Qui paie ses dettes s'enrichit

Des figurines sur une calculatrice
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Ce dicton populaire, ode à la prudence, peut-il constituer le fil rouge de vos finances ? Suite de notre série sur les clichés et l’argent.

Mais qui a un jour déclaré « Qui paie ses dettes s’enrichit » ? Ou, dans une version plus ancienne, « Qui s’acquitte s’enrichit » ? Impossible à dire. Ce proverbe est catégorisé comme « dicton français », et serait donc issu de la culture populaire de la France de l’Ancien Régime. Signification de ce vieil adage, selon le Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL) : « Il faut commencer par payer ses dettes avant de faire fortune. » Dit autrement : effacer l’ardoise avant d’investir.

En creusant, on peut trouver des sources d’inspiration dans la documentation catholique, les textes religieux n’invitant évidemment pas à vivre à crédit. Une version proche du dicton – « Qui perd ses dettes s’enrichit » - est elle attribuée à Honoré de Balzac, romancier du XIXe siècle. Peu importe son origine, ce proverbe est aujourd’hui encore ancré dans les esprits. Il a surtout refait surface dans les multiples éditoriaux et chroniques suite à la crise financière : pour les éditorialistes concernés, ce proverbe permettait de pointer la fâcheuse habitude des Etats à creuser leurs dettes. Ou, a contrario, des éditorialistes ont pris ce proverbe à rebours pour pointer la « réussite » des entreprises dont les Etats ont dû éponger les dettes. Mais faut-il faire de ce proverbe une règle de conduite pour vos finances personnelles ?

Le remboursement anticipé : pourquoi, comment ?

La problématique posée par ce proverbe concerne les ménages d’ores et déjà endettés et peut se traduire en : est-il préférable de rembourser ses crédits ou de profiter de son argent ? Plus précisément, en d’autres termes : si vous disposez d’un pécule et que vous êtes endetté, faut-il effectuer un « remboursement anticipé » ?

Le remboursement anticipé, d’une partie ou de la totalité d'un prêt, est possible pour un crédit immobilier comme pour un crédit à la consommation. Cela permet évidemment de réaliser des économies, à court, moyen ou long terme : en raccourcissant la durée de remboursement, et en allégeant le capital restant dû, vous minimisez les intérêts d’emprunt. Cependant, dans les deux cas, rembourser un prêt par anticipation peut faire l’objet de pénalités, dont le montant est plafonné. Pour un crédit conso, des indemnités de remboursement anticipé (IRA) peuvent être réclamées uniquement si le capital restant dû dépasse 10 000 euros, et ces IRA ne pourront pas dépasser 0,5% ou 1% du montant selon du durée de crédit restante. Pour un crédit immo, dans les conditions actuelles de taux bas, ces IRA ne peuvent dépasser l’équivalent de 6 mois d’intérêts. Malgré ces pénalités, s’il vous reste plusieurs années de remboursement, vous réalisez nécessairement des économies sur le coût global du prêt.

Lire aussi : Ce que vous rapporte un remboursement anticipé de prêt immobilier

Pourquoi ce proverbe est (en partie) faux

Dilemme : les économies envisageables via un remboursement anticipé sont-elles plus importantes, financièrement parlant, que ce que vous pourriez gagner en conservant le pécule en question, afin de l'investir ? De nombreux conseillers financiers vous décourageront de vous empresser de rembourser ! Car ce pécule vous offre l'opportunité de réaliser des investissements potentiellement plus rémunérateurs.

Le principe ? Ne pas rembourser un crédit à taux faible - ce qui est le cas des crédits immobiliers actuels - permet de placer les sommes disponibles sur des produits auxquels vous n'auriez pas forcément accès avec des montants plus faibles : SCPI, immobilier locatif, assurances-vie haut de gamme en gestion sous mandat, placement diversifié en actions... Une stratégie qui vous permet de devenir plus riche, à terme. Le fameux proverbe peut alors s’inverser en « Qui s’endette s’enrichit »… Voilà pour la théorie.

