Taux de l'assurance-vie : pourquoi les assureurs ont changé de discours

Une pièce de 2 euros qui coule
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Oubliées les annonces de rendements dès l’automne, ou les mises en avant de « taux canon » ! La saison d’annonce des rendements 2016 de l’assurance-vie s’est voulue plus sage, avec une communication concentrée sur janvier et une baisse importante, quasi homogène. La fin de la course au meilleur taux ?

Ce n’est pas un scoop : les rémunérations des fonds euros de l’assurance-vie ont nettement diminué ces dernières années, et en particulier en 2016. Pour les assureurs, comment annoncer cette mauvaise nouvelle à leurs clients ? La plupart ont opté pour une communication sobre, relativisant l’importance de la baisse, souvent autour d’un demi-point de rendement. Pourtant, ces communications policées illustrent bien un changement d’époque.

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Du « taux canon » à la nécessaire prise de conscience

Premier exemple avec l’assureur lyonnais Apicil. Le 13 décembre 2013, il annonçait un taux en hausse, à 3,50% (1). Le communiqué, succinct, expliquait sa stratégie financière payante. Un an plus tard, l’assureur livrait plus de détails en dévoilant un taux de 3,05% pour 2014. Apicil précisait cette fois avoir doté « la provision pour participation aux excédents [PPE, aussi appelée PPB, NDLR], afin de préserver les intérêts des assurés à long terme ». Mais, après avoir servi du 2,90% en 2015, le rendement 2016 a été fortement raboté : 2,20%. Dans son communiqué, diffusé le 4 janvier 2017, Apicil a donc choisi de jouer franc-jeu : « [Ce taux] doit éclairer les clients sur la baisse régulière inéluctable des performances à venir, et ce quel que soit notre action pour les soutenir au mieux dans la durée et les orienter vers des allocations faisant une moindre part au fonds euro. »

« La baisse régulière inéluctable des performances à venir »

Le discours d’un assureur qui passe d’un extrême à l’autre, en quelques années ? Les cas sont légion. A l’image d’Apicil, de nombreux établissements se sont ainsi mis à communiquer sur leur PPB, poche censée permettre de lisser les rendements sur plusieurs années. Autre exemple : la Matmut, qui se félicitait de servir un taux de 3,40% en 2013 sur son contrat Matmut Vie Epargne, « ce qui devrait une nouvelle fois situer cette performance parmi les meilleures sur le marché ». Dès l’année suivante, le propos se veut plus nuancé (3,10% en 2014), en mettant en avant la « prudence » : « Nous avons cherché à concilier performance et sécurité. » L’année suivante, le rendement 2015 (2,50%) a été mis en ligne sans faire l’objet d’un communiqué de presse (2).

Troisième exemple : Axa illustrait jusqu’en 2013 la course à l’annonce la plus rapide, histoire de marquer son territoire dès le mois de novembre ou décembre. Cette année ? Pas d’envoi groupé de communiqué de presse, juste une publication sur son site passée la mi-janvier. Dernier exemple : fin 2014, la MIF se félicitait de dévoiler « encore un taux canon » (3,65%). L’annonce du rendement 2016 (2,60%) a donné lieu à un discours plus modéré, cet assureur mutualiste souhaitant désormais « accompagner [ses] clients dans une démarche de diversification de leurs placements » à travers ses contrats multisupports.

Le gendarme financier a durci le ton

La saison d’annonce des rémunérations 2016, en passe de s’achever, a finalement été conforme aux souhaits des autorités. Flash back, mi-octobre 2016 : « [Les taux] ont été réduits de 25 points de base en 2015 par rapport à l’année précédente », rappelait François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France et président du gendarme du secteur banque-assurance, l’ACPR (3). « Cependant, cette baisse reste encore insuffisante », affirmait-il, pour éviter que les assureurs ne se retrouvent en difficulté financière, les fonds en euros étant fortement consommateurs de fonds propres. Un discours que l’ACPR et le Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) ont tenu à maintes reprises ces dernières années. Sans succès.

Depuis, la loi Sapin 2 a étendu les pouvoirs du HCSF. Surtout, selon nos informations, l’ACPR a changé de méthode. Plutôt que de se contenter d’un appel public à la modération, le régulateur a adressé un courrier aux assureurs en leur réclamant des informations précises sur le calendrier d’annonce de rendements, ainsi que sur les instances décisionnaires dans le processus de détermination des taux. Cette pression supplémentaire, additionnée à la déclaration de François Villeroy de Galhau, aurait donc porté ses fruits. Les rendements servis ont en effet subi une lourde correction, généralisée, avec des baisses allant de 20 à près de 80 points de base pour les fonds en euros « classiques ».

Nouvel objectif : limiter les flux et guider vers les UC

Constatant que le discours ambiant a évolué, certains assureurs ont même assumé un positionnement radical, à l’image la filiale du Crédit Mutuel Nord Europe, ACMN Vie. Dans un communiqué où il annonce un taux de base de 0,80% pour son nouveau contrat phase ACMN Opale, l’assureur revendique son « choix délibéré de baisser les taux de rendement des fonds en euros afin qu’ils se rapprochent des rendements actuellement servis par les actifs obligataires ». Et d’ajouter : « Ce mouvement reflète la conviction que les fonds en euros ne pourront plus, dans les années à venir, conjuguer sécurité permanente et rendements attractifs, comme ce fut le cas pendant de nombreuses années. »

Rapprocher les taux « des rendements actuellement servis par les actifs obligataires »

Une honnêteté désarmante pour les épargnants, mais qui évite la « schizophrénie » évoquée par certains acteurs du marché. Ces derniers soulignent en effet que les assureurs se retrouvent tiraillés entre un besoin de modération des taux, et leur volonté de ne pas être décroché par la concurrence. Désormais, des assureurs figurant parmi les plus gros acteurs du marché n’hésitent pas à afficher leur volonté d’alléger leur fonds en euros. A l’image d’AG2R La Mondiale, qui reconnaît « limiter » les nouveaux versements sur les fonds en euros. Objectif : « réduire la dilution du rendement de l’actif dans un contexte de taux obligataires très bas ».

Autrement dit : le taux du fonds euros ne doit pas être trop attractif, ni trop facilement accessible, pour éviter que de trop nombreux épargnants n’y versent leur argent, et que les rendements baissent mécaniquement. Concrètement, on vous demande de verser sur les unités de compte, sans garantie en capital !

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(1) Tous les taux sont exprimés en net de frais de gestion.

(2) Quelques mois plus tard, la Matmut a cessé la commercialisation de son assurance-vie pour distribuer le contrat Multi Vie de la Macif. Matmut Vie Epargne affiche un rendement de 2,20% pour l’année 2016.

(3) Autorité de contrôle prudentiel et de résolution

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© cbanque.com / BL / Février 2017