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Frais bancaires : les 5 tarifs les plus scandaleux

Relevés de compte
© Sylvie Thenard - Fotolia.com

Malgré la pression exercée par les pouvoirs publics sur les banques, certaines lignes tarifaires, rares mais très chères, continuent de laisser au client l’impression de prix fixés de façon arbitraire et injustifiée. Notre top 5 des tarifs les plus scandaleux.

« Alors que les besoins de la grande majorité des consommateurs sont relativement simples et n’ont pas vraiment évolué, l’offre de services financiers est de plus en plus complexe : tarification opaque, produits aux caractéristiques complexes, packages intégrant des services superflus, conditions générales déloyales… » Le constat émane de Finance Watch, une ONG européenne qui milite pour une meilleure régulation du secteur financier. Il critique les pratiques des banques de détail, incapables selon elle de fournir à tous les Européens, quel que soit leur niveau de vie, des services corrects au meilleur prix.

Dans le cas français, le point de vue de Finance Watch peut paraître sévère. Mises sous pression par la puissance publique, les banques tricolores ont en effet mis en œuvre nombre d’avancées au cours de la dernière décennie, dans les domaines de la comparabilité des tarifs bancaires, du plafonnement de certaines lignes, de la transparence de leurs packages de services, de la détection de la clientèle fragile, du changement de banque, etc. Autant d’évolutions qui, si elles ne suffisent sans doute pas, contribuent à améliorer les conditions de concurrence.

Et pourtant… En creusant un peu dans les brochures tarifaires, et surtout en les comparant les unes aux autres, on trouve encore de nombreuses incongruités. Des produits et services à la dénomination parfois floue, souvent très chers, et affichant des écarts de prix abyssaux d’une enseigne à l’autre. Des lignes tarifaires laissant ainsi l’impression que le prix affiché ne reflète pas la réalité du coût de production pour la banque, que les marges sont parfois très importantes, ou à géométrie variable. Des lignes tarifaires, en résumé, qui paraissent arbitraires, injustes et au final scandaleuses au client. En voici un florilège.

1 - Frais de succession

Les frais de succession : voilà l’exemple même de la ligne tarifaire sur laquelle les banques font preuve de créativité. Parmi les 20 banques de notre panel (1), seuls trois acteurs, qui ont en commun d’être 100% en ligne (Boursorama Banque, ING et Fortuneo), partagent la même politique : elles facturent des frais fixes de 300 euros. C’est cher, mais ça a la mérite d’être clair.

Toutes les autres enseignes appliquent des niveaux de frais différents, avec des modalités variables : des frais proportionnels au montant des avoirs, parfois plafonnés (mais pas toujours) ; des frais proportionnels panachés avec des frais de dossiers ; des frais croissants par paliers de montant de l’actif successoral, etc. Résultat, une très grande hétérogénéité de prix, pour une prestation qui doit pourtant être sensiblement la même partout (et quel que soit le montant de la succession) : réception de l’acte de décès, déclarations des avoirs au fisc, désolidarisation d’un éventuel compte joint, etc. Certaines banques vont même jusqu'à ajouter plusieurs dizaines d'euros de frais si les avoirs de la succession sont transférés dans un établissement concurrent.

Selon une étude du comparateur meilleurbanque.com, construite à partir de l’exemple d’une succession simple de 15 000 euros réglée en deux mois, l’écart de prix entre les enseignes les plus et moins chères va pourtant de 1 à 6 en novembre 2018 : de 75 euros au Crédit Agricole Nord Est à 450 euros chez Allianz ! Une différence difficile à justifier, qui alimente chez les héritiers le sentiment que la banque profite de leur deuil.

2 - Frais de transfert de PEL ou de CEL

Vous avez ouvert un Plan épargne logement (PEL) avant 2015 ? Vous faites donc partie de ceux qui bénéficient d’un taux supérieur ou égal à 2,50%. Mieux, s’il a été ouvert avant mars 2011, vous pourrez le conserver aussi longtemps que vous le souhaitez. Si vous faites partie de ces chanceux, pas question de clore son PEL en changeant de banque. Ça tombe bien : le transfert de PEL d’une banque à une autre est possible.

Il n’est toutefois pas gratuit, et coûte même très cher : 93,46 euros en moyenne au 1er avril 2019, selon le comparatif des tarifs bancaires de cBanque. Mais là encore, c’est surtout l’écart d’une enseigne à l’autre qui interroge : de 1 à 4 entre la Macif (40 euros) et la Banque Populaire Aquitaine Centre Atlantique (150 euros). Et du simple ou double au sein d’un même réseau : 70 euros au Crédit Agricole d’Ile-de-France, contre 135 euros au Crédit Agricole Atlantique Vendée.

