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Assurance-vie : comment la baisse des taux est masquée par les bonus de rendement

Des taux dans un chariot de courses
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La saison des rendements 2014 dans le rétroviseur, voici la saison des « bonus de rendement 2015 ». Plusieurs banques et assureurs mettent en effet en avant l'argument d'une rémunération supplémentaire du fonds en euros pour attirer les épargnants. Avec pour principale condition d’investir une partie du placement sur les unités de compte, plus risquées. Pourquoi cette politique se généralise-t-elle ?

Lire un taux de rémunération 2014 avantageux dans la presse, puis découvrir un rendement légèrement inférieur sur son état de situation annuel reçu en ce début 2015 ? Une expérience décevante. Dans les médias, certaines compagnies d’assurance ne mettent ainsi volontairement en avant qu’un taux maximal, un rendement moyen ou, plus couramment, une fourchette de rémunération pour le fonds en euros de leurs contrats d’assurance-vie. En cette période de baisse des rendements - 2,5% net de frais de gestion en moyenne pour les fonds en euros en 2014 contre 2,8% en 2013 -, ces choix permettent de positiver la communication.

Lire le dossier recensant les rendements 2014 de l'assurance-vie en euros

Conséquence, les « bonus de rendement » se développent. En novembre dernier, Cyrille Chartier-Kastler, fondateur du cabinet Facts & Figures, pariait déjà en 2014 sur une multiplication des bonus « qui permettent de réserver les meilleurs rendements » à certains épargnants. Le principe a été lancé à grande échelle en France par Axa en 2010, une politique que l’assureur a reconduit chaque année depuis. A l’image d’Axa, les assureurs traditionnels ont été les premiers à opter pour ces bonifications. Puis cette logique a séduit certains assureurs mutualistes, comme MMA en 2013. Et certains grands réseaux bancaires, de BNP Paribas au Crédit Agricole, ont fini par suivre le mouvement plus récemment. Preuve de cette généralisation, les assureurs qui ne pratiquent pas cette politique de bonus prennent le contrepied dans leurs communiqués en précisant que, chez eux, « tous les adhérents bénéficient du même taux sans conditions ».

Deux critères : montant et unités de compte

Votre assureur fait partie de ceux annonçant une fourchette de taux ? Pour obtenir le meilleur rendement, deux solutions : investir en unités de compte (UC) ou nourrir abondamment son contrat. Les assureurs choisissent l’une ou l’autre option, voire les deux, pour justifier cette échelle de rémunération. Par exemple, sur leurs assurances-vie grand public, BNP Paribas, la Société Générale ou la Banque Populaire baissent les frais de gestion selon l’importance des sommes présentes sur le contrat, ce qui a pour effet mécanique d’augmenter le rendement. Chez BNP Paribas Cardif par exemple, le fonds en euros de la gamme BNP Paribas Multiplacements 2 a été rémunéré de 2,30% à 2,50% en 2014 selon le niveau de l’encours du contrat.

Les « bonus de rendement » qui se généralisent sont plutôt ceux incitant à investir en unités de compte. BNP Paribas ajoute ainsi actuellement à sa grille de rémunération habituelle le « Bonus Pep’s 2015/2016 ». Jusqu’à la fin mars, tout nouveau versement investi à 20% minimum en UC permet de profiter d’un coup de pouce de 0,20 point pour les années 2015 et 2016, mais cette bonification ne concerne que le montant du versement en question, pas l’ensemble des sommes présentes sur le contrat.

Faire « coup double » avec les unités de compte

Les promoteurs de ces bonus mettent souvent deux arguments en avant : profiter des rendements potentiellement élevés des supports en unités de compte, même s’ils ne garantissent pas le capital, tout en boostant la rémunération du fonds en euros. Fin 2014, le Crédit Agricole parlait ainsi de « mois coup double » dans la vidéo faisant la promotion de son bonus de 0,20 point.

