BforBank

Finaref : "Le crédit responsable est déjà une réalité" (Nicolas Pécourt)

Nicolas Pécourt Crédit Agricole Consumer Finance
Nicolas Pécourt

Nicolas Pécourt, directeur de la prospective chez Crédit Agricole Consumer Finance - plus connu pour ses marques Finaref et Sofinco - nous a donné son point de vue sur la réforme Lagarde du crédit conso, dont la mise en œuvre entre dans sa dernière ligne droite.

Nicolas Pecourt, l’industrie française du crédit conso s’est-elle sentie pointée du doigt par la loi Lagarde ?

« Il faut rappeler que le fait générateur de la loi est une directive européenne adoptée au 1er semestre 2008, qui a pour objectif l’harmonisation du marché européen du crédit à la consommation. Cette transposition en droit national, à laquelle des éléments propres à la France ont été ajoutés, est intervenue par ailleurs dans un contexte déjà très réglementé. Sur les 20 dernières années, on dénombre pas moins de 12 lois relatives directement ou indirectement au crédit conso. La réforme Lagarde vient donc compléter un arsenal déjà important. Elle intervient également dans un contexte où la distribution responsable du crédit est une réalité, comme l’atteste le taux de refus qui concerne, tous produits et tous canaux de distribution confondus, une demande de crédit à la consommation sur trois. Pour le seul crédit renouvelable, il s’élève, selon le rapport Athling(*), à 45%. »

Pour vous, la loi Lagarde est donc inutile ou redondante...

« Non, c’est une loi très structurante pour la profession, comme l’ont été les lois Scrivener en 1978 et Neiertz en 1989. Elle concerne en effet l'ensemble de la chaîne de gestion du crédit à la consommation. En amont, la publicité et les produits, particulièrement le crédit renouvelable. Suivent des dispositions relatives à la distribution, en particulier sur le lieu de vente, mais aussi à la tarification, avec la réforme du taux de l'usure. Enfin, en aval, on trouve des dispositions spécifiques au dispositif de prévention et de traitement du surendettement. »

Quelles mesures vous paraissent les plus marquantes ?

« J’en citerais deux. En premier lieu, l’ensemble des dispositions relatives au crédit renouvelable, et notamment la mise en place de durées maximum de remboursement, dont les conséquences seront probablement de recentrer l'usage du crédit renouvelable sur ses deux vocations premières, que sont le financement des achats de petit montant et la gestion de la trésorerie des ménages. Deuxième réforme majeure, celle du taux de l’usure. Ces mesures vont certainement contribuer à accélérer la baisse de la part des crédits renouvelables dans la totalité du crédit à la consommation, qui est déjà passée de 44% en 2000 à 37% en 2010. »

Que pensez-vous des débats qui ont entouré le vote et la mise en œuvre de cette loi ?

« L’utilité économique et sociale du crédit à la consommation a parfois été occultée. Cette dimension me paraît pourtant majeure, surtout dans un contexte de sortie de crise. Les dépenses permises par le crédit à la consommation représentent un peu plus de 7% du PIB. Il est déterminant pour certains secteurs : trois automobiles neuves sur quatre sont acquises à l'aide d'un financement. Le crédit renouvelable représente aussi 25% du chiffre d'affaires de la distribution spécialisée et 40% de celui de la vente à distance, comme le montre le rapport Athling. C’est pourquoi il faut aussi souligner l'importance économique du crédit à la consommation. »

(*) Le rapport Athling (du nom de Athling Management, qui a mené l’étude) est intitulé “Pour un développement responsable du crédit renouvelable en France”. Il a été rédigé en 2008, à l’initiative de Christine Lagarde.

Partager cet article :

© cbanque.com / Vincent Mignot / Avril 2011

Commentaires

Publié le 14 avril 2011 à 06h37 - #1Scaggio

Heureusement que l'Etat a forcé la mise en place d'une durée maximale de remboursement. Combien de foyers se sont surendettés avec ces établissement de crédit renouvelable.

Quand on lis ce que cet homme -Nicolas Pécourt- dit à propos de la limitation de durée, il veut donner l'impression que ce sont les établissements eux-mêmes qui ont proposés cette limitation. Ils reprennent à leur compte ce que l'Etat leur impose pour paraître bon alors qu'on sait tous qu'ils sont loin d'être 100% honnête car ce réfugier derrière la loi pour proposer de l'argent avec un taux d'intérêt exorbitant et peu lisible aux clients qui en ont absolument le besoin, faut pas me dire que c'est de l'honnêteté -ou alors il faut changer la définition dans le dictionnaire de la langue française-.

Je mettrai un 18/20 pour son hypocrisie.

Trouvez-vous ce commentaire utile ?10
Publié le 14 avril 2011 à 12h06 - #2Olive05

Même constat pour le coté "on lave plus blanc que blanc" et "crédit responsable" qui feront sourire les professionnels du secteur.
Les organismes de crédit à la consommation n'étant pas soumis aux mêmes contraintes que les banques traditionnelles, celles-ci se sont engouffrés dans la brèche pour proposer du crédit renouvelable à 16-20% de taux d’intérêts en sachant qu'un client sur deux n'arriverait pas à les rembourser...

Publié le 16 avril 2011 à 19h44 - #3Runout

Exact. Je pense comme vous scaggio et olive05. Le système des crédits renouvelable n'est pas une solution parfaite, c'est plutôt une solution perfide. Mais seul le temps fait découvrir aux consommateurs la réalité de ce type de crédit à la limite du malsain.

Publié le 24 mai 2011 à 10h54 - #5Runout

Trop fort M. PECOURT. J'adore. Le mal habillé de la robe d'un saint.

Trouvez-vous ce commentaire utile ?