defiscalisation-mode-demploi.com : Découvrez ce que la déficalisation peut vous rapporter

PEA-PME : comment choisir parmi les futurs placements éligibles ?

Jean-François Bay, directeur général de Morningstar France
DR

Sauf surprise parlementaire de dernière minute, les particuliers pourront ouvrir un PEA-PME, Plan d’épargne en actions dédié aux PME et entreprises de taille intermédiaire (ETI), à partir du 1er janvier prochain. Il permettra d’investir soit dans des titres de PME et d’ETI cotées, soit dans des fonds commun de placement (FCP) ou des Sicav remplissant certains critères d’éligibilité. Au sein de cette seconde catégorie, moins connue du grand public, quels actifs faut-il privilégier ? Et comment arbitrer entre ces fonds et l'investissement direct ? Les réponses de Jean-François Bay, directeur général de la société d’analyse financière Morningstar France.

Lire aussi : Le plafond du PEA relevé, une nouvelle version dédiée aux PME en 2014

La probable entrée en vigueur du PEA-PME est-elle une opportunité pour les épargnants ?

Dans le champ des placements proposant une carotte fiscale, l’offre a longtemps été déséquilibrée avec d’un côté, le Livret A et les fonds en euros de l’assurance-vie comme produits phares et de l’autre, des supports plus complexes tels que les FCPI (fonds commun de placement dans l’innovation). Entre les deux, seul le Plan d’épargne en actions (PEA) faisait office d’alternative. Le PEA-PME permet de disposer d’un outil supplémentaire pour investir dans les valeurs cotées.

Quels rendements les particuliers peuvent-ils espérer ?

Sur les cinq dernières années, les performances des petites valeurs en France ont été de 17% de rendement avec une volatilité de 15. Les grandes valeurs françaises ? 10% de performance avec une volatilité de 15. Pour un même niveau de risque, les petites valeurs ont affiché un supplément de rendement de 7 points par an. Il s’agit clairement d’une classe d’actifs qui a été très performante dernièrement, puisque ces valeurs plus locales ont été moins touchées par la crise.

Faudra-t-il privilégier l'investissement dans un fonds ou l'achat de titres de PME et ETI ?

L’investissement direct dans les PME et ETI doit plutôt être réalisé dans une optique de long terme. Vous pouvez avoir une approche affective avec une entreprise de votre région mais, dans ce cas, il faut bien connaître la valeur du titre et ne pas espérer des résultats à court terme. Mieux vaut donc s’appuyer sur l’expertise d’une société de gestion qui sélectionne un minimum de seize entreprises en les regroupant dans un fonds.

Il est cependant possible de diversifier son investissement en sélectionnant plusieurs PME et ETI …

Les montants concernés (NDLR : les dépôts sur le PEA-PME sont plafonnés à 75.000 euros) ne permettent pas de multiplier les investissements si l'on veut qu'ils soient significatifs. Or en achetant les titres de trois à quatre sociétés, le portefeuille est peu diversifié et le niveau de risque très élevé. Si l’une des valeurs chute, vous perdez presque un tiers de votre capital ! Après, de belles performances restent envisageables car il existe peu d’analyses sur les PME cotées. Il est ainsi possible de trouver des opportunités que les autres n’ont pas vues. Mais attention, vous pouvez perdre beaucoup… Investir dans un fonds permet en revanche de s'approcher des rendements moyens du marché. D'autant que dans le cadre du PEA-PME, les fonds peuvent intégrer des obligations, ce qui permet d’avoir un profil plus diversifié et moins risqué. Une société de gestion sur deux prévoit de lancer des fonds en intégrant des obligations, selon notre étude (1).

Plusieurs sociétés ont déjà annoncé avoir créé des fonds qui seront éligibles. Certains sont même déjà commercialisés. Que faut-il penser de ces Sextant PME, Oddo Active Smaller Companies, Echiquier Entrepreneurs, etc. ?

On peut classer les sociétés de gestion en trois catégories. Ces sociétés qui communiquent actuellement sont globalement des gérants ayant déjà une expérience de l’investissement dans les entreprises locales. Le PEA-PME correspond à la création d’un habillage englobant ce qu’elles font déjà tous les jours. Deuxième catégorie d’acteurs, les sociétés de private equity. C’est forcément plus difficile pour elles puisqu’elles n’ont pas d’historique sur ce marché. Dernière catégorie : les grands réseaux bancaires. Ils ne vont pas pouvoir afficher des résultats passés aussi élogieux que la première catégorie de sociétés mais ils ont une grande expertise sur des valeurs plus européennes, or certaines sont éligibles au PEA-PME.

Un particulier connaissant peu le secteur aurait donc tout intérêt à faire confiance à une société de gestion déjà spécialiste des PME et ETI ?

En effet. Après, il peut aussi être intéressant de diversifier son investissement en choisissant à la fois un fonds d’une petite boutique comme Sextant et un fonds plus européen de valeur moyenne chez BNP Paribas. Mais nous restons prudents dans nos analyses : comme il s’agit une nouvelle catégorie, nous avons peu de visibilité. Pour faire une analogie, on pense que Sébastien Loeb (2) aurait pu avoir de bons résultats en Formule 1 mais on ne peut pas l’affirmer.

(1) « Etude complète de l’écosystème » du PEA-PME réalisée auprès de 83 sociétés de gestion de portefeuille (39 répondants) sur la catégorie Morningstar Small & Midcaps, constituant un « échantillon représentatif en termes de taille d’actifs et de famille », et publiée le 19 novembre 2013. Lire à ce propos : Les sociétés de gestion vont lancer de nouveaux fonds pour profiter du PEA-PME

(2) Pilote automobile français neuf fois champion du monde des rallyes WRC. Un temps pressenti en Formule 1, il n'a finalement jamais franchi le pas.

Partager cet article :

© cbanque.com / Propos recueillis par BL / Décembre 2013