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Epargne : comment l'AMF traque les escrocs en ligne

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L’Autorité des marchés financiers est chargée de protéger les épargnants contre les arnaques en ligne. Cette mission nécessite de connaître les escrocs, leurs produits de prédilection et leurs stratagèmes ainsi que de sensibiliser les victimes potentielles : les investisseurs.

« Après avoir cliqué sur une publicité, j’ai été contacté par un conseiller représentant un site de trading. Il m’a expliqué que si je souhaitais faire de bons investissements, il me suffisait de suivre les ordres d’investissement passés par un trader expérimenté. Ne m’y connaissant pas en trading, je me suis dit que copier les ordres serait plus sécurisant. J’ai donc versé 2 500 euros. Mais très vite, je me suis aperçu que j’avais des pertes sur mon portefeuille », raconte ainsi Daniel, 57 ans, à « Epargne Info Service », la plateforme téléphonique gérée par l’Autorité des marchés financiers (AMF).

« Alors que j’étais en difficulté financière, j’ai été contactée par la société X après avoir visité leur site et laissé mes coordonnées. Une personne très polie a pris du temps pour me parler de solutions d’investissement “qui peuvent rapporter gros”. Sans conseil autour de moi, et convaincue que je pouvais trouver une solution à mes difficultés, j’ai accepté de verser une première fois 10 000 euros. J’ai perdu tout mon argent en moins d’un mois », confie quant à elle Béatrice, cette mère célibataire de 3 enfants. Ces témoignages de victimes d’arnaques au Forex et aux options binaires - produits ultra spéculatifs qui consistent à parier sur les variations d’un indice financier –, l’AMF les connaît par cœur. Elle en a reçu près de 700 en 2013, puis 1 300 en 2014 et encore 1 200 en 2015.

Une législation qui évolue avec les arnaques

Pour endiguer ces escroqueries, l’Autorité des marchés financiers – au travers du Pôle commun qu’elle forme avec l’ACPR – a multiplié les mesures de sensibilisation : liste noire des plateformes illégales, débutée en 2010, et autres enquêtes mystères pour exposer au grand jour les rouages de ces arnaques. De plus, en 2017, suite à l'adoption de la loi Sapin 2, la publicité pour le Forex et les options binaires a été interdite. De quoi donc limiter considérablement l'exposition des épargnants à ces produits et aux arnaques qui peuvent en découler. Et, effectivement, ce combat a porté ses fruits ! Les réclamations liées au Forex et aux options binaires sont retombées à 250 en 2017 et à une soixante seulement en 2018. Point d’orgue de cette lutte acharnée : l’interdiction, à compter de l’été 2018, de vendre des options binaires aux particuliers en Europe. Une interdiction qu’a pérennisée l’AMF, sur le sol français, début juillet dernier.

La lutte contre les arnaques aux options binaires a porté ses fruits

Mais le gendarme de l’épargne n’est toutefois pas près de rendre son tablier. « Pendant plusieurs années, nos efforts étaient centrés sur le Forex et les options binaires... La France ayant été très touchée par ces arnaques. Aujourd'hui, ce que nous constatons, c'est la diversité des domaines d'action des escrocs : cheptel, vin, cryptomonnaies... et des plateformes multiproduits qui proposent, par exemple, à la fois des fausses SCPI et du cannabis thérapeutique », souligne ainsi Claire Castanet, directrice des relations avec les épargnants à l'AMF. Entre le 1er janvier et le 8 juillet 2019, sur les 114 nouveaux sites frauduleux repérés par l’AMF, 84 portaient en effet sur des biens divers (diamants d’investissement, hectares de forêt, bovins, timbres, vins, métaux rares…).

Si le gendarme communique de façon croissante sur les arnaques aux placements atypiques, c’est aussi parce que les récentes évolutions réglementaires lui ont facilité la tâche. « La loi Sapin 2, en obligeant les intermédiaires en biens divers à s'enregistrer auprès de l'AMF, nous permet de faire le tri plus facilement et nous aide à repérer les sites frauduleux », explique Claire Castanet. Effectivement, depuis la loi du 9 décembre 2016 relative « à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique » - dite loi Sapin 2 – ces plateformes doivent demander une autorisation de commercialisation et obtenir un numéro d’enregistrement auprès du gendarme. Sans ce précieux sésame, ces sites sont donc dans l’illégalité et l’arnaque plus que probable.

