Crédit immobilier : faut-il souscrire une assurance perte d'emploi ?

Chômage, perte d'emploi
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Dans un contexte économique incertain, il est tentant, pour un emprunteur immobilier, de s’assurer contre la perte d’emploi. Mais cela vaut-il vraiment le coup ?

Au 1er trimestre 2019, 5,6 millions de Français étaient inscrits à Pôle Emploi, dont 3,4 millions qui ne travaillaient pas du tout. Si le nombre de chômeurs a actuellement tendance à légèrement baisser - tandis que celui des travailleurs à activité réduite augmente - le phénomène reste massif en France, et entretient l’angoisse de perdre son emploi.

Dans ce contexte, être assuré contre le risque de perte d’emploi dans le cadre du remboursement de son prêt immobilier devrait être une priorité, à la fois pour l’emprunteur et pour sa banque. Et pourtant, cette garantie facultative est loin d’être systématiquement proposée par les prêteurs et leurs assureurs. Logiquement, elle est rarement souscrite. Et quand elle l'est, c'est par défaut, par des clients de certaines banques mutualistes intégrant cette garantie dans leur contrat de groupe.

« C’est un marché qui ne prend pas », confirme Maël Bernier, porte-parole de Meilleurtaux.com, un courtier spécialisé dans le crédit immobilier. « Malheureusement, l’offre n’est pas à la hauteur de ce qu’on pourrait attendre ». Car si chaque assureur a la main sur ses conditions générales, et qu’il existe bien sûr des différences d’un contrat à l’autre, les garanties perte d’emploi, facultatives, partagent certaines caractéristiques qui les rendent aujourd’hui peu attractives.

Des motifs de perte d’emploi limités

Principal handicap des garanties perte d’emploi actuellement proposées par les banques et les assureurs : elles ne couvrent que la « perte d’emploi involontaire ». Ce qui exclut bien sûr du champ d’indemnisation les démissions et les ruptures conventionnelles, logiquement, mais pas seulement. C’est aussi le cas de certains licenciements qu’on dit « pour motif personnel » - et notamment des licenciements pour faute. Exit également les pertes d’emplois liées à la fin d’un contrat à durée déterminée (CDD) ou le chômage partiel.

Au final, ce sont surtout les licenciements dits « économiques », c’est-à-dire justifiés par les difficultés économiques de son employeur ou par une réorganisation destinée à maintenir sa compétitivité, qui sont couverts. Problème : ces derniers sont finalement assez rares en France. Difficile de trouver des chiffres récents sur le sujet. Mais selon une étude publiée en 2013 par la Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) et portant sur la période 2009-2012, seulement 8% des contrats de travail à durée indéterminé (CDI) prenaient fin suite à un licenciement économique. Le premier motif de départ était, de loin, la démission (56%), devant les licenciements autres qu’économiques (22%) et les ruptures conventionnelles (14%). Autant de cas de figures non couverts par les garanties perte d’emploi.

Des délais et une indemnisation partielle

Second coup de canif dans l’attractivité des garanties perte d’emploi des banques et des assureurs : les délais. Délai de carence d’abord : la plupart des contrats prévoient, entre la signature et l’effectivité de la couverture, un délai qui peut aller de 6 à 12 mois. En clair, si vous perdez votre emploi dans l’année qui suit la signature de crédit immobilier, il y a de bonnes chances que votre banque ou assureur refuse de prendre à sa charge tout ou partie de vos mensualités.

Mais ce n’est pas tout : même au-delà de la période de carence, cette prise en charge ne se déclenchera pas immédiatement : les contrats prévoient en effet souvent des délais de franchise, qui peuvent s’étaler jusqu’à 6 mois entre le déclenchement du sinistre - la date de licenciement ou du début de la perception des indemnités de chômage - et l’indemnisation effective. En résumé, si vous savez pouvoir retrouver rapidement du travail, il y a peu de chances que cette garantie vous soit utile.

Enfin, c’est rarement l’intégralité de la mensualité qui est prise en charge. Généralement, l’assureur calcule l’écart entre le salaire précédent et l’indemnité perçue, applique la même décote à la mensualité et rembourse seulement la différence.

Un rapport couverture / prix généralement insuffisant

Des facteurs déclencheurs limités, des délais et des indemnités limitées : on comprend que la garantie perte d’emploi attire peu : le jeu en vaut rarement la chandelle. « Avec un coût moyen équivalant au moins à 0,20% du capital emprunté, on ne conseille pas à nos clients de prendre cette garantie », témoigne Maël Bernier, de Meilleurtaux.com.

Reste une question : sur un marché concurrentiel, pourquoi aucune banque ni aucun assureur ne semblent tentés de proposer des offres plus compétitives, concernant une assurance qui a pourtant tout pour attirer les clients ? « Le risque de perdre son emploi est assez élevé, plus en tout cas que celui de décéder et de devenir invalide », répond Maël Bernier. Résultat : offrir « une bonne couverture coûterait trop cher à l’emprunteur ».

Attention : tout le monde n’est pas éligible !

Vous souhaitez malgré tout souscrire une assurance perte d’emploi ? Il vous faudra remplir deux conditions : être salarié en CDI, et stabilisé dans votre entreprise depuis au moins 6 mois, en général, et avoir moins de 50 ans. Les salariés en CDD ou en période d’essai, les professions libérales, les commerçants, les agriculteurs, les travailleurs indépendants ne sont donc pas éligibles.

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