Electricité : que vaut vraiment l'offre Zen à moins 30% d'EDF ?

Homme tenant une ampoule allumée
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Une électricité 30% moins chère trois jours par semaine : c’est le principal argument, plutôt alléchant, de « Mes Jours Zen », la nouvelle offre lancée par EDF le 20 juin. La réalité est-elle à la hauteur de la promesse ? Nous sommes allés vérifier.

Ça ne vous aura sans doute pas échappé : depuis le 1er juin dernier, l’électricité coûte plus cher en France. A cette date, les tarifs réglementés d’Electricité de France (EDF) ont en effet bondi de 5,9%. En clair, si comme plus de 25 millions de foyers français, vous payez votre électricité au « tarif bleu » d’EDF, votre facture va sensiblement augmenter. Et ce n’est sans doute pas fini.

C’est dans ce contexte qu’EDF a récemment dévoilé sa nouvelle offre tarifaire, commercialisée depuis le 20 juin. Baptisée « Mes Jours Zen », elle fait partie des offres dites « de marché » du fournisseur historique, destinées à ralentir l'exode des clients vers les fournisseurs alternatifs low cost. Et elle arrive avec un argument massue : une réduction de 30% sur le prix de l’électricité.

+5,9% d’un côté, -30% de l’autre : comment le fournisseur public parvient-il à réaliser cet exploit tarifaire ? Au prix d’un petit tour de passe-passe.

A quoi ressemble la nouvelle offre ?

La « première offre d’électricité qui s’adapte [au] style de vie » des Français » : c'est ainsi que Fabrice Gourdellier, directeur du marché des particuliers d’EDF, vend « Mes Jours Zen ». Son principe est simple : en souscrivant, vous bénéficiez d'une réduction de 30% sur le prix du kWh :

  • le week-end dans le cadre de « Mes Jours Zen » ;
  • le week-end plus un autre jour de la semaine (lundi, mercredi ou vendredi) dans le cadre de « Mes Jours Zen Plus ».

Moduler les tarifs selon le moment où l’on consomme son électricité. Ce fonctionnement rappelle celui de l’option « heures creuses » qui équipe encore une majorité des foyers français : durant 8 heures par jour, à des horaires choisis par Enedis, le gestionnaire du réseau électrique - le midi et la nuit, en général -, vous bénéficiez d’une ristourne tarifaire, tandis qu’en heure pleine, le prix du kWh est un peu plus élevé. Intérêt : déplacer sur ces heures creuses l’utilisation de certains appareils particulièrement voraces, comme les ballons d’eau chaude.

L’offre « Mes Jours Zen » - qui est d’ailleurs cumulable avec l’option « heures creuses » - reprend ce principe, à l’échelle non pas d’une journée mais de la semaine. La cible est claire : « Avec le développement du télétravail et de l’auto-entreprenariat, les rythmes scolaires majoritairement repassés à la semaine de 4 jours et les week-ends décalés des artisans et commerçants, nombreux sont les Français qui passent désormais une journée par semaine à leur domicile, en plus du week-end », explique EDF.

Ma facture va-t-elle réellement diminuer de 30% ?

30% d’économies : la promesse est alléchante. Elle est toutefois légèrement trompeuse. Si la communication d’EDF est très claire sur le fait que la réduction ne s’applique que le week-end et, éventuellement, un 3e jour choisi, elle l’est en revanche un peu moins sur l'assiette de cette réduction. Elle ne s’applique en effet que sur le prix hors taxes du kWh. Pas sur le prix de l’abonnement donc, qui est d’ailleurs plus élevé, d’une vingtaine d’euros par an, avec « Mes Jours Zen » qu’avec le tarif bleu. Et pas sur les taxes évidemment, qui pèsent pour environ un tiers de la facture : TVA, taxes sur la Consommation Finale d'Électricité (TCFE), contribution au Service Public de l'Électricité (CSPE), etc. Au final, la réduction de 30% ne s’applique donc que sur un peu plus de la moitié du montant réellement payé.

