Des découverts plus fréquents et plus élevés, s'alarme la Banque de France

Billets de 10 euros en rouge
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Le montant moyen des découverts a sensiblement progressé en France depuis 2010. Il atteint des sommets chez les ménages déjà endettés, s’inquiète la Banque de France dans une récente étude.

Une production de nouveaux crédits qui ne cesse de progresser depuis 2014, des taux bas et un usage du crédit renouvelable qui s’est recentré sur les besoins de trésorerie ponctuels. L’état du marché du crédit à la consommation, mis en évidence dans le dernier bulletin de la Banque de France en date (1), s'est redressé et assaini au cours des dernières années.

Le montant moyen du découvert en hausse

Une zone d'ombre subsiste toutefois dans ce beau panorama, et il concerne le découvert. La Banque de France appelle en effet à une « relative vigilance » sur le « recours croissant des ménages modestes et endettés aux découverts ».

Globalement, le taux de détention a baissé depuis 2010, passant de 5,1% à 4,3%. Dans le même temps, le montant moyen a augmenté : 734 euros aujourd’hui, contre 643 euros au début de la décennie. « Désormais, plus de 70 % des découverts sont compris entre 100 euros et 1.000 euros », constate la Banque de France. Et « plus de 10% des ménages ont recours à des découverts élevés (plus de 1.000 euros) ». Cette inflation des montants de découverts depuis 2010 s’observe pour toutes les catégories socio-professionnelles, à l’exception des agriculteurs.

L’étude du profil financier des usagers de découverts permet d’ajouter des nuances au tableau. Les ménages à revenus élevés, au dessus du revenu médian, y recourent moins souvent qu'avant, mais pour des montants plus élevés. C'est le cas également d'une part croissante des autres ménages, les 50% les moins bien payés, qui affichent des découverts de montant de plus en plus élevé, supérieur à 300 euros.

Un recours plus fréquent par les ménages endettés

La Banque de France va encore un peu plus loin dans l’analyse : ces familles modestes finissant le mois largement dans le rouge sont aussi celles qui sont déjà endettées. « Les ménages ayant souscrit un crédit renouvelable se distinguent (…) par un taux de détention de découvert plus élevé que la moyenne (13,8 %) et un montant moyen élevé (1.447 euros) », note l’étude, « ceci non seulement pour les ménages à revenus élevés, qui portent en principe un risque moindre, mais aussi pour les ménages à revenus plus faibles, a priori plus vulnérables. »

Le recours au découvert reste fréquent dans les métiers où l’endettement professionnel est important : artisans, commerçants, chefs d’entreprise. Mais son usage a surtout progressé chez les employés et les personnes sans activité professionnelle. « Cela peut s’expliquer par une baisse de leur revenu disponible, une préférence pour les découverts au détriment d’autres instruments financiers (crédit renouvelable par exemple) ou bien encore une hétérogénéité accrue au sein de ces catégories », conclut la Banque de France.

L’automobile, moteur du crédit conso

Le dynamisme actuel du crédit conso (5,6% de croissance annuel au 2e trimestre 2016) est largement porté par la hausse des ventes de véhicules, « qui représentent la quasi-totalité des encours de crédits-bails [ou LOA, NDLR] et de crédits sur le lieu de vente », explique la Banque de France, qui montre une très nette corrélation entre l'évolution des dépenses de consommation automobile et les flux de crédits nouveaux à la consommation. Depuis la fin 2015, toutefois, les dépenses d’équipement des logements financées à crédit augmente également, en lien sans doute avec le dynamisme des achats immobiliers.

Des écarts de taux spectaculaires selon les distributeurs

La France est un des pays d’Europe où les taux de crédits à la consommation sont les plus modérés : 6% en moyenne (contre 7,3% dans la zone euro) pour les crédits amortissables, et 4 % (contre 5,7%) pour les crédits renouvelables et découverts, en juin 2016. L’étude pointe toutefois des écarts très importants entre les taux pratiqués par les banques de détail et ceux des établissements spécialisés : en juin 2016, 4,5% en moyenne pour les premières, 12% pour les seconds.

(1) « Tendances récentes du crédit à la consommation », dans le bulletin de la Banque de France n°208, disponible ici.

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© cbanque.com / VM / Novembre 2016