Generali : le fonds en euros devient un produit de luxe

Sonia Fendler
Sonia Fendler / DR - Rémy Deluze

Frais de gestion en hausse sur le web, baisse de rendement significative pour 2016 et restrictions d’accès : Generali Vie veut freiner la collecte de ses fonds en euros ! Sonia Fendler, membre du comité exécutif de Generali France en charge de la clientèle patrimoniale, explique en quoi le fonds à capital garanti de l’assurance-vie est désormais « un produit de luxe ».

Après Spirica, Apicil et Suravenir, la mise en place de conditions d’investissement en UC sur l’ensemble de vos fonds en euros est-elle à l’ordre du jour ?

Sonia Fendler : « Nous le faisons déjà depuis plusieurs mois sur le réseau physique, nous allons nous poser la question sur internet. »

L’accès à Eurossima est déjà limité sur votre contrat web « maison », Generali Epargne…

S.F. : « Pour les courtiers et banques en ligne [ING Direct, Boursorama, Altaprofits, Linxea, Mes-placements, etc., NDLR], nous en discutons. Cela semble pertinent. En sachant qu’en règle générale, sur le canal internet, nous faisons en sorte que ce soit les mêmes conditions d’accès pour tous les distributeurs. »

Les versements de petit montant pourraient-ils être concernés, comme chez Spirica et Apicil ?

S.F. : « Cela fait vraiment partie de notre réflexion. Je ne peux pas dire quand nous prendrons notre décision. »

Pourquoi ne pas utiliser la simple incitation à l’investissement en UC, avec les bonus de rendement, plutôt que la contrainte ?

« Je ne suis pas fan de ces rendements différenciés en fonction du taux d’UC. »

S.F. : « Nous l’avons mis en place sur le contrat Phi Vie distribué par les agents généraux. Mais pas sur les canaux internet, banques privées et conseillers en gestion de patrimoine indépendants (CGPI). Personnellement, je ne suis pas fan de ces rendements différenciés en fonction du taux d’UC car c’est l’assureur qui fait un geste sur ses frais de gestion. Or ce n’est pas un bon message : aujourd’hui les fonds en euros sont un produit de luxe ! Donc il faut que l’on prenne la totalité des frais de gestion pour les préserver. »

Vous souhaitez faire comprendre aux épargnants que le fonds en euros se mérite…

S.F. : « En cette période de taux bas, délicate, nous assureurs devons songer à l’avenir en pensant à notre solidité, donc en prenant la totalité de nos frais de gestion sur le fonds en euros. »

Il existe pourtant encore quelques assureurs proposant de l’assurance-vie monosupport, 100% fonds en euros, comme la MIF, avec des rendements de plus de 3%…

S.F. : « Ce sont souvent des fonds en euros de petite taille, qui ont très peu collecté : ils vivent encore sur leurs anciens stocks mais un jour les obligations vont arriver à échéance. Chez Generali, nous avons depuis plusieurs années pour objectif de réaliser une collecte nette négative sur les fonds en euros, afin de les préserver. »

Les fonds en euros sont-ils si mal en point ? Au total (1), Facts & Figures estime à 6 point le rendement en réserve…

« Il n’y a pas de mort annoncée des fonds en euros ! »

S.F. : « Je suis dubitative concernant cette estimation. Les plus-values latentes peuvent disparaître si les taux remontent. En revanche, la provision pour participation aux excédents (PPE) est une véritable réserve. Elle doit être dotée pour faire face à une remontée des taux. Or, pour l’instant, nous sommes dans une phase durable de taux bas. Nous devons préserver les fonds en euros pour le futur. Ce futur, à terme, c’est une probable remontée des taux. Pour moi, il n’y a pas de mort annoncée des fonds en euros ! C’est de la prévention. La loi Sapin II prévoit de limiter les retraits en cas de remontée brutale des taux, pour éviter les rachats massifs ? Mais nous ne craignons pas des rachats massifs, car nous nous préparons en mettant de la richesse en réserve, via la PPE, ce qui nous permettra de proposer des rendements adéquats. »

Le rendement moyen des fonds en euros a diminué d’environ un quart de point en 2014 et 2015. La baisse va-t-elle s’accentuer en 2016 ?

