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Changement de banque : 2 ans après, le bilan très mitigé de la loi Macron

Des panneaux
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En février 2017, les banques inauguraient un nouveau mandat de mobilité bancaire, destiné à faciliter le changement de banque et stimuler la concurrence. Quel bilan deux ans plus tard ?

6 février 2017 : cela fait six mois qu’Emmanuel Macron a quitté le ministère de l’Economie pour préparer sa campagne victorieuse à l’élection présidentielle. Un pan de la « loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques », qu’il a portée lors de son passage à Bercy, entre pourtant en vigueur : celui consacré à la mobilité bancaire.

Depuis cette date en effet, les consommateurs qui souhaitent changer de compte principal n’ont plus qu’à signer un mandat pour autoriser leur nouvelle banque à se rapprocher de l’ancienne et transférer automatiquement leurs prélèvements et virements récurrents. Fini, donc, la corvée de contacter ses créanciers un par un, pour changer de domiciliation bancaire : tout se fait de manière automatique.

Lire sur le sujet : Loi Macron : le nouveau mode d'emploi du changement de banque

Combien de mandats de mobilité signés en deux ans ?

Deux ans plus tard, combien de Français se sont emparés de cette nouveauté ? C’est la Fédération bancaire française (FBF) qui fournit la réponse : depuis février 2017, ils sont 2,4 millions à avoir bénéficié du mandat de mobilité (1). Ils étaient déjà 1,2 million au terme de la première année. La mobilité Macron semble donc avoir trouvé son rythme de croisière.

Le « service (…) fonctionne bien », se félicite d’ailleurs la FBF, qui souligne également, en s’appuyant sur une étude de juillet 2018, que « près de 7 Français sur 10 [connaissent] son existence », que « 85% des utilisateurs en sont satisfaits et près de 92 % le recommanderaient ».

Les Français ont-il vraiment plus changé de banque ?

Le nombre brut de mandats signés ne suffit toutefois pas à conclure au succès du dispositif. L’objectif de la mobilité Macron, en effet, était de lever les freins au changement de banque, et donc d’encourager les consommateurs à passer à l’acte. La part des clients bancaires ayant changé de banque principale - ce qu’on appelle, dans le jargon, le taux d’attrition bancaire - a-t-elle progressé grâce au mandat de mobilité ? La réponse est non.

Certes, ce taux d’attrition a augmenté en 2017, pour s’approcher des 5%. Mais cette tendance à la hausse existait déjà avant l’arrivée du mandat de mobilité. Et malgré lui, elle s’est interrompue depuis. « Le taux d’attrition bancaire a eu tendance à baisser en 2018 », confirme Baudoin Choppin de Janvry, directeur conseil industrie financière chez Deloitte, qui y voit notamment un effet collatéral des nouvelles règles encadrant la domiciliation des revenus dans le cadre du crédit immobilier.

Certaines banques en ont-elles plus profité que d’autres ?

La mobilité Macron ne semble donc pas avoir, dans l’immédiat, réveillé l’envie des Français de changer de banque. A-t-elle en revanche attisé la concurrence et fait bouger les lignes ? Difficile à dire, tant les enseignes sont discrètes sur le sujet. Deux enseignes que nous avons sollicitées sur le sujet ont toutefois accepté de nous fournir quelques éléments : le Crédit Agricole et Boursorama Banque, la banque en ligne du groupe Société Générale.

+40% en 2018 chez Boursorama

Le mandat de mobilité a été « une opportunité (...) de conquérir et de fidéliser davantage de clients », nous explique la Fédération nationale du Crédit Agricole (FNCA). Ses caisses régionales ont ainsi reçu 750 000 mandats entrants, sur les 2,4 millions signés toutes banques confondues. Une fois retranchés les mandats sortants, le « solde est très largement positif : environ 300 000 en net », poursuit la FNCA, qui se fécilite d'une « dynamique positive (...) qui se maintient avec régularité depuis l’entrée en vigueur ».

Boursorama Banque, de son côté, a fait une intense promotion de la mobilité Macron, déclenchant même un début de polémique en autorisant la mobilité à la carte. Bilan de cet effort : une hausse de 40% des « mobilités entrantes » entre 2017 et 2018, et très peu de mobilités sortantes, explique la communication de l’enseigne. Mais aussi une relation renforcée avec ses clients, qui utilisent leur compte de manière de plus en plus active.

Pour autant, la mobilité Macron ne semble pas avoir beaucoup rebattu les cartes. A l’occasion d’une étude récurrente sur les nouveaux usages de la banque, commandée par CGI et SAB, la société Next Content demande chaque année aux Français (2) quelle est leur banque principale, celle où ils détiennent leur compte courant. Leurs réponses, depuis 2017, n’ont guère varié : la part de marché du Crédit Agricole se maintient autour des 20%, celles de la Banque Postale et de la Caisse d’Epargne autour de 15%, celle du Crédit Mutuel autour de 10%… Malgré ses efforts, et un nombre croissant de clients, Boursorama Banque en reste de son côté à 2% environ.

Pourquoi ça n’a pas marché aussi bien que prévu ?

Parler de flop serait excessif. Mais la mobilité Macron n’a clairement pas totalement atteint son objectif de fluidifier le marché bancaire français. Pourquoi ? Deux raisons à cela, selon les experts de Deloitte. La première : le peu d’empressement des enseignes traditionnelles à utiliser ce nouveau levier pour gagner des parts de marché. « les banques ont actuellement d’autres priorités que la mobilité Macron », estime Patrice de Villeroy, associé conseil industrie financière chez Deloitte. « Celle notamment de réussir leur transformation numérique, qui leur coûte une fortune ».

Deuxième raison : le relatif désintérêt des Français. « Ils n’y vont pas, car ils ne sont pas sûrs d’avoir quelque chose à y gagner », poursuit Patrice de Villeroy. « La loi Macron a entrouvert la porte. Mais cela ne suffit pas en soi : Les gens ont besoin d’une bonne raison pour changer de banque, et ces raisons, au final, sont assez rares. »

(1) Il s’agit toutefois d’une estimation selon la FBF. Les chiffres définitifs seront connus « d’ici quelques semaines ». (2) Enquête en ligne réalisée au cours du mois de décembre 2018 auprès de 1 009 Français, représentatifs de la population connectée à Internet (suivant les critères d’âge, de sexe et de CSP) sur ordinateur et/ou sur smartphone, tablette.

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