Des sites internet qui s’adaptent pour passer sous les radars

Mais cette réglementation plus stricte n’explique pas, à elle seule, l’augmentation des plateformes hors-la-loi. Alors même que la loi Sapin 2 était déjà en vigueur, seuls 54 sites illégaux avaient fait l’objet d’un signalement entre le 1er janvier et le 5 juillet 2018, soit deux fois moins que sur la même période en 2019. A l’origine notamment de ce récent boom : le contexte persistant de faible rémunération de l’épargne qui incite les investisseurs à se détourner des placements traditionnels. « A cause des taux bas, certains épargnants perdent leurs points de repère. Ils ont en tête des rendements qu'ils obtenaient quand l'inflation était bien plus élevée. Et de nombreuses personnes n’ayant jamais investi sur les marchés financiers tombent également dans le piège », expose la directrice des relations avec les épargnants à l'AMF.

Placements atypiques et cryptomonnaies, nouveaux fers de lance des platefomes illégales

Néanmoins, « le contexte économique actuel ne doit pas cacher le professionnalisme de ces arnaqueurs, les techniques d'influence et de manipulation qu'ils déploient et leur savoir-faire redoutable qui les amènent à contourner la vigilance de leurs victimes, prévient Claire Castanet. Ils corrigent leurs discours pour essayer de passer sous les radars. Ils fractionnent les sommes à investir pour amadouer les épargnants. Ils vous parlent d'épargne de long terme et justifient ainsi le fait qu'il faudra attendre plusieurs mois avant les premiers retours sur investissement. En réalité, cela leur permet évidemment de gagner du temps ».

De nouvelles armes légales pour faire la chasse aux crypto-arnaqueurs

Outre leurs arguments commerciaux, les arnaqueurs font aussi régulièrement évoluer leur offre de faux placements pour attirer l’attention des néophytes. Ainsi, après les diamants - best-seller 2018 des escrocs de l’épargne en ligne – ce sont désormais les crypto-actifs qui attirent les velléités des malfrats. « Durant le premier semestre 2019, les épargnants nous ont signalé pour 37 millions d'euros de pertes dues à des escroqueries financières. A elle seule, la partie cryptomonnaie, qui entre dans notre champ d'actions, y contribue à hauteur de 21 millions », détaille ainsi la porte-parole de l’Autorité des marchés financiers.

Le tryptique « réglementation, prévention et collaboration » pour s'attaquer aux escroqueries

Pour définir en quelques mots les cryptomonnaies (ou crypto-actifs), il s’agit de monnaies électroniques – les plus connues sont le Bitcoin, l’Ether et le Ripple - dont le cours fluctue au gré de l’offre et de la demande. Du coup, en cas de volume d’achats important, c’est l’euphorie garantie ! Mais en cas de ralentissement, la chute des prix est rapide et d’ampleur. Ces placements s’avèrent donc très spéculatifs. Une caractéristique justement recherchée par les escrocs… Ces derniers peuvent ainsi justifier les premières pertes de leurs victimes par la volatilité intrinsèque de leur investissement. C’est aussi parce que le marché des crypto-actifs n’était jusqu’alors que partiellement contrôlé qu’il a ces derniers mois attiré les arnaques. Les intermédiaires entraient dans le giron de l’AMF uniquement s’ils vendaient des crypto-actifs sous forme de biens divers ou de produits dérivés (CFD sur cryptomonnaies). S'agissant des cryptomonnaies vendues en direct, l'AMF ne disposait pas de possibilité légale d'intervention.

Mais le législateur a décidé de sonner la fin de la récréation. A l’image de la loi Sapin 2 de 2016, le gouvernement a doté l’Autorité des marchés financiers d’une nouvelle arme pour lutter contre les arnaques aux crypto-actifs. « Avec la loi Pacte, notre champ d'actions va augmenter », se réjouit Claire Castanet. « Les plateformes d’achat-vente de cryptomonnaies contre monnaie fiat (euros par exemple) devront être enregistrées comme telles et par ailleurs, les épargnants auront comme point de repères les visas optionnels délivrés par l'AMF. »

La coopération pour une régulation plus efficace

La législation facilite l’action de l’AMF. Mais, pour stopper les agissements des escrocs de l’épargne, encore faut-il réussir à repérer au plus vite les plateformes frauduleuses. En ce sens, la ligne téléphonique « Epargne Info Service » est d’une aide précieuse. Véritables baromètres des arnaques du moment, les doléances et plaintes des investisseurs « nous aident à capter les tendances », souligne la directrice des relations avec les épargnants. Les signalements sont ensuite transmis aux équipes opérationnelles de l’AMF, composées d’une dizaine de personnes. Le rôle de ces enquêteurs est de retrouver les plateformes incriminées et ainsi d’alimenter la liste noire des intermédiaires hors-la-loi. En pratique, pour identifier ces acteurs, ils s’appuient sur des outils de veille basés sur des mots clés. « Nous travaillons également sur de nouvelles techniques utilisant l'intelligence artificielle afin de repérer encore plus rapidement les signaux d'alerte », précise Claire Castanet.

