Les 4 grands types de frais des fonds d'investissement

  • Par Jean-Paul RAYMOND (Quantalys)
  • Tribune d'expert
Relevé de compte et engrenages
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Investir dans un fonds permet de bénéficier du savoir-faire de gérants professionnels. Un service bien évidemment rémunéré par toute une série de frais, qui sont facturés au client final. Tour d’horizon.

S’y retrouver dans l’ensemble des frais liés à l’investissement dans un fonds s’avère parfois une mission ardue. La transparence n’est, en effet, pas toujours de mise dans ce domaine malgré les efforts du régulateur pour clarifier les choses.

Ces frais peuvent être de 4 types bien distincts :

  • Les frais de transaction,
  • Les frais de gestion,
  • Les commissions de mouvement,
  • Les commissions de surperformance.

Les frais de transaction

Ces frais se décomposent en deux catégories : les frais d’entrée et les frais de sortie. Si les premiers sont assez courants, les seconds sont beaucoup plus rares. Ces frais s’appliquent à l’achat ou à la revente du fonds par une ponction sur le nombre de parts que vous aurez acheté. Si par exemple vous achetez 100 parts d’un fonds avec des frais d’entrée de 2% vous aurez à l’arrivée 98 parts de ce fonds dans votre portefeuille.

Mais les choses ne sont pas si évidentes, et ces frais peuvent s’appliquer « à la tête du client ». Dans les faits, ils sont toujours mentionnés sous la forme « frais maximum » dans les DICI et prospectus. Ainsi ces frais, qui sont en général acquis au réseau de distribution, sont-ils devenus dans la réalité le levier dont disposent les organismes financiers pour vous inciter à choisir tel ou tel produit. Par exemple vous aurez souvent des listes de produits à 0% de frais d’entrée accessibles sur les banques en ligne, produits qui logiquement vont drainer l’essentiel de la collecte. Autre exemple : votre banque, n’ayant pas le droit de refuser de vous vendre un produit agrémenté à la distribution en France, peut ne pas avoir « envie » de le faire et préférer vous vendre un produit maison. Elle appliquera alors les frais maximum sur ce produit.

Avec des frais d’entrée qui peuvent atteindre 5% pour certains fonds, on comprendra qu’ils constituent un levier important pour la vente.

Les frais de gestion

Les frais de gestion servent essentiellement à rémunérer la société de gestion pour son savoir-faire, les frais de fonctionnement du fonds, ainsi que la distribution du fonds. Ils sont en général compris entre 0,5 % et 3 % par an pour les fonds les plus chers. Inclus dans le calcul de la Valeur Liquidative du fonds, ces frais de gestion sont en quelque sorte « transparents » pour l’investisseur. Néanmoins, plus un fonds aura des frais de gestion élevés, plus ceux-ci impacteront sa performance globale.

Pour un même fonds, les frais de gestion peuvent aussi varier notablement en fonction du type d’investisseur concerné et du mode de distribution. Les parts dévolues au grand public intègrent en général dans leurs frais de gestion une partie qui sera rétrocédée au distributeur. Cette part est en général comprise entre 0,6 % et 0,8 % par an et varie d’un fonds à l’autre. Cela peut engendrer un doute légitime chez le client final : ce fonds m’est-il conseillé parce qu’il est le meilleur ou parce qu’il est celui qui rétrocède le plus à ses distributeurs ? C’est une des raisons fondamentales des discussions actuelles autour de la rémunération des conseillers en gestion de patrimoine et de la nécessaire transparence qu’elle induit.

Toutefois, les frais de gestion sont en général bien indiqués dans la documentation du fonds. Au final, par rapport à d’autres types de frais et même si leur répartition reste parfois obscure, le contrat entre client et la société de gestion est clairement établi.

Les commissions de mouvement

Ce sont probablement les frais masqués les plus controversés : ce sont ceux que vous payez lorsque le gérant effectue des arbitrages sur les titres en portefeuille. Ces commissions sont en général partagées entre la société de gestion et le dépositaire. Il en découle que les gérants ayant une approche « active » auront probablement des fonds plus chargés en frais que ceux ayant une approche « passive ». Le sujet potentiel de controverse : il s’agit de frais sur lesquels le client final n’a aucune visibilité, ni aucun pouvoir. Ce qui laisse la porte ouverte à tous les excès et parfois même à des conflits d’intérêt : on peut ainsi imaginer qu’un gérant fasse tourner « artificiellement » la composition de son portefeuille afin d’augmenter les commissions de mouvement…

Ces frais sont néanmoins analysables depuis la publication obligatoire du DICI. En effet, le DICI introduit la notion de frais courants qui reprend la moyenne des frais perçus l’année précédente par le fonds au titre des frais de gestion et des commissions de mouvement.

Les commissions de surperformance

Certains fonds appliquent en sus des frais de gestion des commissions de surperformance. Si l’idée est bonne (plus on vous fait gagner d’argent, plus on est rémunéré), il faut néanmoins faire attention à quelques éléments importants. Le point principal : savoir par rapport à quoi la surperformance est mesurée. En général, elle est calculée à partir de l'indice de référence du fonds qui est indiqué dans le prospectus (plus rarement à partir d’un rendement fixe). Lorsqu’il s’agit d’un indice de référence, il est impératif de vérifier que celui-ci est « dividende réinvesti ». C’est-à-dire qu’il intègre bien les bénéfices des sociétés qui le composent. A défaut, le fonds, qui lui intègre les dividendes, battra l'indice artificiellement et facturera des commissions indues.

Le deuxième point est que même si le fonds perd de l’argent, mais qu’il a fait mieux que le marché, vous paierez des commissions de surperformance. Cela est parfois difficile à comprendre et à accepter pour l’investisseur. C’est pourquoi certains fonds appliquent des commissions de surperformance uniquement quand la performance est positive ou appliquent le principe du « High Watermark » qui consiste à ne pas prendre de commission de surperformance tant que le fonds n’a pas dépassé son maximum historique.

Les commissions de surperformance ne sont pas comptabilisées dans les frais courants du DICI mais une estimation de leur valeur est prise en compte dans le calcul de la VL.

L’avis du spécialiste Quantalys

Les fonds de fonds sont des produits eux-mêmes composés de fonds. Ils se voient donc appliquer une double couche de frais qui vient impacter directement leur performance. Certains d’entre eux sont cependant très performants et le talent du gérant du fonds de fonds est de faire une sélection habile des meilleurs fonds du marché. Néanmoins les frais peuvent devenir prohibitifs si la société de gestion ne réussit pas à négocier des frais réduits ou des rétrocessions qui resteront acquises au fonds de fonds avec les différentes sociétés de gestion partenaires. Ce pouvoir de négociation est évidemment d’autant plus important que le fonds de fonds gère des masses d’argent importantes. Ainsi les fonds de fonds ayant les plus gros encours sont-ils, en général, ceux qui réussissent à avoir le moins de frais.

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