Au Crédit Agricole et chez BNP Paribas, il s’agit de bonus ponctuels, et qui n’impactent que les sommes versées pendant une période donnée. La même logique est valable actuellement chez Aviva avec l’opération « Aviva Bonus 2015 », qui permet de bonifier le rendement du fonds en euros jusqu’à 0,70 point. D’autres acteurs optent pour un coup de pouce non limité à une période de l’année. Chez Axa, Allianz, MMA, Swiss Life, Aréas, Afi-Esca ou encore au Crédit du Nord, les bonus sont à la fois liés à l’investissement en UC et à l’importance des versements ou de l’encours du contrat. Ces offres permettent de gagner au mieux environ un demi-point de rendement. Axa reconnaît s’être converti aux bonus dès 2010 « pour compenser la baisse future du rendement des fonds en euros ».

Un point de plus que le taux minimal

La palme du plus gros bonus de rendement revient à Groupama et Gan, qui font partie du même groupe. Le taux de base, de 1,80%, pouvait être bonifié jusqu’à 2,90% en 2013 et 2,80% en 2014. Son taux de base émargeant parmi les plus bas du marché, Groupama affiche ainsi sur la page web de présentation de son contrat Groupama Modulation « jusqu’à 2,80% », en évoquant un bonus sous conditions mais sans jamais citer son taux de base, clairement moins attractif. Ce manque de transparence, qui ne concerne pas que cet assureur, va peut-être devoir être corrigé à l’été 2015, une recommandation du régulateur du secteur réclamant que la « base de référence » du rendement apparaisse « clairement » dans les communications à compter de la mi-août.

Groupama Gan Vie a succombé à la mode des bonus en 2012. Un souscripteur ne bénéficiant d’aucun bonus a ainsi vu chuter sa rémunération de 3% en 2011 à 2,50% en 2012 à 1,80% en 2013. Un taux minimal qui concerne « 35% des détenteurs de contrats » en 2014 selon Fabrice Jollois, directeur des assurances individuelles de Groupama Gan Vie. En 2013, ils étaient 50% environ dans ce cas.

La méthode paie : la part d’unités de compte augmente

L’incitation à investir sur les unités de compte semble porter ses fruits. Actuellement, 30% de l’épargne déposée sur les contrats multisupports de Groupama Gan Vie est investie en unités de compte. Alors que la proportion globale des UC dans l’encours de l’ensemble de l’assurance-vie au niveau national tourne autour de 17%. Chez Swiss Life, assureur ayant avant tout une clientèle patrimoniale et qui propose des bonus depuis 6 ans, « la part d’UC est de 57% en 2014 en termes de productions nouvelles grâce notamment à cette politique de participation aux bénéfices adaptée ».

Axa affirme de son côté que « la part UC de la production est en forte hausse depuis 2009 et se démarque fortement de la concurrence ». Avant la mise en place des bonus, cette part était « en ligne » avec celle du marché : elle est désormais « 14 points » au-dessus, donc a priori à plus de 30%. « Le Bonus euro + n’explique pas à lui seul cette surperformance mais il y contribue », ajoute le service communication d’Axa. Quid des réseaux bancaires et de leurs bonus ponctuels ? BNP Paribas propose ce type d’opération environ trois fois par an depuis 2 ans. « Si nous continuons, c’est que nous en tirons des résultats », glisse une porte-parole sans livrer plus de détails.

+26% de janvier 2014 à janvier 2015

Au niveau national ? « Il n’existe pas d’étude sur l’impact spécifique des bonus de rendement sur la collecte en unités de compte », constate Cyril Blesson, de Pair Conseil, cabinet spécialisé dans la veille des statistiques épargne. Il se montre toutefois moins optimiste que les assureurs sur l’efficacité des bonus : « La collecte des supports en unités de compte est corrélée à celle du CAC 40. La progression des UC ces dernières années est donc parfaitement logique », lance-t-il, rappelant en outre la baisse de rémunération des si populaires fonds en euros, à capital garanti. « Je dirais plutôt que cette politique de bonus permet de gommer en partie la désaffection des épargnants au risque. » Contraint ou non, l’essor des UC est réel. La collecte a augmenté de 26% en janvier 2015 par rapport à janvier 2014 selon Bernard Spitz, président de la Fédération française des sociétés d’assurance.

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© cbanque.com / BL avec AR / Mars 2015