Assurance-vie : comment juger les performances d'une gestion pilotée ?

Jean-Paul Raymond, de Quantalys
Jean-Paul Raymond - DR Quantalys

Des rendements de 2,3% à 11,7% ont été annoncés par Boursorama, Altaprofits, WeSave ou autre Yomoni pour leurs gestions pilotées sur l'année 2017. Avec un CAC 40 à près de 10% sur la même période, comment faut-il juger ces performances ? Jean-Paul Raymond, directeur du développement de Quantalys, livre ses critères d’analyse.

Comment comparer les performances annuelles d’une gestion pilotée ?

« Tous les acteurs ne communiquent pas spontanément leurs performances »

Jean-Paul Raymond : « Effectivement, c’est assez compliqué ! Déjà, il faut connaître les chiffres des différentes gestions pilotées du marché, or tous les acteurs ne les communiquent pas spontanément. Ensuite, il faut bien faire attention à se baser sur les chiffres nets de frais de gestion mais, sur ce point, les distributeurs se conforment à ce standard. Il y a un manque de transparence mais cela devrait s’améliorer. La réglementation pousse les assureurs à favoriser la gestion pilotée : les directives et autres réglements MIF 2, Priips et DDA ne les incitent pas à référencer mille supports en unités de compte sur un même contrat d'assurance-vie. Les assureurs vont de plus en plus sélectionner les UC en proposant, en contrepartie, des solutions packagées, comme la gestion pilotée. »

Le CAC 40 a progressé de 9,26% en 2017 : un bon indicateur pour juger une performance annuelle ?

J-P.R. : « 2017 était une belle année boursière, oui, mais je retiendrais un deuxième événement : la chute du dollar. Elle impacte tous les marchés en dollars. Par exemple, les actions américaines ont progressé de 17% mais, en ramenant cette performance en euros, elle tombe à 6% ! Cela influe donc fortement sur les performances des portefeuilles investis sur des valeurs mondiales. Par ailleurs, pour le CAC 40, il vaut mieux prendre en compte la performance total return (CAC 40 GR), qui prend aussi en compte le réinvestissement des dividendes. En total return, la performance grimpe à 11,69% en 2017. »

Les profils les plus offensifs affichent du 10% ou 11% sur 2017. Au regard des marchés boursiers, est-ce donc une bonne performance ?

« L’allocation est forcément plus diversifiée que le CAC 40 »

J-P.R. : « Les performances des profils ne peuvent pas être comparées directement à celles des indices, car il faut prendre en compte les frais de gestion, généralement autour de 0,80% sur l’assurance-vie, auxquels s’ajoutent les frais de mandat. Le plus souvent, ce mandat s’exerce sur les conseils d’une société tierce (Morningstar par exemple). Le gratuit n’existe pas : le gestionnaire doit rémunérer son activité ! Par ailleurs, le grand public se fie à ce qu’il voit : il ne jure donc que par le CAC 40 mais, pour un mandat d’arbitrage, l’allocation est forcément plus élargie, plus diversifiée. Enfin, en 2017, les marchés boursiers étaient en hausse mais, surtout, ils étaient très peu volatils, à la différence de 2016. »

Des marchés en hausse, et peu volatils… Autrement dit, 2017 était une année « facile » pour les gestionnaires…

J-P.R. : « Oui mais j’indiquerais deux bémols : la chute du dollar évoquée plus tôt et la faiblesse des performances des obligations. Actuellement, pour aller chercher de la performance, il n’y a guère que les obligations de rendement [ou high yield, NDLR], par le passé appelé junk bonds en référence au caractère risqué de ces obligations. Cela illustre bien l’état du marché obligataire. Or dans un profil prudent, sur une assurance-vie, il y a nécessairement une part de fonds en euros et d’obligations. »

Doit-on être déçu avec un rendement de 3% ou 4% sur un profil prudent ?

« Dans un profil prudent, il y a nécessairement une part d’obligations, moins bien rémunérées »

J-P.R. : « Ce portefeuille est adapté à la typologie du client et du projet, à un horizon temporel. Les profils qui ont dépassé les 10% en 2017 peuvent aussi perdre 10% quand les marchés sont mal orientés. Dans le même temps, le profil prudent ne perdra peut-être que 2%. »

Si la comparaison avec les indices est délicate, peut-on tout de même comparer les performances de deux contrats ?

J-P.R. : « Oui, à profil équivalent : la plupart des gestion sous mandat s’articulent autour de 3 à 4 profils, du prudent au plus dynamique. Il faut toutefois faire attention aux dates : certains ont par le passé communiqué des performances qui ne portaient pas précisément sur l’année calendaire, or le fait d’arrêter une performance avec un délai de quelques jours change totalement la donne, en particulier sur l'année 2016. Par ailleurs, il vaut mieux privilégier un contrat en architecture ouverte : si la société de gestion n’opère la gestion pilotée qu’en investissant sur ses propres fonds alors cela crée la suspicion, et cela peut se faire au détriment de la performance. »

La gestion pilotée basée sur les ETF garantit l'indépendance du gestionnaire. Que pensez-vous de cette tendance initiée par les Yomoni, WeSave ou encore Nalo ?

« Société de gestion, c’est un métier »

J-P.R. : « Je suis un fervent défenseur de la gestion active. Je ne crois pas à l’idée selon laquelle le fait d’investir en gestion passive, sur des fonds moins onéreux [les fonds indiciels, ou ETF, NDLR] soit mécaniquement plus rentable. Société de gestion, c’est un métier. Certaines d’entre elles ont fait leurs preuves et se sont imposées en valeur sûre. Baser une gestion pilotée sur les ETF, cela veut dire que tout repose sur la tactique d’allocation : or c’est très compliqué de surperformer ainsi. Ces nouveaux acteurs font du bon travail mais pour rechercher la performance, je pense qu’il est parfois plus facile de réaliser son allocation en fonction de la réputation des sociétés de gestion. »

Afin de faciliter la comparaison entre les différentes gestions pilotées, pensez-vous qu’une intervention des régulateurs financiers soit nécessaire ?

J-P.R. : « Etablir une allocation type pour les différents types de profils (prudent, équilibré, etc.), ce serait trop compliqué. En revanche, les régulateurs pourraient tout à fait cadrer l’information livrée au client final : réclamer plus de transparence sur les frais, les performances, etc. Les nouveaux documents Priips sont de mon point de vue bien trop complexes mais il n’empêche : on va réellement vers plus de transparence, en particulier sur les frais. »

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© cbanque.com / Propos recueillis par BL / Février 2018

Commentaires

Publié le 11 février 2018 à 11h42 - #1CAT
  • Femme
  • 78
  • 71 ans

Ce qui serait intéressant c'est de connaître le pourcentage total des frais y compris des frais cachés lorsque les gestionnaires investissent dans des autres fonds. L'investisseur n'a pas connaissance de tous ces frais c'est pourquoi une performance peut être bien plus élevée que celle affichée mais est grignotée par tous les frais cachés....

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