Argent de poche : combien et comment donner ?

Un père donne un billet de 20 euros à son fils
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Savoir additionner des pièces et des billets, être capable d'évaluer la valeur des choses, apprendre à choisir entre consommer et à économiser... Autant de compétences dont l'apprentissage, au plus jeune âge, passe par la gestion de l'argent de poche. Voici quelques conseils pour réussir l'éducation financière de vos enfants.

3 sur 4 : c’est la part des enfants scolarisés de 6 ans et plus qui reçoivent de l’argent de poche, sous une forme ou une autre : du petit billet glissé dans la main à l’occasion d’un bon bulletin à la somme fixe confiée de manière mensuelle ou hebdomadaire. Certes, ces chiffres de l’Insee (1) n’ont pas été mis à jour depuis très longtemps (2001). On peut toutefois supposer que les usages en la matière n’ont pas radicalement changé depuis : les Français, dans leur grande majorité, croient aux vertus de l’argent de poche pour apprendre à compter, à faire des choix et à économiser. Reste toutefois à faire les bons choix. A partir de quand donner ? Combien ? Et sous quelle forme ?

Quand donner ?

Le moment-clé pour commencer à donner de l’argent de poche à ses enfants, de manière régulière ou ponctuelle, est généralement l’entrée au collège. L’étude de l’Insee déjà citée montre en effet qu’un premier basculement intervient entre l’âge de 10 ans - où seulement 1 enfant sur 2 en reçoit - et de 12 ans, où ils sont déjà les trois quarts. La proportion d’enfants concernés continue ensuite à augmenter jusqu’à 17 ans, où elle atteint son apogée, autour de 85%.

Voilà pour les statistiques. Mais il n’y évidemment pas de règles strictes en la matière. Selon le degré de maturité de l’enfant, on peut également faire le choix de l’équiper d’une tirelire et de commencer à lui confier de petites sommes, à intervalles réguliers ou non, dès ses premières années d’école élémentaire (soit à partir du CP), au moment où il maitrise les bases du calcul et de la lecture, et dispose de repères sur le prix des choses.

L’argent de poche, une « zone de responsabilité »

Même si votre enfant commence très jeune à recevoir de l’argent de poche, il est très important de lui laisser la liberté de choisir l’usage qu’il en fera. Comme l’explique à MoneyVox la coach en intelligence financière Nathalie Cariou, l’argent de poche n’est pas seulement l’occasion d’apprendre à économiser, mais doit aussi constituer une « zone de responsabilité » pour les enfants, où se tromper - par exemple en achetant un jouet idiot - est également formateur.

Lire à ce propos : Argent : comment en parler à ses enfants ?

Combien donner ?

47 euros : c’est le budget mensuel « argent de poche » des ménages français, selon un sondage publié en 2017 par la banque en ligne Fortuneo. Selon une autre étude, publiée elle par ING (2), les parents français sont parmi les plus généreux en Europe, derrière les Italiens. Un enfant français reçoit ainsi 2 euros par semaine avant 5 ans, 5 euros entre 5 et 10 ans, 10 euros entre 10 et 15 ans et 20 euros après 15 ans. Soit un doublement du montant tous les 5 ans environ.

Quoi qu’il en soit, il n’est pas nécessaire de confier des sommes importantes à ces enfants pour permettre aux vertus pédagogiques de l’argent de poche de s’exprimer. Il s’agit donc de donner selon ses moyens, et d’augmenter le montant de manière progressive. D’éviter, surtout, de donner trop, trop tôt.

De l’argent de poche contre des tâches ménagères ?

Faut-il récompenser financièrement les enfants en échange de leur participation aux tâches ménagères ? 7 Français sur 10 répondent non, selon un récent sondage. A juste titre : « La rémunération de certaines tâches ménagères ne doit pas être confondue avec de l'argent de poche, qui reste un don et non un salaire ou un dû », explique la psychologue Laurence Peltier.

Lire sur le sujet : Ces « corvées » pour lesquelles les parents sont prêts à payer leurs enfants

Comment donner ?

