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La guerre commerciale va continuer à dicter sa loi aux Bourses européennes (Bourse Hebdo)

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L'escalade des tensions sino-américaines autour de Huawei a mis les marchés européens à rude épreuve cette semaine, dans un contexte politique rendu encore plus incertain par la démission de Theresa May, avant que ne soit connue l'issue des élections européennes.

"La faiblesse du commerce mondial en raison de ce conflit sino-américain reste le gros point d'interrogation qui va peser sur la confiance des investisseurs" ces prochaines semaines, observe auprès de l'AFP Esty Dwek, directrice de la stratégie de marché chez Natixis Investment Managers.

"Sur le très court terme, on ne risque pas d'avoir de bonnes nouvelles de la part des négociations entre les Etats-Unis et la Chine", prévient pour sa part Alexandre Drabowicz, responsable adjoint de la plateforme actions chez Amundi.

Alors qu'il y a tout juste deux semaines, les négociateurs des deux pays tentaient encore dans la capitale américaine de résoudre leur différend commercial, le ton est monté d'un cran depuis la semaine dernière autour de Huawei, mis à l'index par l'administration Trump, qui soupçonne le groupe d'espionnage au profit de Pékin.

La Chine a ainsi dénoncé vendredi "les mensonges" des Etats-Unis à propos du géant chinois des télécoms, au lendemain de déclarations du secrétaire d'Etat américain accusant Huawei de collaborer avec Pékin.

"Nous sommes encore en période de réescalade" des tensions, selon Mme Dwek et "avec les actions contre Huawei, nous sommes clairement à un autre niveau".

"Il est certain qu'on est passé d'une guerre commerciale à une guerre technologique", les Etats-Unis jouant "l'asphyxie de la Chine en interdisant à des sociétés d'exporter et de faire des affaires avec Huawei", juge également M. Drabowicz.

En Bourse, la sanction ne s'est pas faite attendre pour le secteur de la technologie, et plus spécifiquement des semi-conducteurs, qui ont fortement chuté cette semaine des deux côtés de l'Atlantique tandis que les indices boursiers européens dans leur ensemble ont alterné séances haussières et baissières, au gré des déclarations émanant de Pékin et Washington.

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Reste à savoir désormais quel va être le coût économique de cette politique pour Donald Trump : "pendant combien de temps les marchés et l'économie américaine vont résister" avant que le président américain soit contraint de "revenir à la table" ?, s'interroge Mme Dwek.

Un coût qui peut venir de deux fronts, analyse M. Drabowicz : Donald Trump "pénalise ses propres sociétés technologiques de semi-conducteurs qui sont quand même le fleuron de la Silicon Valley" et en outre, si le président américain "va jusqu'à l'imposition des menaces sur les tarifs douaniers, il est bien évident que cela va se répercuter" in fine sur le consommateur américain.

Dans ce contexte dominé par les passes d'armes autour de la guerre commerciale, les élections européennes, qui ont débuté jeudi et se poursuivent jusqu'à dimanche, semblaient de peu de poids.

"Cela peut être soit un non-événement parce que ça ne devient pas trop grave, soit une mauvaise nouvelle de plus", commente M. Dwek.

Quant à la démission de Theresa May, largement attendue, elle n'a pas semblé émouvoir les places boursières européennes, même si ce départ renforce l'hypothèse d'un Brexit sans accord.

Il est évident que "cela n'aide pas les marchés européens car c'est un élément d'incertitude supplémentaire", note Mme Dwek.

"Quand on regarde les scénarios possibles dans les prochains mois, Boris Johnson a l'air d'être en tête des sondages pour reprendre le parti conservateur et cela serait clairement une approche beaucoup plus agressive contre l'Europe" avec la possibilité accrue d'un no deal même si le Parlement a voté contre, poursuit-elle.

"Nous approchons d'une fin de cycle, il faut donc devenir un peu plus prudent dans son allocation sur les marchés financiers", avec le risque que le spectre d'une récession refasse brutalement surface, explique encore M. Drabowicz.

A ce titre, des indicateurs PMI décevants publiés jeudi en zone euro, mais surtout aux Etats-Unis, n'ont pas manqué de raviver les craintes quant aux conséquences de la guerre commerciale sur la croissance mondiale, même si la Fed, dans son dernier compte-rendu, a confirmé sa volonté d'adopter une approche "patiente" dans sa politique monétaire.

Malgré l'accumulation des incertitudes, tous les voyants sont pourtant loin d'être au rouge, de l'avis des analystes.

"Nous allons avoir des corrections, à l'image de la séance de jeudi, mais le contexte économique reste quand même pour le moment relativement solide, relativise ainsi Mme Dwek.

"Dans une hausse de marché comme on l'a vue cette année, il est tout à fait normal de voir des corrections de 10%, c'est même souhaitable et sain", abonde de son côté M. Drabowicz.

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