Epargne : faut-il faire confiance au taux de rendement annualisé ?

Des figurines autour d'un taux
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Mis en avant pour juger de la rentabilité d’un placement, le taux de rendement interne permet de comparer plusieurs produits d’épargne. Mais attention : cet indicateur repose sur des hypothèses qui ne collent pas toujours avec la réalité, ce qui peut induire les épargnants en erreur. Illustration avec les prêts participatifs.

Le taux de rendement interne, aussi appelé taux de rentabilité interne, taux de rendement annualisé ou plus simplement TRI est un indicateur couramment utilisé par les investisseurs et les financiers. Il leur permet de juger du potentiel d’un placement. Concrètement, le TRI se calcule en prenant en compte l’ensemble des flux financiers positifs et négatifs qu’un produit d’épargne va générer : la somme initiale investie, les frais prélevés, les intérêts versés, la cession de l’actif voire, dans certains cas, les prélèvements sociaux et fiscaux. Au final, ce calcul permet d’obtenir un taux d’intérêt annualisé. C’est-à-dire le rendement moyen offert chaque année par le placement.

Le calcul du TRI peut être réalisé pour tous les produits et montages financiers (achat de titres vifs, investissement locatif, assurance vie, SCPI, prêts participatifs…). En théorie, ce seul indicateur résume ce qu’un placement, quel qu’il soit, va rapporter, et donc, s’il est intéressant financièrement d’y investir son épargne. Il permet donc aussi de confronter la rentabilité de plusieurs produits d'épargne.

Un indicateur pertinent pour comparer deux produits semblables

« Le taux de rendement interne est intéressant pour comparer deux placements au sous-jacent identique, avec les mêmes durées d'immobilisation », souligne effectivement Yves Gambart de Lignières, conseiller en gestion de patrimoine indépendant (CGPI). A l'inverse, « comparer, par exemple, un Pinel avec des loyers et une sortie prévue à l'horizon de 10 ans et un Girardin one shot avec un décaissement plié en 12 mois ne présente que peu d'intérêt », illustre le gestionnaire patrimonial. En cause, une prise de risque différente, dont le TRI ne rend pas compte ou seulement approximativement : cela reviendrait à comparer un Livret A à un placement en actions sur le seul angle du rendement. Pour que le calcul aboutisse, il est nécessaire de lui accoler des hypothèses, qui peuvent être difficiles à calibrer, surtout lorsque l’horizon de placement s’allonge.

« Le TRI avec des flux futurs non garantis est par construction erroné »

« Le TRI postule que le flux perçu une année donnée est réinvesti automatiquement et au même taux de rendement que les autres années », résume Yves Gambart de Lignières. Le taux peut toutefois être affiné si le gestionnaire pronostique une baisse de revenus qu’il répercute dans son calcul. Mais, anticiper parfaitement l’évolution des marchés est impossible ! Pas sûr par exemple que les courtiers aient pronostiqué en 2009 que le rendement des fonds euros serait divisé par 2 en 8 ans. « Le TRI d'un placement avec des flux futurs non garantis est par construction erroné. Car il se base sur des paramètres qui risquent d'évoluer par rapport aux postulats de départ. Typiquement, dans le cadre d'un usufruit de SCPI, la variation potentielle des loyers va impacter, à la hausse ou à la baisse, le taux de rentabilité », analyse le CGPI.

Les hypothèses optimistes des plateformes de crowdfunding

Se baser sur des hypothèses de rendement trop optimistes : un reproche adressé notamment aux plateformes de crowdlending. Sous l’égide de leur association Financement participatif France, celles-ci sont tombées d’accord en novembre 2017 pour communiquer au public une flopée d’indicateurs harmonisés, dont un taux de rendement interne par plateforme. Ce TRI est calculé sur la base de l’ensemble des prêts intermédiés : les emprunts étant arrivés à échéance comme ceux tout juste émis. Ce choix peut conduire à surestimer la rentabilité des financements accordés, au moins dans un premier temps.

Unilend, un TRI de 6% en 2018 qui tombe à -0,6% en 2014

En effet, s’agissant des nouveaux prêts, étant donné que la quasi-totalité des échéances n’a pas encore été remboursée, les plateformes intègrent à leur calcul le montant théorique (capital et intérêts) que devront restituer les emprunteurs jusqu’à la fin du prêt. Ce qui, compte tenu du risque d’impayés, n’a que peu de chance d’arriver. Pour rappel, selon les constats de l’association de consommateurs UFC-Que Choisir, le taux de défaut des prêts aux entreprises atteint 9,5% en octobre 2018, un chiffre qui a plus que doublé par rapport à sa précédente enquête de février 2017.

