Crowdlending : Unilend jette l'éponge

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La plateforme de prêts participatifs aux PME a confirmé la cessation de ses activités. La société a été placée en liquidation judiciaire hier et passe dès aujourd’hui en gestion extinctive, mais elle se veut rassurante pour les actuels particuliers prêteurs.

Le site spécialisé Crowdlending.fr a publié hier un article faisant état d’une « rumeur plus qu’insistante » : « Le précurseur du crowdlending en France, Unilend, aurait déclaré sa cessation de paiement fin septembre ». Contacté par cBanque, le fondateur et président d’Unilend Nicolas Lesur a confirmé que la plateforme de crowdlending a été placée hier en liquidation judiciaire. La plateforme passe dès à présent en gestion extinctive : il n’y aura plus de nouveaux prêts mais la SFPMEI (1) doit gérer la continuité des remboursements des prêts en cours.

« Pour les actuels clients prêteurs, rien ne change »

Le site d’Unilend a été transformé ce jeudi : la vitrine – page d’accueil, description de l’activité, prêts en cours – a disparu, seuls les 15 000 prêteurs « actifs » d’Unilend peuvent accéder à leur espace personnel. « Pour les particuliers prêteurs, rien ne change, à part qu’il n’y aura plus de nouveaux projets et qu’ils ne pourront plus alimenter leur compte Unilend », assure Nicolas Lesur, qui cherche à rassurer ses clients alertés par la rumeur. « La SFPMEI va prendre en charge le recouvrement et les remboursements selon les mêmes modalités qu’Unilend. »

Hier, suite aux rumeurs insistances, l’association professionnelle Financement Participatif France (FPF) a rappelé que « toutes les plateformes [intermédiaires en financement participatif, ou IFP, NDLR] ont obligatoirement un plan de gestion extinctive prévu par les textes », en renvoyant vers la recommandation du régulateur bancaire, l’ACPR, publiée en décembre 2017 sur le sujet. Ainsi, lorsqu’une plateforme de crowdlending ayant le statut IFP, comme Unilend, cesse son activité, « il n’y a pas de flux financiers gérés en direct par les plateformes : les flux passent par des prestataires de service de paiement (PSP) », en l’occurrence la SFPMEI dans le cas d’Unilend. « Donc les prêts, pour ce qui concerne les plateformes de prêts, continuent et sont gérés par le partenaire désigné, si une plateforme cesse son activité », ajoute l’association FPF.

Trouver un repreneur ? « Toujours possible »

Les prêteurs et acteurs historiques du secteur se remémorent toutefois du précédent Finsquare : en 2016, la plateforme rachetée au printemps par Lendix comptaient de très nombreux projets en défaut de paiement, et Lendix avait alors communiqué sur les importants efforts menés pour assurer le recouvrement. Faut-il craindre pareille issue ? Non, répond Nicolas Lesur : « Nous ne sommes plus à la même époque. Une procédure de gestion extinctive a été dressée par l’ACPR. Je ne peux pas promettre l’absence d’impayés, mais nous avons veillé à préserver un bon niveau de risque dans nos projets. Nous sommes à 3% de défaut de paiement sur les deux dernières années. »

Le sort de la plateforme Unilend en elle-même apparaît en revanche bien plus incertain. Trouver un repreneur ? « Bien sûr, cela reste possible », répond le fondateur de cette plateforme lancée en 2013, avant même l’entrée en vigueur du cadre réglementaire du crowdfunding, fin 2014. Mais il se veut prudent sur le sujet : « La procédure de liquidation vient de démarrer. »

« Un constat d’échec » sur le marché du prêt aux PME

Car la fermeture de la plateforme historique du prêt aux PME n’est évidemment pas un indice de bonne santé du crowdlending, même si le leader du financement participatif aux entreprises, Lendix, affiche des statistiques flatteuses grâce à un modèle reposant d’une part sur des prêteurs particuliers et d’autre part sur des prêteurs institutionnels.

« Quand nous avons créé Unilend en 2013, il y avait un besoin en financement de la part des PME », raconte Nicolas Lesur. « Les banques prêtaient alors difficilement, ou réclament d’importantes garanties. Nous proposions alors aux PME un prêt plus cher mais simple et rapide. Le marché a évolué avec la conjoncture de taux bas, le QE [politique de rachat massif d’actifs, NDLR] et les baisses de taux directeurs de la Banque centrale européenne. Les banques cherchent désormais à prêter un maximum aux entreprises, à des taux faibles. »

« Nous n’avons pas voulu entrer dans la course au volume, en maintenant une politique de risque appropriée », argumente le fondateur d’Unilend. Et la plateforme n’est donc pas parvenue à assurer la rentabilité de son activité. « Malheureusement, c’est un constat d’échec concernant le marché du crowdlending », conclut Nicolas Lesur. Un message pessimiste, qui laisse entendre qu'il y aura encore de la « casse » parmi la petite vingtaine de plateformes spécialisées dans le prêt aux PME.

Unilend en chiffres

  • Lancement de l'activité en novembre 2013.
  • 43 849 prêteurs « inscrits », pour 15 277 prêteurs « actifs » à ce jour, dont « 98% de particuliers ».
  • 33 millions d'euros prêtés aux entreprises, dont 7 millions en 2017 et 3,5 millions d'euros en 2018.
  • 21 millions d'euros remboursés à ce jour.
  • 7,85% : le taux de capital en défaut ou en retard de remboursement depuis le lancement (2,6 millions d'euros de capital « en défaut »), 3,13% pour les prêts de l'année 2016 et 2,99% pour ceux de 2017.
  • Taux de rendement interne (performance des investissements en incluant les défauts) : 3,34%.

(1) Société financière du porte-monnaie électronique interbancaire (SFPMEI), prestataire de services de paiement (PSP) déjà partenaire d’Unilend.

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© cbanque.com / BL / Octobre 2018

Commentaires

Publié le 19 octobre 2018 à 14h17 - #1crésus79
  • Homme
  • Nantes
  • 63 ans

Si les emprunteurs arrêtaient de payer leurs échéances, la SFPMEI ne pourrait recouvrir ces sommes car elle ne fait que gérer les avis de prélèvement et non le recouvrement contentieux.
Voilà les limites du modèle de crowdlending par rapport aux crédits bancaires. Le système n'a sans doute pas d'avenir.

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