Livret A : « un taux de 1,25% en août 2017 »

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Cyril Blesson, de Pair Conseil
Cyril Blesson - DR / Pair Conseil

L’été dernier, Bercy avait annoncé d’emblée que le taux du Livret A resterait inchangé au 1er février 2017. Promesse tenue ! Entre temps, une nouvelle formule de calcul est entrée en vigueur, et elle devrait s’appliquer au 1er août prochain. Cyril Blesson, associé du cabinet Pair conseil, qui édite Les Cahiers de l’épargne, livre d’ores et déjà son pronostic, et en analyse les conséquences.

Est-il d’ores et déjà possible d'anticiper le taux du Livret A pour la prochaine révision, au 1er août prochain ?

Cyril Blesson : « Oui. L’Insee a livré une inflation provisoire de 1,4% sur un an en janvier 2017, contre 0,6% en décembre. La nouvelle formule de calcul du taux du Livret A prendra en compte une moyenne de l’inflation annuelle sur les 6 derniers mois. Mais il faut avoir conscience que la hausse de janvier était prévisible, et qu’elle n’a rien d’éphémère. Elle n’est en effet pas liée à une hausse de l’activité menant à des tensions offre-demande sur les biens de consommation autres qu’énergétiques : elle augmente du fait de la hausse du prix du pétrole. Voilà pourquoi ce rebond est annoncé depuis plusieurs mois. Ce retour de l’inflation devrait donc être confirmé dans les prochains mois, voire même s’amplifier légèrement. En conséquence, nous prévoyons un taux de 1,25% pour le Livret A au 1er août prochain, contre 0,75% à ce jour. »

A propos du nouveau mode de calcul : Qu’est-ce qui change pour le taux du Livret A en 2017 ?

La teneur politique de la fixation du taux du Livret A n’a toutefois pas été gommée…

C.B. : « Non, en effet. Le gouvernement conserve son pouvoir discrétionnaire, avec cette possibilité de déroger à la règle de calcul comme c’était le cas précédemment. »

Et il subsiste des incertitudes politiques, avec l’échéance présidentielle…

« Cette hausse sera problématique pour les banques »

C.B. : « Sur l’horizon politique, nous nous refusons à faire des prévisions. Un nouveau gouvernement pourrait en effet décider que la nouvelle règle de calcul ne lui convient pas. Tous les gouvernements, quels qu’ils soient, ont été empêtrés dans cette question du taux du Livret A. »

Le gouvernement conservant un pouvoir discrétionnaire, les banques ne risquent-elles pas de faire pression pour éviter ce rebond ?

C.B. : « Si, bien entendu ! Et ce sera légitime. Car la Banque centrale européenne (BCE) n’est pas prête à remonter ses taux directeurs. On aura en outre toujours un problème de déconnexion du taux du Livret A par rapport aux autres placements bancaires et financiers. Et il faudra assurer cette rémunération de 1,25% : les banques elles-mêmes ne trouvent pas de tels taux sur les marchés. Cette hausse sera problématique pour les banques. »

Malgré un taux à 0,75% pendant toute l’année 2016, ce produit « star » a réalisé une collecte positive, la première depuis 2013… Comment l’expliquez-vous ?

« Les Français ont fini par comprendre que 0,75%, cela n’était pas si mauvais ! »

C.B. : « Tout d’abord, chaque annonce de hausse ou de baisse de taux engendre un fort mouvement de collecte ou de décollecte. Mais cette réaction n’est que provisoire. Après une baisse de rendement, l’effet de défiance s’estompe et les flux se régulent : c’est ce que l’on a constaté en 2016 après les fortes décollectes de la fin 2015, suite au passage à 0,75% au 1er août 2015. D’autant que les Français ont fini par comprendre que 0,75%, vu le niveau extrêmement bas de l’inflation en 2016 et des taux des produits concurrents, cela n’était pas si mauvais ! Par ailleurs, de nombreux professionnels évoquent une méfiance envers l’assurance-vie à l’automne 2016 du fait de la polémique sur la limitation des retraits prévue par la loi Sapin 2. Et cela aurait plutôt profité au Livret A, qui a donc bouclé l’année un peu mieux que prévu. »

Lire aussi : Comment les Français ont placé leur argent en 2016

Si le Livret A rapporte à nouveau 1,25% en août prochain, faut-il s’attendre à un engouement ?