En matière d’éducation financière, le passage par la tirelire et le cash reste indispensable pour appréhender l’argent dans sa dimension matérielle. Une autre étape importante, notamment pour se former aux questions d’épargne et de prévoyance, est celle des comptes sur livret. En la matière, la France est bien équipée, grâce au Livret A, dès la naissance de l’enfant, et le Livret Jeune, à partir de 12 ans.

Mais à l’heure du numérique, les usages en matière d’argent évoluent rapidement, et il est conseillé, à mesure que les enfants grandissent, et notamment lorsqu’ils deviennent ados, de les familiariser avec la gestion d’un vrai compte bancaire et l’usage de moyens de paiement autres que le liquide. Les Français en sont d’ailleurs conscients : la moitié des sondés de l’étude Fortuneo savent ainsi qu’ils seront amenés à verser de l’argent de poche de leurs enfants sous forme numérique, et ils sont même un tiers à considérer que leurs rejetons connaîtront la disparition des paiements en espèces.

Les banques numériques s’y mettent

L’industrie bancaire a bien compris qu’il y avait là une opportunité commerciale. Outre les traditionnels comptes courants et livrets, les enseignes de détail traditionnelles proposent d’assez longue date aux jeunes, dès 12 ans, des cartes bancaires rechargeables - donc non reliées à un compte courant. Des « vraies » cartes, toutefois, permettant non seulement de faire des retraits de cash, mais aussi de régler des achats en points de vente.

Mais ce sont surtout les banques 100% numériques qui s’intéressent aujourd’hui à cette cible. Boursorama Banque pour commencer : le leader de la banque en ligne a lancé en décembre 2017 Kador, un compte de paiement avec carte et appli mobile, destiné aux enfants de ses clients entre 12 et 17 ans. Un service qui donne aux parents des moyens de contrôle du compte de leur enfant - y compris le pouvoir de le bloquer -, leur permet de modifier les plafonds de paiement et d’y faire des versements crédités en temps réel. Cerise sur le gâteau, la carte Kador est compatible avec Apple Pay, autorisant ainsi le paiement sans contact sur iPhone. Le rêve pour les ados, peut-être un peu moins pour les parents !

Sur le même sujet : Compte bancaire enfant : les points forts de Nickel, Boursorama et Morning

Les néobanques s’agitent également. La plus connue d’entre elles, Nickel, propose depuis septembre 2015 une déclinaison de son compte de paiement à destination des 12-18 ans. C’est aussi le cas de Morning, avec son compte Jump. Plus récemment, ce sont des banques mobiles dédiées spécifiquement aux mineurs qui ont fait leur apparition : citons Xaalys (depuis avril 2019) et Kard ( progressivement depuis mai) en attendant l’arrivée prochaine de Pixpay.

(1) « L’argent de poche versé aux jeunes : l'apprentissage de l'autonomie financière », article publié dans le n°343 de la revue « Economie et Statistique », en septembre 2001. (2) Etude européenne menée par Ipsos pour ING Direct, publiée en septembre 2014.

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© cbanque.com / MoneyVox / VM / Septembre 2019

Commentaires

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Publié le 8 septembre 2019 à 11h11 - #1Manu SIFP
  • Homme
  • Alsace
  • 42 ans

Donner c'est donner...
Il faut savoir que l'argent appartient ensuite à vos enfants et que si vous faites des retraits sur leurs comptes surtout après l'âge de 15 ans, ils pourront vous demander de leur restituer ces sommes. En d'autres termes il ne faut pas voir leurs comptes comme vos comptes...
L'idée de leur verser de l'argent tous les mois pourquoi pas.
Concernant la carte, je ne suis pas fan. C'est les faire rentrer trop vite dans la societe de consommation....
Si on veut les responsabiliser dans leurs achats, il vaut mieux scinder en 2 l'argent qu'on leur donne. Les placements c'est pour le long terme (financement du permis de conduire, des études, d'une futur achat immobilier...) et l'argent mis dans le "cochon" à la maison pour financer des petits achats court terme. Et dans ce cas pas besoin de carte mais c'est un avis tres perso...

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