Epargne : 7 préjugés sur l'assurance vie

Un jeune face à un choix
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Un produit où l’argent est « bloqué », qui ne rapporte plus rien et qui ne sert qu’aux « vieux » pour préparer leur retraite ou anticiper un décès ? Autant d’idées préconçues couramment véhiculées sur l’assurance vie. Zoom sur 7 clichés, certains se révélant totalement faux, d’autres pas si loin de la réalité.

1 – C’est bloqué 8 ans

Faux. Incontournable, cette idée reçue a la vie dure. La faute, probablement, au fameux « il faut prendre date » répété à l’envi dans les agences bancaires. Suite à ce conseil, nombre de particuliers ont bien enregistré que la fiscalité la plus attractive n'est acquise qu'après 8 ans de détention du contrat. Et avant cette « maturité fiscale » ? Les épargnants restent libres de retirer leur argent à tout moment. Il faut au pire attendre quelques semaines, le temps de la mise à disposition des fonds. Côté fiscalité, les plus-values sont soit soumises à la flat tax (prélèvement forfaitaire unique, 12,8% d’impôt sur le revenu, 30% avec les cotisations sociales), soit intégrées au barème de l’impôt sur le revenu : ainsi depuis l'entrée en vigueur de ce PFU, la fiscalité avant 8 ans n'est même plus défavorable vis-à-vis des autres placements. Ce qui rend le fameux cap des 8 ans de moins en moins crucial.

Plus d'infos sur le cliché de l’argent bloqué 8 ans sur l’assurance vie

2 – C’est pour les vieux

Faux. Le nom du produit n’y est pas pour rien : « assurance vie ». Toutefois, contrairement à une « simple » assurance décès (1), l’assurance vie ne permet pas uniquement de verser un capital aux proches du défunt. Elle est justement surnommée « couteau suisse de l’épargne » car elle permet de poursuivre plusieurs objectifs : réaliser un placement financier à moyen terme dans un cadre fiscal avantageux, préparer sa retraite en visant des revenus complémentaires et réguliers, préparer la transmission de son patrimoine, etc. L’argent placé sur une assurance vie peut donc être retiré à la retraite, bien avant, ou ne pas être retiré en vue d'une succession.

Lire aussi : Qui possède une assurance vie ?

3 – On ne peut détenir qu’une assurance vie

Faux. Nombre d’assureurs et distributeurs citent, en anecdote, la récurrence de ce préjugé chez leurs clients. Sur ce point, l’assurance vie se distingue en effet du Livret A, du LDDS, du PEA ou autre Plan épargne logement : « Non seulement vous pouvez ouvrir et détenir autant de contrats que vous souhaitez mais il y de nombreuses situations où cela est même recommandé », plaide BforBank dans un argumentaire pro-assurance vie. La banque en ligne y conseille de diversifier les contrats selon les objectifs poursuivis : optimisation financière, transmission, etc. Les courtiers d’épargne en ligne conseillent eux de diversifier les contrats selon leurs atouts : l’un orienté fonds immobiliers (SCPI, OPCI, etc.), l’autre disposant d’un fonds en euros au rendement régulièrement avantageux, un troisième avec une gestion pilotée attractive, etc.

Lire aussi : Choisir son assurance vie : les pièges à éviter

4 – On ne peut pas changer de bénéficiaire

Faux. Lors de l’ouverture d’une assurance vie, le souscripteur remplit systématiquement une clause bénéficiaire. Il détermine ainsi la ou les personnes à qui reviendra l’argent en cas de décès. Par défaut, la « clause bénéficiaire standard » désigne le conjoint, puis les héritiers en cas de décès du conjoint. Le souscripteur peut-il la modifier après l'ouverture, en cas de décès du bénéficiaire, d’évolution de la situation personnelle ou tout simplement s’il change d’avis ? Oui ! Il suffit de le signifier à l'assureur par courrier ou en suivant la procédure indiquée.

D’où un autre cliché, intimement lié au changement de bénéficiaire : « L’assurance vie permet de déshériter ses proches ». Faux, là encore. Certes, « l’assurance vie est hors succession », comme le résume l’assureur Gan sur son blog. Mais il ne faut pas léser les héritiers, au risque qu’ils se tournent vers les tribunaux. Dans une liste de conseils à ses clients, le courtier Mes-Placements précise ainsi qu'il est « vivement conseillé » de « ne pas trop empiéter sur la réserve héréditaire » (2), la part devant obligatoirement revenir aux ayants-droits. Bref : impossible de placer la majeure partie de son patrimoine sur une assurance vie, histoire de favoriser une personne extérieure à la famille.