Lire aussi : Les meilleurs placements sur les 10 dernières années

Pourquoi ce proverbe est (en partie) vrai

En pratique ? Au début de l’été, cBanque a simulé le « match remboursement VS épargne » dans les conditions actuelles de marché, pour des emprunteurs immobiliers (crédit de 200 000 euros sur 20 ans signé en 2016 à 2%) disposant d’un pécule de 40 000 euros. Résultat : en effectuant un remboursement anticipé, malgré les pénalités, ils économisent plus de 17 000 euros en intérêts et assurance d’emprunt. Seul un placement rapportant plus de 2,70% (nets de tous prélèvements sociaux et fiscaux) chaque année peut être aussi rentable ! Pas facile à trouver aujourd'hui...

Retrouvez l’exemple en détail dans l’article Faut-il encore rembourser son crédit par anticipation ?

Ainsi, à la vue de la faiblesse des rendements sur le marché de l’épargne, le proverbe « Qui paie ses dettes s’enrichit » trouve tout son sens. Mais cette conclusion ne vaut que pour la conjoncture actuelle.

Logique financière ou psychologique ?

Au delà de l’aspect purement financier, ce proverbe renvoie aussi à un aspect psychologique, bien plus intemporel : s’alléger du poids des dettes permet d’éviter la pression qui l’accompagne. D’éloigner, pour certains, la crainte du surendettement. Certains vont donc trouver cet adage rassurant, et d'autres financièrement aberrant. Tout dépend des risques que vous êtes prêt à prendre. Pour reprendre un autre lieu commun, bien pratique pour clore un débat insoluble : « A chacun sa vérité ! »

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© cbanque.com / BL / Septembre 2018

Commentaires

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Publié le 6 septembre 2018 à 10h43 - #1CB
  • Femme
  • Franche-Comté
  • 60 ans

Rembourser permet de retrouver immédiatement une grosse capacité d'épargne donc les placements peuvent attendre un peu je pense. En cas de survenue d'un "accident de la vie" je serrerais les fesses très fort plus à cause de dettes que par absence de placements. Qui paye ses dettes s'enrichit.....de liberté !.

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Publié le 7 septembre 2018 à 13h57 - #2Thomas
  • Homme
  • 38 ans

Vous ne parlez pas dans votre article de l'assurance crédit, il vaut mieux avoir un crédit de 200 000 euros assuré en cas de décès et maladie et 50 000 euros d'épargne, plutôt qu'un crédit de 150 000 euros et rien à côté. Si il vous arrive quelque chose le patrimoine sera plus important avec un crédit de 200 000 euros pris en charge. Après si il n'arrive rien on aura effectivement payer plus d'intérêt et d'assurance que si on avait remboursé mais pas sûr que ce gain compense la perte de 100 000 euros si il arrive quelque chose.
Et le crédit permet de "forcer" à mettre de côté, lorsque le crédit est remboursé c'est assez rare qu'on mette l'équivalent de côté, on en profite pour consommer plus... Après c'est une histoire de point de vue!

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Publié le 7 septembre 2018 à 15h31 - #3Charly26
  • Homme
  • Grignan
  • 50 ans

Difficile de trouver un rendement > 2,70% aujourd'hui ... [...] ?
Vous voulez rire sans doute ?
Pour un profil prudent càd qqn prêt à viser un rendement moyen autour de 4% / an moyennant une prise de risque modérée, il existe moults placements permettant l'atteinte de cet objectif. Il n'y a pas que des profils "secure" et sans doute encore moins parmi vos lecteurs.
Et plus généralement par les temps que nous vivons, le meilleur placement est l'endettement. Donc ce proverbe est bel et bien désuet, pour ma part.

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Publié le 7 septembre 2018 à 18h41 - #4Fraise

Qui s'endette s'enrichit à fond.

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Publié le 8 septembre 2018 à 10h54 - #5bg57
  • Homme

Qui s'endette sans Richie ?

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Publié le 9 septembre 2018 à 08h52 - #6Gousse

Thomas a dit l'essentiel. Soit presque tout l'inverse de CB qui n'a jamais du signer de prêt immobilier ou s'est engagée sans tout comprendre. Pour ma part, il n'y a pas de posture. J'ai déjà réalisé des remboursements anticipés...pour réinvestir d'autant plus par ailleurs à un taux plus intéressant du fait de l'évolution des taux sur les dernières années. Tout en gardant un minimum de capital de sécurité et avec l'assurance qu'en cas d'accident de la vie, les dettes seront précisément prises en charge pour tout ou partie, avec des revenus locatifs en surplus. Situation beaucoup plus sereine que la perspective de voir un capital s'eroder à force de piocher dedans tout en étant dans l'incapacité de continuer à le faire croître.

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