La méthodologie de FPF prévoit toutefois que les retards et défauts intervenant ultérieurement soient pris en compte dans le TRI. Concrètement, lorsque la plateforme a connaissance d’un impayé, elle le répercute dans son calcul et actualise en conséquence le taux de rendement annualisé qu’elle indique sur son site. C’est la raison pour laquelle les TRI ont tendance à décliner au fil du temps. Exemple avec Unilend, la plateforme qui vient d’être rachetée par PretUp. Le taux de rendement interne de ses prêts émis en 2018 s’élève à 6,64%. Un taux tout à fait attractif. En revanche, le TRI des emprunts consentis en 2015, dont certains sont arrivés à terme, chute lui à 2,10%. Une baisse nette qui s’explique par la survenue d’impayés. Pour cette année, le taux de défaut de remboursement bondit en effet à 10,5%. Pire, pour les prêts de 2014, le rendement passe même en territoire négatif à -0,64%. Pour les plateformes, l’un des moyens mathématiques de contrer cette baisse est de proposer de nouvelles levées de fonds : des emprunts qui ne sont a priori pas plus rentables, mais simplement plus jeunes et donc sans impayés.

Lire aussi : Faut-il encore croire au prêt participatif ?

Un taux de rendement interne basé sur les prêts clos

« Cela n’a aucun sens de calculer un taux de rendement interne pour un prêt qui a été débloqué il y a un mois, à part de dire que le TRI équivaut au taux du prêt », s’offusque Emmanuel de Sloover, un investisseur qualifié, actif sur le prêt participatif depuis 2011. Un avis partagé par Yves Gambart de Lignières, notre CGPI : « S'agissant du crowdlending, parler de TRI sur des projets en cours n'a pas de sens compte tenu du risque élevé de défaut ».

Selon Emmanuel de Sloover, « le taux de rendement interne est un bon indicateur, adapté au crowdfunding, mais il doit être calculé sur la base des prêts arrivés à échéance ». Et là, les performances sont très différentes. D'après ses propres calculs, qui s’appuient sur 371 emprunts terminés à août 2018, leur performance moyenne ressort à -4% net d’impôts (une fois déduite la flat tax). Un résultat qui contraste avec les TRI calculés par les plateformes depuis leur lancement, qui tombent rarement en-dessous de 4%.

« Parler de TRI sur des projets en cours n'a pas de sens »

Par conséquent, le taux de rentabilité interne doit être manipulé avec précaution. L’investisseur doit connaître les hypothèses prises pour le calculer. « Il suffit en effet de changer quelques paramètres pour que le résultat soit très différent », prévient Yves Gambart de Lignières. « Le TRI présente l'atout d'être synthétique. Mais parfois, il est préférable de détailler aux investisseurs les flux perçus que de leur présenter un seul chiffre qu'ils ne comprennent pas ». C’est pourquoi, dans le cadre de son activité de conseiller financier, ce CGPI explique n’utiliser que ponctuellement le rendement annualisé. « Je préfère orienter mes clients à l'aide de plusieurs simulations basées sur la conjoncture et le niveau de risque. Par exemple, dans le cas d'une assurance vie, je leur présente les gains potentiels en fonction de trois profils de risque (prudent, équilibré et dynamique). Dans le cas de l'usufruit de SCPI, je leur présente le point neutre, c'est à dire la rémunération qu'ils percevront si une lourde baisse des loyers survient », détaille Yves Gambart de Lignières.

En ce sens, il se rapproche des préconisations faites par l’Autorité des marchés financiers. En marge d’une récente interview dédiée au crowdfunding immobilier, Julien Paille, responsable de l’unité prestataires de services d’investissement au sein du régulateur déclarait : « Un indicateur de performance ne doit jamais être l'outil central d’une communication. Nous invitons les investisseurs à croiser plusieurs sources d’information, à s’intéresser aux caractéristiques et aux risques inhérents à chaque projet ».

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© cbanque.com / MEF / Décembre 2018

Commentaires

Publié le 13 décembre 2018 à 17h58 - #1Petit louis
  • Homme
  • 67 ans

....sans oublier le taux moyen annuel d'inflation(1.69% sur les 12 derniers mois) !

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