Plus d'infos sur le fonctionnement de l'assurance vie, en cas de décès

5 – C’est le placement préféré des Français

Pas totalement vrai. Le fameux « placement préféré des Français » est un véritable lieu commun médiatique, puisque ce qualificatif est parfois accolé à l’assurance vie, parfois au Livret A, parfois à l’immobilier. Pourquoi ? Car les critères sont différents dans chacun des cas. Deux tiers du patrimoine des Français est investi en immobilier, mais en prenant en compte la résidence principale. Le Livret A est, de loin, le produit le plus massivement détenu en France : les trois quarts de la population possèdent un Livret A. Contre 39% « seulement » pour l’assurance vie. En revanche cette dernière surclasse toute concurrence lorsqu’il s’agit de mesurer les montants amassés sur un placement financier, avec 1 765 milliards d’euros d’épargne gérés par les assureurs. Il n’existe donc pas un mais plusieurs placements « préférés ».

Lire aussi l'article sur le cliché « L’assurance vie placement préféré des Français »

6 - On ne peut pas perdre d’argent

Vrai et faux. Tout dépend du support ! Aujourd’hui, les deux tiers des contrats existants, et l’immense majorité des contrats commercialisés, sont des assurances vie multisupports. Avec d’une part un fonds en euros, sur lequel le capital est garanti : l'assureur s'engage effectivement à ce que vous ne perdiez pas l'épargne accumulée sur ce fonds euros. Et d’autre part des supports en unités de compte, plus risqués, investis sur des fonds d’investissement, des actifs immobiliers, des actions, etc. Sur la part de son épargne investie en UC, le titulaire d’un contrat peut donc effectivement perdre de l’argent, s’il retire son argent quand les marchés sont orientés à la baisse.

Lire : 8 pistes pour optimiser votre assurance vie sans prendre (trop) de risque

7 – L’assurance vie ne rapporte plus rien

Pas totalement vrai. C’est factuel : le fonds en euros, support phare de l’assurance vie, rapporte moins qu’il y a 10 ans : en moyenne 1,83% en 2018 contre 3,9% en 2008 ! Mais la baisse des rendements concerne toutes les familles de placements financiers, dans la conjoncture actuelle de taux bas. La rémunération 2018 apparaît même comme plutôt élevée au regard des taux proches de zéro pour les livrets bancaires, ce qui pousse les assureurs à annoncer une nouvelle baisse significative des rémunérations pour l’année 2019 sur le fonds en euros, avec un taux moyen annoncé autour de 1,4% ou 1,5%. En revanche, l’assurance vie permet d’avoir accès à d’autres supports. Les unités de compte n’offrent certes pas la sécurité du fonds en euros, puisque les pertes de capital sont envisageables, mais en contrepartie les perspectives de rendement sont supérieures. En cela, l’assurance vie suit la tendance de l’ensemble des placements : actuellement seule la prise de risque, et parfois l’immobilier, permettent d’espérer des performances élevées.

Voir par ailleurs le comparatif des contrats d’assurance vie

(1) L’assurance décès permet le versement d’une rente ou d’un capital à un bénéficiaire, si la personne assurée décède avant le terme du contrat.

(2) La réserve héréditaire revient obligatoirement aux héritiers. Elle se distingue de la quotité disponible, que l’on peut léguer librement au bénéficiaire de son choix. Exemple, pour deux enfants héritiers : un tiers de la succession est dédiée à chacun des enfants, le tiers restant étant la quotité disponible.

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© cbanque.com / MoneyVox / BL / Octobre 2019

Commentaires

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Publié le 27 octobre 2019 à 23h30 - #1kaskapointe
  • Homme
  • Nancy
  • 49 ans

Sur les spports en UC, les pertes ne son pas "envisageables". Elles sont probables. Si je résume, le particulier prend des risques avec son argent. Même s'il en perd, la banque et l'État gagnent. Certes, moins que si le client est en plus-value, mais chacun perçoit sa com (frais de tenue de compte et CSG CRDS sur les intérêts, car, même si les supports dégringolent, ils créent des intérêts !). Elle est pas belle la vie ? Diabolique !!!

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