S.F. : « Probablement, oui. Les conditions de réinvestissement ont vraiment baissé cette année. Chez Generali, les taux diminueront de plus de 25 points [ou 0,25%, NDLR]. Après, c’est difficile de faire une estimation du taux moyen mais il finira par descendre sous les 2%, c’est évident. »

Lire aussi : 2,27% en moyenne sur les fonds euros de l’assurance-vie en 2015

La baisse sera similaire sur tous vos fonds en euros, y compris les fonds spécifiques comme Netissima ou Euro Exclusif ?

S.F. : « Nous ne faisons pas ce que l’on veut : c’est le rendement du fonds, à la fin de l’année, qui positionne le taux. Mais oui la baisse sera sensiblement la même sur les différents fonds en euros. Nous n’allons pas privilégier l’un ou l’autre. »

Vous faites aussi évoluer vos frais de gestion…

S.F. : « Avec nos partenaires internet, courtiers et banques en ligne, nous remontons les frais de gestion de nos fonds en euros, qui étaient jusqu’à présent compris entre 0,60% et 0,70%, à 0,75% pour l’ensemble. »

Quand passeront-ils à 0,75% chez l’ensemble de vos partenaires web ?

S.F. : « Cela dépend des partenaires. Certains l’appliqueront au 1er janvier, d’autres l’appliquent déjà. »

Lire aussi : Boursorama augmente les frais de gestion de ses fonds en euros

Sans un taux nettement supérieur au marché, comment attirer vers l’assurance-vie en ligne ?

« Avec 0,60% de frais de gestion, nos fonds en euros n’étaient pas vendus à leur juste valeur. »

S.F. : « Au départ, les clients allaient sur internet car ils achetaient les fonds en euros. Mais un produit a une valeur, cela ne se galvaude pas. Avec 0,60% de frais de gestion, nos fonds en euros n’étaient pas vendus à leur juste valeur. Aujourd’hui, les différences sont faibles entre les rendements sur le web. La valeur ajoutée vient de plus en plus de la facilité que l’on donne aux épargnants : outils de gestion, de consultation, de gestion pilotée avec des asset managers de renom, etc. Lorsque nous avons lancé les rachats partiels en ligne : cela a provoqué une hausse des versements car les assurés ont apprécié cette souplesse. »

Vous faites évoluer la garantie en capital en « brut de frais de gestion ». Pourquoi en 2016, et pas avant ?

S.F. : « D’autres assureurs ont été très discrets sur le sujet et l’on fait avant nous. Sur le timing, le déclencheur a été Solvabilité 2. Ces nouvelles normes qui s’appliquent au 1er janvier 2016 nous obligent à faire des simulations extrêmes et à immobiliser du capital. Cette modification répond donc uniquement à cette problématique. »

Envisagez-vous que les taux tombent si bas que les frais de gestion viennent rogner le capital ?

S.F. : « Sincèrement je ne le vois pas arriver. Je pense qu’il y a des possibilités d’investissement, sur ces fonds, avant d’arriver à des taux aussi bas. »

Solliciterez-vous les détenteurs de contrats signés avant 2016 pour faire évoluer leurs conditions ?

S.F. : « Cette modification ne concerne que les nouveaux contrats. »

(1) L’estimation de F&F prend en compte la provision pour participation aux bénéfices (PPB, ou PPE) mais aussi la réserve de capitalisation et les plus-values latentes. Lire : Le fonds en euros de votre assurance-vie est-il en bonne santé ?

