Assurance-vie : comment réagir quand la bourse fait du yoyo ?

Clémence Dachicourt, de Morningstar
Clémence Dachicourt, de Morningstar - DR

Les supports en unités de compte de votre assurance-vie sont dans le rouge ? Logique : ils ont suivi la tendance des marchés financiers depuis mi 2015. Les fonds spécifiques du type SCPI ou OPCI mis à part, comment faut-il gérer ses unités de compte quand la bourse fait la girouette ? Réponses de Clémence Dachicourt, gestionnaire de portefeuilles chez Morningstar.

La bourse a rebondi à la mi-février après une lourde chute pendant 2 mois environ. Comment ont évolué les performances des fonds disponibles en unités de compte dans l’assurance-vie ?

Clémence Dachicourt : « D’un point de vue général, les organismes de placements collectifs en valeurs mobilières (OPCVM) ont suivi le même mouvement que la bourse : forte baisse passé le mois de novembre 2015, puis rebond depuis la mi-février. Nous constatons en outre des changements de tendance importants ces derniers mois, à la fois en terme de style avec la surperformance récente de certaines valeurs dites value [actions dont le prix est inférieur à la valeur intrinsèque, NDLR] et un fort rebond des valeurs liées au secteur énergétique et des cycliques avec le rebond du prix du baril de pétrole. Ces revirements de tendance sont en effet très difficiles à appréhender ! Nous constatons aussi que les OPCVM sous-performent : ils réalisent des performances moindres que leurs indices de référence. Quelques gérants s’en sortent mieux mais le rebond récent est globalement moindre sur les fonds que sur les marchés boursiers. »

Quelles familles de fonds s’en sortent le mieux ?

C. D. : « Les OPCVM investis en actions pays émergents. Et, pour les fonds obligataires, les high yields [émissions obligataires à haut rendement, NDLR]. Par ailleurs, les actions américaines ont joué ces derniers temps un rôle défensif, permettant de sécuriser ses avoirs, puisqu’elles se sont mieux comportées que les actions européennes ou japonaises, par exemple. En cette période d’incertitude, les sociétés de gestion se concentrent surtout sur des valeurs sûres : elles privilégient ainsi des valeurs au risque mesuré, plutôt que de rechercher des entreprises très cycliques ou en retournement. »

Comment le détenteur d’assurance-vie doit-il réagir à ce yoyo ?

C. D. : « Il y a très clairement une recrudescence de la volatilité, en effet. Et ce pour tous les types d’actifs : sur les actions mais aussi sur les obligations ou sur le change. Ce qui ne permet pas d’arbitrer en faveur d’actifs obligataires, dans un logique défensive, par exemple. Ainsi, ces derniers mois, la situation a pu faire penser à celle des années 2008-2009, avec de très gros à-coups et très peu d’alternatives sécurisantes permettant de protéger son portefeuille en cas de chute des marchés. Dans ce contexte, il faut éviter de sur-réagir. Réaliser des arbitrages trop fréquents, c’est destructeur de valeur ! Il faut plutôt se raccrocher à des fondamentaux, avec une allocation diversifiée et équilibrée, sans se focaliser sur les mouvements de marchés et sans faire tourner excessivement son portefeuille. »

Faut-il arbitrer au regard des performances récentes des supports en unités de compte (UC) de son portefeuille ?

C. D. : « Nous, nous regardons les performances des OPCVM pour juger du positionnement et du comportement des différents gérants afin d’élaborer nos analyses. Mais un particulier doit éviter d’arbitrer en se basant sur des performances récentes, à court terme : ce n’est pas pertinent ! Certains gérants ont effectivement mieux protégé leur capital que d’autres, mais cette analyse reste délicate pour un investisseur individuel. »

Que conseillez-vous à un épargnant tenté de sécuriser son argent en arbitrant des UC vers le fonds euros ?

C. D. : « Tout dépend de l’horizon de placement. S’il a besoin de ses économies à court terme, oui, il faut peut-être sécuriser. Dans le cas contraire, pour un horizon à moyen ou long terme, je pense qu’il peut continuer à essayer d’aller capter de la performance, avec une prise de risque. »

Et s’il veut sécuriser son épargne sur le fonds en euros, le temps que les marchés se calment…

C. D. : « Les particuliers sont tentés de faire cela. Nous l’avons vu sur certains mouvements l’été dernier notamment [le CAC 40 a baissé soudainement à la fin juin-début juillet, puis à nouveau à la fin août, NDLR]. Mais ceux qui ont vendu à la baisse en arbitrant vers le fonds en euros ont perdu, au final. Voilà pourquoi il ne faut pas céder à la panique et se raccrocher aux fondamentaux. »

Pour miser sur les fondamentaux, justement, comment revoir sa diversification ? Quels sont les types de fonds les plus sûrs actuellement ?

C. D. : « Il faut équilibrer son allocation d’actifs entre fonds obligataires et fonds actions. Concernant la classe obligataire, nous estimons que les fonds souverains [investis en emprunts d’Etat, NDLR] sont actuellement trop chers, il vaut mieux se positionner sur les fonds investis sur le high yield : nous pensons qu’il reste des opportunités sur ces obligations jugées plus risquées, notamment sur les high yields européennes. Du côté des actions, il faut éviter d’investir trop fortement sur une zone géographique ou un pays en particulier. Nous conseillons actuellement de se positionner sur les fonds émergents, plutôt asiatiques, même s’il n’y aura pas de catalyseur à très court terme car la classe d’actifs nous semble très décotée, tout en conservant des parts de fonds actions européennes achetées en amont mais sur lesquelles nous nous allégeons actuellement. »

Pour un titulaire d’assurance-vie en gestion pilotée ou sans mandat, qui a donc choisi de déléguer la gestion de son portefeuille, faut-il d’ores et déjà tirer un trait sur un bon rendement en 2016 ?

C. D. : « Très sincèrement, sur l’année 2016, nous n’attendons pas grand chose en termes de performance. Mais un particulier ne souscrit pas une assurance-vie pour un horizon d’épargne d’un an ! Cet épargnant voit plutôt sur plusieurs années, souvent huit voire bien plus. Il ne faut donc pas s’arrêter aux résultats d’une année uniquement. Car les marchés vont probablement rester volatils pendant toute l’année 2016. Mieux vaut rester patient. »

Lire aussi : Comment choisir parmi des centaines d'unités de compte ?

Partager cet article :

© cbanque.com / Propos recueillis par BL / Avril 2016

Commentaires

Publié le 2 avril 2016 à 16h06 - #1cph777

Souvenez-vous du séminaire au soleil de la Société Générale !!!
On va te truffer !!!
Alors à vous de voir !!!

Trouvez-vous ce commentaire utile ?11