En outre, les fraudeurs en ligne ne s’arrêtant pas aux frontières, les régulateurs, dont l’AMF, collaborent au niveau mondial. Ils alimentent, au gré de leurs alertes, un portail commun qui recense l’ensemble des escroqueries en ligne. Au niveau européen, la collaboration se fait plus étroite encore. « Nous coopérons avec nos homologues, notamment sur des marchés proches du nôtre (Belgique, Espagne, Pays-Bas...). C’est le cas aussi pour détecter les usurpations de nom de domaine, par exemple avec le Royaume-Uni. C'est la tendance du moment. Pour attirer leurs victimes, les fraudeurs utilisent des URL proches de prestataires connus et légaux », détaille la porte-parole de l’Autorité française.

Et, pour éviter que les escroqueries se propagent, l’AMF a plus précisément dans son collimateur les publicités sur internet pour les plateformes de placements en ligne. « Nous avons sensibilisé les membres de l'Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) sur les arnaques aux produits d'épargne ; leur vigilance est essentielle pour filtrer les publicités diffusées en ligne », relate ainsi Claire Castanet. Mais, selon cette dernière, « la meilleure prévention, c'est la connaissance de l'épargnant, qu'il comprenne que la martingale sur les marchés financiers n'existe pas ».

Conseils pour éviter les arnaques en ligne

Avant de confier votre argent à un site internet, vous devez vous montrer particulièrement vigilants. Voici quelques conseils :

  • Se méfier des promesses de rendement exceptionnel, surtout si votre interlocuteur vous assure que le placement proposé est peu risqué.
  • Vérifier que la plateforme n’est pas référencée sur la liste noire de l’AMF.
  • Contrôler que l’intermédiaire dispose bien des agréments nécessaires. Concernant la vente de produits financiers, le prestataire doit être répertorié sur l’annuaire du Regafi.
  • Questionner votre interlocuteur pour s’assurer que vous comprenez bien l’objet de l’investissement et obtenir, notamment, le numéro d’agrément de la plateforme d’épargne.
  • Passer un coup de fil à Epargne Info Services au 01 53 45 62 00 que vous envisagiez d’investir ou que vous ayiez déjà investi dans un placement en ligne.

Lire également : 4 conseils pour repérer les escroqueries aux livrets

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© cbanque.com / MEF / Juillet 2019

Commentaires

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Publié le 2 août 2019 à 15h43 - #1abdel
  • 48 ans

Certes il faut faire attention, surtout en l'absence de référent physique (un humain quoi). Je reçoit nombre d'annonces qui vantent les miraculeux gains que je vais avoir grace à tel ou tel investissement simple et modeste.
J'ai l'impression d'avoir à ces moments là, une version light de ce qui se fait sur les marchés financiers et obligataires divers. L'AMF combat ces escroqueries, ha bon ?!... En 2008 l'AMF a pas combattu grand chose pourtant, jusqu'à 40% des liquidités échangées sur le marché mondial a été 'perdu', faute d'encadrement des marchés réglementés.
Les marchés financiers spéculent sur la valeur à venir de tel ou tel placement (blé, or, pétrole, énergie, monnaie, valeur d'actions, club gagnant la coupe des nations, etc.). Et régulièrement il y a des pertes. Des personnes proposent de faux investissements via le web, et nous suivons. Le problème est que les banques le font avec l'argent des autres, et le notre (cf le reportage, Qui a peur de la Deutsche Bank ?). Via internet, ce n'est que notre argent que nous risquons.
L'AMF, plutot que vraiment combattre les 'escrocs' du net, cherche juste a nettoyer la concurrence. Car l'AMF paie un 'droit' d'activité, comme un abonnement, pour pouvoir 'jouer' avec l'argent des autres, et le perdre sans risques. Quand un trader perd de l'argent, ce n'est pas le sien, mais quand il en gagne, il prend sa marge (comme un notaire lors d'une vente immobilière).
Bref, L'AMF ferait mieux de publier ses comptes, TOUS ses comptes, avec le détail, y compris les évasions fiscales. Là l'AMF pourrait ensuite jouer les chevaliers, pour l'instant c'est juste du baratin.

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Publié le 3 août 2019 à 10h20 - #2bg57
  • Homme

@abdel : commentaire complètement hors sujet, l'AMF n'est pas une banque , ne réalise aucun placement, et n'est donc en concurrence avec aucun autre établissement bancaire. Ce commentaire est typique de quelqu'un qui méconnait les marchés financiers, et se fera donc escroquer facilement . Bon courage pour la suite !

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