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Brexit : faut-il avoir peur pour son épargne ?

Palais de Westminster et Big Ben
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Demain, les Britanniques vont se prononcer sur leur présence au sein de l'Union européenne. Quelle que soit l'issue du vote, son impact sur l'économie et les marchés financiers pourrait aussi toucher votre épargne.

« Les trois dernières semaines écoulées donnent une bonne idée de ce qui peut se passer selon les résultats du vote » dit, serein, Nicolas Chéron, stratégiste chez CMC Markets. Que s'est-il passé ? Que peut-il se passer ? Les différents classes d'actifs ont cédé ou gagné du terrain au gré des sondages. Le vote définitif devrait entraîner une amplification des mouvements déjà constatés ces derniers temps. Mais en quoi le choix des Britanniques va-t-il influer sur vos placements ? Tout va dépendre de la manière dont vous avez placé vos économies. Et pour le coup, l'aversion au risque des Français pourrait avoir du bon pour passer une fin de mois de juin sans frayeur.

Un risque pour votre Livret A ?

Pas de panique. Brexit ou pas, rien ne change pour votre Livret A, ni pour tous les produits d’épargne réglementée, du LEP au LDD en passant par le PEL, ni pour vos livrets bancaires fiscalisés d'ailleurs. A court terme, l’éventuelle sortie de l’UE du Royaume-Uni n’aurait aucune incidence sur les produits à capital garanti.

Quid d’un choc financier mettant les banques en danger ? La Banque de France se veut très rassurante au sujet d’une crise majeure provoquée par un Brexit. Les banques françaises pourraient certes « être négativement affectées par les atteintes à la stabilité financière européenne résultant d’un Brexit », reconnaît l’institution dans son évaluation des risques du système financier français publiée lundi dernier. Toutefois, elle souligne que la Banque d’Angleterre « est à même de mobiliser un ensemble d’instruments pour contenir [des] tensions », tout comme la Banque centrale européenne.

Au final, ce n'est que de façon très hypothétique et indirecte que le Livret A pourrait être touché. Par effet ricochet, le Brexit pourrait troubler l'évolution des taux interbancaires Euribor et Eonia, ce qui pourrait influer sur les taux des livrets d'épargne réglementée.

Avez-vous eu raison d'investir massivement sur les fonds en euros ?

Depuis plusieurs mois, les assureurs et les pouvoirs publics tentent d’amenuiser la part que les Français consacrent aux fonds en euros dans leur assurance-vie. En cas de Brexit, « il y aura de forts mouvements de capitaux vers les valeurs refuges comme les emprunts d'Etat américains, allemands et accessoirement français, exactement comme cela s'est produit la semaine dernière », estime Eric Bourguignon, responsable des activités pour compte de tiers en France chez Swiss Life Asset management. « A l'image du Bund à 10 ans allemand qui, pour la première fois de son histoire, a été négatif, les taux de rémunération vont baisser. Parallèlement, ce qui constitue plus un risque, ce sont les emprunts des États périphériques comme l'Italie, l'Espagne ou le Portugal avec de fortes tensions sur les spread de taux [écarts de taux, NDLR]. Ces pays pourraient subir des pressions croissantes de la part de ceux qui militent pour qu’ils quittent aussi l'Union européenne. »

La société de gestion SYZ AM estime de son côté « probable » une dépréciation de la livre et une « nette hausse de l’inflation », au Royaume-Uni, suite à une sortie de l’UE. Avis partagé par Nicolas Cheron qui rappelle qu'avec cette issue, « George Soros table sur un repli de 15% ». Il s'attend aussi à « une pression sur l'euro vis-à-vis du dollar. Les banques centrales (BCE, Suisse, Japon, FED…) se sont préparées à intervenir pour stabiliser la situation ». Sur ce type de scénarios, les fonds monétaires pratiquent quotidiennement la règle de la couverture des positions. Pas de mauvaise surprise en perspective.

Quant aux crédits obligataires, « ils sont sous l'anesthésie de la Banque centrale européenne », rappelle le responsable chez SwissLife Asset management. Tout mis bout à bout, les titulaires de fonds en euros, majoritairement investis en emprunts d’Etat notamment français, seraient donc protégés, même si la baisse de rendement pourrait s’amplifier.

Dans le cas où les Britanniques décident de rester dans l'UE, le scénario est exactement inverse à celui d'une sortie et serait plus favorable aux fonds en euros : les taux des emprunts d’Etat devraient remontrer et favoriser les rendements des fonds euros.

Que vont devenir vos unités de compte ?

« Un vote en faveur du Brexit remettrait ainsi sur le devant de la scène le risque de dissolution de la zone euro », avance SYZ AM. Et la perspective de cette incertitude politique va lourdement impacter les unités de compte. Ainsi, Nicolas Chéron s'attend « à une forte aversion au risque entraînant une chute des actifs risqués au profit de valeurs refuges comme l'or, dont le cours progresse à nouveau depuis le début de l'année et pour la première fois depuis cinq ans ». Chez Dorval Asset Management, les gérants ont fait leur choix : « Nous nous tenons prêts à changer notre allocation action des sociétés pan-européennes vers les grandes multinationales en cas de Brexit. Dans nos fonds globaux, nous augmenterions alors aussi nettement notre exposition aux marchés non-européens. » La zone euro, jugée comme la moins pire en terme d'opportunités d'investissement, n'auraient plus la cote au profit de l'Asie par exemple, le Japon en particulier.

Surtout, une sortie de l’UE amplifierait fortement la volatilité sur les marchés, déjà extrêmement importante. Une situation qui risquerait de durer puisque le Brexit ne pourrait être effectif avant 2018, après deux années de négociation entre le Royaume-Uni et l’UE, dont l'issue n'est pas écrite. Une incertitude qui ne plaît guère aux marchés.

D'ailleurs, si le Royaume-Uni opte pour le “Bremain”, c’est-à-dire son maintien dans l'Union européenne, « pour la première fois depuis deux mois, les marchés retrouveraient de la visibilité au moins jusqu'aux élections américaines », espère le stratégiste de CMC Markets. Les actifs risqués pourraient alors à nouveau progresser. Il faut même s'attendre à un fort rebond des marchés actions.

Actions : les erreurs à ne pas commettre dans les prochaines heures et jusqu'à fin juin

Tant que les résultats définitifs ne seront pas connus (ils sont attendus vendredi dans la matinée), les marchés vont osciller au gré des sondages annonçant l'avantage d'un camp sur un autre. « La situation va être dangereuse », annonce Nicolas Cheron, stratégiste chez CMC Markets. Les investisseurs qui interviennent régulièrement sur les marchés doivent être sur leurs gardes ». Des banques ont même déjà pris les devants auprès de leurs clients pour annoncer des retards possibles dans l'exécution des ordres, avec un risque que l'ordre donné soit réalisé à un prix différent de celui souhaité. « La prudence est de mise sur les actifs les plus concernés, sauf si la position est sur du très long terme avec un impact d'un Brexit mineur vu l'horizon de l'investissement. Il vaut mieux ajuster les positions après coup que d'adapter les positions à mesure des réactions aux informations où il y a un risque plus fort d'accumuler les pertes. », note M. Cheron. En somme, laissez passer quelques jours après le vote des Britanniques et avisez à ce moment-là sur la bonne répartition de vos actifs en actions ou en unités de comptes.

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© cbanque.com / BL avec Baptiste Julien BLANDET / Juin 2016