Ensuite, la référence prise pour afficher cette réduction n’est pas le tarif réglementé, c’est-à-dire le prix « normal » de l’électricité pour la grande majorité des Français, mais le tarif heures pleines appliqué dans le cadre de « Mes Jours Zen ». Et celui-ci est généralement supérieur au tarif bleu.

Exemple. Pour un foyer disposant d’une puissance de 6 kVA, le prix TTC du kWh avec l’offre Mes Jours Zen Plus est de :

  • 0,1798 € en heures pleines (HP) semaine ;
  • 0,1375 € en heures creuses (HC) semaine ;
  • 0,1375 € également le week-end et le jour de réduction choisi.

Avec le tarif réglementé :

  • 0,1701 € TTC en HP ;
  • 0,1317 € TTC en HC.

Ainsi, pour une consommation annuelle de 7 500 kWh, dont 48% en heures creuses, la facture annuelle est, selon les critères retenus par le comparateur du médiateur de l'énergie, de 1 260 euros avec le tarif bleu, et de 1 265 euros avec Mes Jours Zen Plus. On est loin des 30% de ristourne.

Dans quel cas est-ce intéressant ?

Cela ne signifie pas pour autant que « Mes Jours Zen » n’est jamais intéressante. « Pour une consommation moyenne, [la nouvelle offre] est au niveau du tarif réglementé de vente », admet Fabrice Gourdellier, directeur du marché des particuliers d’EDF. Mais le jeu peut en valoir la chandelle, à condition de pouvoir déplacer massivement sa consommation d’électricité - machines à laver, sèche-linge, lave-vaisselle, aspirateurs, etc. - sur les jours à prix zen : le week-end et le mercredi ou le lundi, par exemple. Dans ce cas, EDF promet qu’un foyer de 2 adultes et 2 enfants vivant dans 200 mètres carrés, peut « très facilement » économiser 100 euros par an.

Ce ne sera évidemment pas mieux qu’en migrant vers les plus agressifs des fournisseurs alternatifs. Mais c'est, toujours selon EDF, le « prix de la qualité de service » offerte par l'acteur de référence du marché.

Y a-t-il des contraintes ?

Dernier point : accéder à l’offre « Mes Jours Zen » nécessite de remplir deux conditions. La première : être équipé d’un compteur Linky, nécessaire pour « appliquer des prix différents à la consommation réelle des jours choisis », explique EDF.

La seconde : dire au revoir aux tarifs réglementés de l’électricité, fixés par les pouvoirs publics et appliqués uniquement par le fournisseur historique, EDF, et les entreprises locales de distribution (ELD). Les tarifs de « Mes Jours Zen » sont ainsi fixés par contrat passé entre le fournisseur et l’usager et peuvent évoluer, à la hausse ou à la baisse, jusqu’à 2 fois par an après information du client. Rappel toutefois : si l'opération ne s'avère pas intéressante, il reste toujours possible de basculer à nouveau vers le tarif bleu.

La CLCV attentive aux nouvelles offres d’EDF

Que pensent les associations de consommateurs des offres « de marché » d’EDF ? « Nous sommes attentifs à toutes les nouvelles offres, et à leur présentation », explique Vincent Licheron, chargé de mission environnement à la CLCV. « Avec la hausse récente des prix de l’électricité, les consommateurs vont être de plus en plus tentés de comparer les offres, et ils doivent pouvoir le faire de la manière la plus claire possible. »

L’association rappelle également son attachement au tarif bleu : « EDF est libre de proposer des offres de marché. Mais nous pensons que l’existence de tarifs réglementés reste essentielle pour les Français. »

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© cbanque.com / VM / Juin 2019

Commentaires

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Publié le 28 juin 2019 à 15h56 - #1endiendo
  • Homme
  • 68

Ouai, donc a moins de consommer énormément, il n'y aucun intérêt.. le faible intérêt est compensé par la hausse de l'abonnement et des heures pleines...
Vivement lautoproduction et autoconsommation, au revoir taxes, et retour a l'abonnement d'appoint le moins cher.

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Publié le 28 juin 2019 à 17h47 - #2Collectif REC
  • Homme
  • Paris
  • 59 ans

Moi je dis que ce genre de communication, c'est ni + ni - que de la publicité mensongère qui devrait être sanctionné !

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