Reste à vivre : comment maîtriser son budget

Une femme face à ses factures
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Le calcul du reste à vivre, utilisé par les banques au moment de l’octroi d’un crédit, est également un outil pertinent de gestion budgétaire pour prévenir, à court terme, les fins de mois dans le rouge et, à plus long terme, les risques de mal-endettement.

Quand on entend parler de « reste à vivre », c’est en général qu’on est en train d’emprunter pour un achat immobilier. Il s’agit alors, pour le banquier, d’évaluer votre capacité à assumer vos futures mensualités, sans mettre en péril le budget du ménage. Le reste à vivre, c’est en effet ce qui vous reste chaque mois une fois que vous avez payé vos charges fixes (factures, impôts, transport, etc.) et vos mensualités de crédit. En résumé, c'est l’argent disponible pour vous alimenter, vous vêtir, vous divertir ou pour épargner.

Il n’est toutefois pas nécessaire d’attendre de devenir propriétaire pour garder un œil sur son reste à vivre. « C’est même la clé de tout diagnostic financier », estime Maxime Pekkip, responsable de la prévention au sein de la Fédération Crésus (1), qui lutte contre le surendettement. « Cela permet aussi d’ajuster sa fiscalité, son train de vie ou de calculer sa capacité d’épargne ».

Ce n’est pas non plus l’apanage des ménages les plus modestes. Ceux-là, en effet, n’ont en général pas accès au crédit et disposent de budgets tellement contraints qu’ils en deviennent simples à maîtriser. « Seulement 2% des ménages surendettés sont au RSA [revenu de solidarité active, NDLR] », rappelle ainsi Maxime Pekkip. « En moyenne, la personne surendettée a 49 ans et gagne 2 300 euros nets par mois ». Au total, une personne sur 5 en France actuellement est en situation de pré ou de mal-endettement. Pour les autres, calculer son reste à vivre permet de détecter de façon précoce certains facteurs de risques.

Comment calculer son reste à vivre ?

Il n’existe pas de norme pour le calcul du reste à vivre : dans le cadre d’un octroi de crédit, par exemple, chaque banque peut appliquer sa propre recette. Voici toutefois la méthode de calcul mise en œuvre par la Fédération Crésus dans son activité d’accompagnement des ménages financièrement fragiles.

Le reste à vivre est le résultat de la formule suivante :

total des ressources - total des charges fixes - total des crédits

Voici les éléments à prendre en compte dans le calcul :

Ressources : salaires, retraites ; allocations (chômage, RSA…) ; revenus mobiliers ; revenus immobiliers ; pensions et prestations familiales, bourses, aides, etc. ; autres ressources (remboursements, primes…) ; aides familiales.

Charges fixes : loyer / charges ; électricité / eau / chauffage ; télécoms (téléphone / mobile / internet / TV) ; impôts sur le revenu ; taxe d’habitation ; taxe foncière ; assurance habitation ; assurance voiture ; mutuelle ; transport ; scolarité / cantine / garde d’enfant ; pensions alimentaires.

Crédits : crédits immobiliers , assurances crédits ; crédits à la consommation.

Ne sont pas prises en compte, en revanche, les charges courantes et occasionnelles, par nature plus volatiles : l’alimentation ; l’hygiène ; l’habillement ; l’épargne de précaution ; les loisirs.

Des seuils d’alerte

En se basant sur sa base de données d’environ 40 000 budgets complets, Crésus a déterminé des seuils moyens d’entrée dans le pré-, le mal- ou le surendettement. Un travail statistique qui utilise comme référence le reste à vivre par unité de consommation (UC).

Comment l'Insee définit l'unité de consommation ?

Dans un foyer, le premier adulte compte pour 1 unité de consommation, les autres personnes de 14 ans et plus pour 0,5, et les moins de 14 ans pour 0,3. Ainsi, un couple avec deux enfants de moins de 14 ans représente 2,1 unités de consommation (UC).

Evidemment, la situation de chaque ménage est spécifique. Mais le passage de certains seuils statistiques peut servir d’alertes.

Si votre reste à vivre par UC est supérieur à 600 euros, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Sous ce seuil, vous risquez d’entrer dans ce que Crésus appelle le pré-endettement. Pas de panique toutefois : la situation peut encore être rétablie, par exemple en modifiant ses habitudes de consommation et en mettant en place des budgets par poste.

En dessous de 400 euros par UC, on entre dans le mal-endettement. Il devient alors urgent de solliciter un accompagnement, en s’adressant à une association spécialisée et/ou en prenant contact avec son organisme de crédit pour essayer de trouver des solutions.

En dessous de 100 euros par UC, c’est le surendettement assuré : l’accompagnement est crucial, notamment pour déposer un dossier à la Banque de France.

A qui s’adresser ?

A qui s’adresser pour redresser la situation lorsque votre reste à vivre par UC est inférieur à 600 euros par mois ? Pas nécessairement à votre banquier, estime Maxime Pekkip : « Les conseillers bancaires traditionnels sont formés pour vendre des produits, plus rarement pour aider les clients à assainir leurs finances. »

Les organismes de crédit spécialisés, en revanche, disposent désormais d’équipes expertes sur le sujet. « C’est une vraie question stratégique pour eux », poursuit le responsable prévention. « On estime en effet à 6 500 euros le coût de traitement d’un client en situation de surendettement. »

Il existe enfin, localement, des associations, à l’image de celles fédérées par Crésus, dont certaines animent, en partenariat avec l’Etat, des Points conseils budgets.

Des applis pour accompagner les efforts budgétaires

Il y a désormais des applis mobiles pour tout : pourquoi pas pour améliorer la gestion de son budget. C'est le cas des applis de catégorisation de dépenses, du type Bankin’ et Linxo, que l'on retrouve aussi de plus en plus dans les applis des banques. Elles offrent une vue globale sur les finances, et permettent de catégoriser ses dépenses et de construire des budgets.

Ces outils, toutefois, ne proposent pas de fonctions spécifiques pour les personnes en situation de pré- ou de mal-endettement. C’est le cas en revanche de Fastoche, développé par Payboost, filiale de Veolia spécialisée dans le recouvrement, ou de PiloteBudget, conçue par l’Agence nouvelle des solidarités actives (Ansa).

Lire aussi : Une appli « Fastoche » pour éviter les fins de mois dans le rouge

Enfin, la fédération Crésus développe actuellement BGV - pour « Budget Grande Vitesse » -, une appli également centrée sur l’agrégation des données budgétaires mais capable de fournir, notamment, des conseils personnalisées en fonction des habitudes de consommation. Pas encore de date de sortie.

(1) Fédération des chambres régionales du surendettement social

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© cbanque.com / VM / Avril 2018