C.B. : « Très clairement oui ! L’effet d’annonce va engendrer une forte collecte. D’autant plus que les performances de l’assurance-vie ont été annoncées en diminution, et qu’un Plan épargne logement ne rapporte plus que 1% à l’ouverture. »

A un niveau comparable aux collectes de 2012-2013 (1) ?

C.B. : « Non. En comptant la capitalisation des intérêts, nous prévoyons une collecte de 7 à 8 milliards d’euros en 2017 [contre 1,75 milliard en 2016, NDLR]. Ce serait déjà un retour en grâce ! »

Le Livret d’épargne populaire (LEP) rapporte lui déjà 1,25%. Comment expliquer qu’il enchaine les décollectes (2) ?

C.B. : « Il faut s’interroger sur la capacité d’épargne des populations bénéficiaires du LEP. Il s’agit probablement des Français qui ne sont pas les plus à même d’épargner en ce moment. »

La collecte du Plan épargne logement a ralenti ces derniers mois. Est-ce la fin de la période dorée ?

Un « important stock de PEL rémunérés à 2,50% ou plus »

C.B. : « Je n’en suis pas si sûr. 18,9 milliards d’euros (3), cela reste une grosse collecte ! Oui il y a eu un ralentissement sur la fin 2016, et il y a probablement eu moins d’ouvertures qu’en 2015 car le rendement des nouveaux PEL a été abaissé deux fois en 2016. Mais la collecte reste élevée du fait de l’important stock de PEL rémunérés à 2,50% ou plus. Pour 2017, nous prévoyons une collecte de l’ordre de 13 milliards d’euros, ce qui restera là encore un beau résultat. »

Autre phénomène de ces dernières années : l’argent dormant sur les comptes courants. Pensez-vous qu’il va se poursuivre en 2017 ?

C.B. : « Plus de 30 milliards d’euros de collecte nette par an sur les dépôts à vue, en 2015 comme en 2016, c’est énorme ! Cela représente un petit tiers de l’ensemble des flux enregistrés sur les placements financiers ! Si le taux du Livret A augmente, ce phénomène devrait se résorber progressivement. Mais la collecte des dépôts à vue reste très volatile, donc difficilement prévisible, d’autant que la désaffection relative des Français envers l’assurance-vie me semble aussi avoir joué en 2016. »

Sur l’assurance-vie, justement, 84% de la collecte nette 2016 a été enregistrée sur les supports risqués, en unités de compte (UC)…

Assurance-vie : « 17 milliards d’euros de collecte nette, ce n’est pas un bon résultat »

C.B. : « Concernant les UC, l’aspect psychologique joue pleinement : les Français achètent quand la bourse est en hausse, et vendent quand elle baisse. Or les marchés ont fortement progressé en fin d’année. Il faut toutefois noter que les UC ne représentent que 20% de la collecte brute et que leur succès est aussi en grande partie dû à la volonté des assureurs de guider leurs clients vers ces fonds risqués car potentiellement plus rémunérateurs. Plus généralement, concernant l’assurance-vie, 17 milliards d’euros de collecte nette globale en 2016, ce n’est pas un bon résultat. Pour un flux global de plus de 100 milliards d’euros sur les placements bancaires et financiers en 2016, l’assurance-vie devrait drainer au moins 25 milliards pour être en phase avec ce qu’elle représente dans le portefeuille des Français. »

Voir aussi, sur la fiscalité : Comment battre le taux du Livret A ?

(1) 49 milliards d’euros en 2012, année du relèvement du plafond, et 19 milliards en 2013.

(2) Le LEP a enregistré une décollecte de 960 millions d’euros en 2016.

(3) Collecte 2016 selon la Banque de France, en comptant la forte collecte de décembre (5,7 milliards), du fait de la capitalisation des intérêts.

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© cbanque.com / Propos recueillis par BL / Février 2017