Partager cet article :

© cbanque.com / Propos recueillis par BL / Octobre 2016

Commentaires

Publié le 5 octobre 2016 à 22h57 - #1Tours 37000
  • Homme
  • Tours
  • 52 ans

Vous dites: « Avec 0,60% de frais de gestion, nos fonds en euros n’étaient pas vendus à leur juste valeur. »
Ça reste un axe de communication très fort des contrats internets pour attirer des nouveaux clients: "frais de gestion les plus bas du marché", pas de frais d'entrée. L'autre axe de communication porte sur le contrat individuel versus le contrat de groupe en vous expliquant que les frais ne pourront pas être augmentés dans un contrat individuel. A une certaine époque, où c'était encore pertinent, on vantait même le cadre fiscal différentiel du contrat multisupport versus le contrat monosupport même si vous ne vouliez investir que sur du fonds euro.
La litanie "les rendements passés ne préjugent pas des rendements futurs" incitaient aussi à se dire que pour optimiser son épargne prendre un contrat individuel multisupport avec des frais bas non variables était une bonne option. Qu'avez-vous contre l'idée d'être un bon père de famille et de ne pas vouloir jouer le fruit de son travail au casino? Les assureurs ne s'y trompent pas: ils prévoient que la nécessité de se payer prime sur la garantie en capital de leurs clients en modifiant les uns après les autres dans les contrats de groupe les règles. Cela montre la confiance qu'ils ont dans leur capacité à produire des plus values, alors que c'est leur métier !
Vous dites aussi que vous n'êtes pas fan des bonus et pourtant c'est une politique commerciale encore courante.
Il ne faut donc pas d'étonner du comportement des épargnants que vous avez voulus avec votre politique commerciale qu'au final vous trouvez mauvaise !
Il ne vous reste qu'à faire des contrats de groupe, ne pas permettre l'investissement exclusif dans les fonds euros et annoncer la couleur. Vous aurez alors la clientèle que vous souhaitez.

Trouvez-vous ce commentaire utile ?42
Publié le 6 octobre 2016 à 20h46 - #2Compte anonyme

"Cette modification ne concerne que les nouveaux contrats"
C'est pour cette raison que Générali avec la complicité d' Altaprofits baisse son ticket d' entrée à 300 euros, histoire de pigeonner un peu plus ...

Trouvez-vous ce commentaire utile ?11
Publié le 13 novembre 2016 à 07h01 - #3ricou7422
  • Homme
  • 74130
  • 62 ans

Pour avoir un contrat GENERALI depuis 2006, par l'intermédiaire de BOURSORAMA, que je suis en train de racheter, je peux témoignez que cette compagnie est ramassis d'imcompétents, qui méprisent le client .
En effet, je n'ai eu que des déconvenues, pour exemple: en gestion piloté dynamique, la ligne fond euros qui baisse en 2014, augmentation des % en UC, sans accord du client, aucune réponse aux réclamations en RAR à Boursorama. Lors de l'arrêt de cette gestion pour revenir sur le fond euros plus de 200 euros qui disparaissent. Réclamation, aucune réponse.
Et la cerise sur le gâteau c'est en 2010, lorsque GENERALI et BOURSORAMA se sont rendu complice, par négligence et médiocrité du vol de l'assurance vie de mon papa, âgé de 89 ans, lors d'un recel successoral, affaire qui est actuellement en procès en justice, en partie du fait de GENERALI et BOURSORAMA.
Alors que ce contrat avait été souscrit en 2008 devant moi, avec comme bénéficiaire 4 enfants, en novembre 2010, 1 sœur a fait 1 faux, adressé à BOURSORAMA pour GENERALI, en écrivant et signant à la place et au nom de mon papa un courrier pour se déclarer, unique bénéficiaire.
Sans sourciller, GENERALI et BOURSORAMA ont accepté ce changement, sans faire aucune recherche ou vérification, malgré l'âge avancé de mon papa.
Alors que la signature sur cet écrit était totalement différente de celle de sa carte d'identité fournie et établie 2 mois plus tôt devant 1 officier d'état civil.
Et de surcroit, mon père étant reconnu par 3 médecins, pour être atteint de la maladie d’Alzheimer depuis un moment.
Suite à son décès en 2012, lors du payement de ce contrat, l'assureur et la banque n'ont même pas constaté que l'écrire figurant sur la demande de rachat ( écrit par ma sœur), était la même que celle du courrier, soit disant écrit par mon papa 2 ans plus tôt.
Voilà ce qui démontre le sérieux de ces 2 compères. Donc réfléchissez avant de souscrire.

Trouvez-vous ce commentaire utile ?01