L’explication est assez simple : compliquer le transfert de PEL, c’est compliquer le changement de banque...ou le compenser par des tarifs élevés. Les banques ont donc tendance à utiliser l’épargne logement comme un frein à la mobilité bancaire, comme elles le font avec le transfert de PEA et surtout le crédit immobilier.

3 - Frais de désolidarisation de compte joint

Vous vous séparez de votre compagne / compagnon ? Il vous faudra peut-être en passer par une désolidarisation de compte joint, qui vous permettra de ne plus être titulaire du compte auparavant partagé. Une simple formalité ? Sur le papier, oui. Mais ce service est fréquemment facturé, et peut là aussi donner l’impression que votre banque cherche à tirer profit des coups durs de leurs clients. D’autant plus que là encore, l’arbitraire semble la norme pour fixer le prix du service.

La désolidarisation de compte joint est ainsi gratuite dans plusieurs banques de notre panel (la Banque Populaire Nord Alpes, la Société Générale, Boursorama Banque notamment). Elle est également peu chère à la Caisse d’Epargne Grand Est Europe : 9,50 euros. Mais surprise, son prix est multiplié par 5 (54 euros) dans une autre Caisse d’Epargne, celle des Hauts de France. Qu’est-ce qui justifie un tel écart de prix ? Difficile à dire.

4 - Frais de recherche de documents

Vous avez impérativement besoin de consulter un ancien relevé de compte, mais vous ne le retrouvez pas ? Vous ne parvenez pas à mettre la main sur une vieille autorisation de prélèvement ? Vous risquez alors d’être contraint de demander à votre banque de faire une recherche dans ses archives. En toute logique, ce n’est pas gratuit : l’opération va nécessiter l’intervention d’un conseiller, ce qui mérite rémunération.

Mais à combien évaluer le coût de cette intervention humaine ? Les modalités mises en œuvres pour le calculer sont très variés, et aboutissent à des écarts de prix importants. Chez Boursorama Banque, par exemple, elle n’est pas facturée. Mais c’est le seule enseigne dans ce cas.

Ailleurs, l’hétérogénéité est encore une fois la règle. Certaines enseignes fixent un prix par document (10 euros chez ING) ou par page (10 euros chez BforBank). D’autres le modulent en fonction du type de recherche (recherche simple gratuite au Crédit Atlantique Vendée, recherche complexe à 13,48 euros la page ) ou de l’ancienneté du document (18,60 euros chez LCL s’il a moins d’un an, 37,20 euros s’il est plus vieux). Au final, les écarts de prix sont abyssaux, surtout en cas de recherche d’un document ancien...ou volumineux.

5 - Frais d’incident

Les lignes tarifaires présentées jusqu’ici ont un point commun : elles sont très rarement facturées par les banques. Ce n’est pas le cas, en revanche, des frais sanctionnant les incidents de fonctionnement des comptes : commissions d’interventions, frais de rejet, etc.

Certes, certaines de ces lignes sont plafonnés par la réglementation : 8 euros par exemple pour une commission d’intervention. Avec pour conséquence un alignement, à la baisse mais aussi parfois à la hausse chez certaines des enseignes. Mais c’est loin d’être une généralité. Exemple avec la notification d'une interdiction bancaire par un autre établissement, facturée par la banque lorsqu’elle reçoit de la Banque de France l’information qu’un de ses clients est sous le coup d’une interdiction d’émettre des chèques. Le coût de ce simple enregistrement varie énormément d’une enseigne à l’autre : gratuit à la Caisse d’Epargne Rhône Alpes, notamment, il vaut 227 euros sur un an à la Banque Marze, filiale de la Banque Populaire. Un gouffre.

A consulter : le classement cBanque des banques les moins chères

(1) Pour les besoins de cet article, nous avons examiné les pratiques tarifaires d’un vingtaine d’enseignes : des banques régionales mutualistes, des banques commerciales et des banques 100% en ligne.

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© cbanque.com / VM avec Clémence GOURDIN et Agathe RONDEL / Avril 2019

Commentaires

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Publié le 10 avril 2019 à 09h08 - #1Petit louis
  • Homme
  • 67 ans

...alors qu'il serait si simple d'édicter un décret.

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