 euros. Le prix définitif sera dévoilé ce 20 janvier, mais il est effectivement attendu au-dessus de 19 euros.

Introduction en bourse le 21 novembre à 9h30

La phase de réservation d’actions s’est achevée hier pour les particuliers, puis ce mercredi 20 novembre à 12h pour les investisseurs institutionnels. Le prix sera connu plus tardivement dans la journée. Face à l’afflux de demande d’actions, les réservations supérieures à 5 000 euros, de la part de particuliers, ne seront pas nécessairement pleinement honorées.

La première cotation de l’action FDJ doit intervenir demain, jeudi 21 novembre, sur Euronext Paris. Elle sera marquée par la traditionnelle cérémonie de la cloche marquant toute introduction en bourse. Cette cérémonie sera présidée par le ministre de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire, par la PDG de la FDJ Stéphane Pallez, en présence de Stéphane Boujnah, président du directoire d’Euronext.

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© cbanque.com / MoneyVox / BL / Novembre 2019

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