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Fonds en euros : les réserves des assureurs toujours mieux dotées

Un coffre-fort
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A l'approche de la saison d'annonce des rendements 2018 de l'assurance-vie, le « prescripteur de contrats d'assurance » Good Value for Money livre son diagnostic des réserves de richesse des fonds en euros. Des réserves qui ne cessent de gonfler.

1,43% des sommes présentes sur les fonds en euros fin 2012, plus de 2% fin 2014, plus de 3% fin 2016 et donc 3,58% fin 2017 : selon le relevé effectué par Good value for money (GVFM), la provision pour participation aux bénéfices (PPB) moyenne des fonds en euros de l’assurance-vie a plus que triplé en 5 ans ! Cette PPB, parfois appelée PPE (1), est la réserve de richesses que chaque assureur peut constituer au sein de son « actif général », autrement dit le pot commun de l’ensemble de ses fonds en euros.

En l'alimentant, l’assureur n’accapare pas la performance du fonds en euros pour son seul profit : la législation contraint en effet les compagnies d’assurance à « rendre » cette richesse aux assurés dans les 8 ans. Ainsi, ce qu’un assureur a provisionné en 2011 doit être reversé aux épargnants au plus tard en 2019. Il subsiste toutefois une subtilité, pour les assurés : cette PPB doit être restituée aux détenteurs d’assurance-vie, sans que la législation n’indique lesquels. L’assureur peut reverser cette provision en favorisant certains souscripteurs au détriment d’autres épargnants. L'argent pris sur un fonds euro ne revient donc pas forcément en intégralité à ce même fonds.

Lire aussi : Comment les assureurs stockent des bénéfices avec la PPB

L’appel à la prudence du gendarme du secteur

Pourquoi se constituent-ils cette réserve, dans des proportions de plus en plus importantes ? Cette PPB est censée jouer le rôle de coussin en cas de crise financière : permettre aux fonds à capital garanti de rester rémunérateurs en cas de baisse drastique des taux du marché, ou de suivre un rebond des performances dans le cas contraire. Si cette provision a augmenté de façon très significative ces dernières années, c’est notamment sous la pression de l’autorité de tutelle des assureurs, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) : le régulateur les a invités à la prudence face à la conjoncture durable de taux bas. Les compagnies d’assurance ont donc fortement provisionné leur PPB, surtout depuis 2014, mais pas tous dans les mêmes proportions.

Ces assureurs qui disposent d’importantes réserves

  1. GMF Vie (Covéa) : 5,61% des encours des fonds en euros (contre 1,67% fin 2012)
  2. ACM Vie (Crédit Mutuel Alliance fédérale) : 5,05% (contre 1,25% fin 2012)
  3. MMA Vie (Covéa) : 4,64% (contre 0,85% fin 2012)
  4. Sogécap (Société Générale) : 4,57% (contre 1,08% fin 2012)
  5. BNP Paribas Cardif : 4,45% (contre 1,54% fin 2012)

Le « top 5 » ci-dessus se concentre sur les plus grosses compagnies de la place. Parmi les plus petits acteurs du marché de l’assurance-vie, Milleis Vie (5,54%) ou Matmut Vie (6,85%) disposent aussi de réserves conséquentes.

A l’autre extrémité, parmi les plus gros acteurs, Axa (1,24%), Groupama Gan Vie (1,66%) ou encore le segment Aviva Epargne Retraite (0,85%) du groupe Aviva affichent une PPB faible en comparaison du marché.

Source : GoodValueForMoney.eu

Un indicateur parmi d’autres de la solidité d’un fonds

Good value for money anticipe d’ores et déjà une poursuite de la hausse de cette poche de richesse, « à un niveau proche de 4% », écrit le site spécialisé dans sa dernière newsletter. Au regard de cette augmentation constante des réserves, faut-il juger la solidité des fonds en euros des différents assureurs sur la base de cette PPB ? Pas facile. Car il ne s’agit que d’un indicateur parmi d’autres de la bonne santé financière d’un fonds en euros.

Ainsi une « grosse » PPB peut cacher des perspectives maussades pour certains titres en portefeuille : le rôle de la provision est alors de compenser les pertes éventuelles de certaines dettes souveraines souscrites par l'assureur, par exemple. A contrario, il peut s’agir d’un choix stratégique, afin de prendre plus de risques tout en respectant les exigences européennes en matière de fonds propres : « A titre d’illustration, un assureur-vie qui aurait 2% de PPB pourrait absorber 5% d’actions supplémentaires dans ses actifs », explique GVFM.

Près de 10% de rendement en stock au total !

Le site prescripteur sonde ainsi en parallèle d’autres leviers témoignant de la situation financière des fonds en euros : la réserve de capitalisation (2), ainsi que les plus values-latentes – gains potentiels sur un titre pas encore revendu – sur l’immobilier et les actions en portefeuille. Verdict : en prenant l’ensemble de ces indicateurs, les compagnies d’assurance disposent d’une « réserve de rendement » de 9,28% à fin 2017 ! Contre 3,87% en toute fin 2012 et 7,72% fin 2016. Bref, les fonds en euros disposent de ressources insoupçonnées pour délivrer de la performance lors des prochaines années…

L’exemple de CNP Assurances

Plus gros portefeuille d’assurance-vie en France, juste devant Prédica (Crédit Agricole), CNP Assurances affiche un encours global de 288 milliards d’euros fin 2017 selon le relevé de Good value for money, dont 255 milliards sur les fonds affichant une garantie en capital. Dans ce lot, 11,59% de « réserve de rendement » :

  • PPB : 11 milliards d’euros, soit 4,41% des encours du fonds en euros
  • Réserve de capitalisation : 2 milliards d’euros, soit 0,85%
  • Plus-values latentes immobilières : 3,5 milliards d’euros, soit 1,37%
  • Plus-values latentes en actions : 12,5 milliards d’euros, soit 4,96%

(1) Provision pour participation aux excédents.

(2) Réserve qui « appartient aux assurés », sans pouvoir contribuer au rendement du fonds en euros. Son rôle est de « permettre d’absorber d’éventuels chocs obligataires », comme l’explique GVFM.

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© cbanque.com / BL / Novembre 2018