Le Bon Coin, Airbnb, Blablacar, Drivy, Uber : comment déclarer vos gains aux impôts

Centre des impôts
DR - Origine : Direction générale des Finances publiques

Vous louez votre appartement sur Airbnb ? Vous prenez des covoitureurs avec Blablacar ? Vous revendez fréquemment des biens d’occasion sur Le Bon Coin ? Selon vos motivations et le montant de vos gains, vous êtes tenu de les faire remonter à l’administration fiscale. Quelles sont ces recettes assujetties à l'impôt sur le revenu et comment les déclarer ?

Près d’un Français sur 3 est inscrit sur au moins une plateforme d’économie collaborative, d’après le dernier Observatoire de Mediametrie. En cette période de déclaration de revenus, nombreux doivent donc être les internautes à s’interroger sur la nécessité ou non de reporter les ressources tirées de ces plateformes. Et la réponse à cette question n’est pas simple, puisque cela dépend de la nature de l’activité, du montant des revenus générés et du régime d’imposition choisi… Pour vous faciliter la tâche, on vous explique, si cela est nécessaire, comment signaler à l’administration fiscale vos gains.

Airbnb : les revenus (presque) toujours à déclarer

Sur Airbnb, vous louez votre logement à d’autres particuliers. Il s’agit donc d’une activité commerciale, de location de biens meublés, qui nécessite que vous déclariez vos gains aux impôts. Il existe néanmoins deux cas d’exonération. Premièrement, si vous louez tout ou partie de votre résidence principale, de manière saisonnière, pour un gain inférieur à 760 euros par an, alors vous n’avez pas à l’indiquer au fisc. Il en va de même si, tout en occupant votre logement cette fois, vous en louez une partie à un prix plafonné, qui dépend de sa localisation. Ce plafond est ainsi de 182 euros par an et par mètre carré en Ile-de-France.

Dans les autres situations, vos recettes sont imposées dès lors qu'elles dépassent 305 euros par an. Pour les déclarer, vous avez deux options : vous faciliter la vie en optant pour le régime dit « micro BIC » (bénéfices industriels et commerciaux) ou optimiser votre fiscalité en choisissant le régime réel. Cette seconde option est obligatoire dès lors que vos chiffre d'affaires dépassent 70 000 euros par an, ce qui est, a priori, rarement le cas pour un particulier louant ponctuellement son appartement sur Airbnb.

En pratique, avec le micro BIC, vous avez simplement à reporter vos recettes en case 5ND « locations meublées » du formulaire 2042 C pro, un document complémentaire à celui que vous avez l’habitude de compléter pour vos revenus salariés et de placements. Par la suite, l’administration fiscale applique un abattement forfaitaire de 50% sur ces ressources, censé compenser vos diverses charges. Autrement dit, si en 2018 vous avez gagné 4 000 euros en louant votre maison sur Airbnb, vous devez indiquer « 4 000 » ligne 5ND, mais vous ne serez taxé que sur 2 000 euros.

Toutefois, si vous êtes un comptable dans l’âme ou si vos gains se rapprochent du plafond de 70 000 euros, vous aurez probablement intérêt à passer au régime réel, comme nous l’explique Céline Roux, consultante chez Fidroit : « Le problème du régime du micro BIC est qu’il ne permet pas de bénéficier d’un avantage fiscal propre à la location meublée : la possibilité d’amortir le prix d’achat du bien ». Au réel, vous pouvez en effet déduire de vos recettes certaines dépenses qui incombent aux propriétaires et qui peuvent dépasser l’abattement automatique, à savoir la taxe foncière, les travaux et surtout l’amortissement du logement. Ces charges peuvent être soustraites en totalité si vous n’occupez jamais le bien ou au prorata de la durée de mise en location, si son usage est mixte.

Mais, « c’est tellement compliqué de calculer des proratas de charges que, pour éviter de se faire retoquer par l’administration fiscale, les bailleurs optent pour le micro BIC », nuance la fiscaliste. Outre la nécessité de conserver la totalité des justificatifs de charges et de recettes, le régime réel nécessite surtout de tenir une comptabilité. Si le loueur fournit des prestations annexes, comme la préparation d’un petit-déjeuner, il devra en sus prélever de la TVA, « ce qui nécessite souvent de se faire aider d’un comptable », avertit Céline Roux. Si vous souhaitez tout de même vous frotter au régime réel, vous devez remplir une déclaration professionnelle 2031-SD.

Drivy : même traitement fiscal que les revenus sur Airbnb

Quid de la location de sa voiture sur Drivy ou sur Ouicar ? Le fisc considère qu’il s’agit aussi d’une activité commerciale et donc taxe les revenus ainsi perçus. Les règles sont les mêmes que celles précédemment évoquées : vous avez le choix entre micro BIC et régime réel. Mais, pour Céline Roux, « il faut vraiment que les frais soient très importants pour que le réel devienne intéressant… au micro BIC, l’abattement de 50% permettant déjà de déduire plus que la prime d’assurance ». Avec le micro BIC, les recettes sont à indiquer en case 5NP sur la déclaration 2042 C pro.

Cotisations ou prélèvements sociaux : cela dépend des gains et de la plateforme

Sur Airbnb, les recettes sont soumises aux prélèvements sociaux de 17,2%. Par contre, si celles-ci dépassent 23 000 euros, elles sont assimilées à des revenus professionnels sur lesquels vous devez alors payer des cotisations sociales. Et, dans ce cas, le pourcentage prélevé peut grimper à 40%.

Lorsque vous louez votre véhicule, la même distinction s’opère. Petit loueur, vos revenus sont soumis aux prélèvements de 17,2%. Gros utilisateur, ce sont les cotisations sociales qui s’appliquent. Mais le revenu de bascule est nettement plus faible, à 7 946 euros de recettes annuelles.

Blablacar : pas d’impôt dans le cadre d’un partage de frais

En revanche, les gains des utilisateurs d'une plateforme comme Blablacar ne sont pas fiscalisés. Le covoiturage est en effet fiscalement neutre, si cela reste dans le cadre d’un partage des frais. Dans le détail, pour ne pas être taxé, vous devez faire le trajet aussi pour votre propre compte, une partie des frais occasionnés (carburant et péage) doit rester à votre charge et le prix total ne doit pas excéder le barème kilométrique. Ces trois caractéristiques sont remplies en passant par une plateforme de covoiturage. « C’est en revanche ce qui distingue les covoitureurs sur Blablacar des chauffeurs sur Uber qui réalisent, eux, une activité commerciale et qui sont donc taxés », détaille la consultante de Fidroit.

Uber : des revenus taxés au-delà de 305 euros par an

Les chauffeurs inscrits sur Uber sont assujettis soit au régime du micro BIC, avec un abattement de 50% (gains inférieurs à 70 000 euros), soit au régime réel (obligatoire si les revenus dépassent 70 000 euros). En optant pour le régime simplifié, les recettes sont à reporter case 5NP « prestation de services » du formulaire 2042 C pro. En cas de revenus annuels inférieurs à 305 euros, l’administration fiscale ne prélève pas d’impôts.

Le Bon Coin : seuls les revendeurs professionnels sont fiscalisés

Vous revendez votre machine à laver, les habits de votre nouveau-né désormais trop petits ou encore votre vieille voiture ? Rassurez-vous, le fisc ne prendra rien sur ces gains. Résultat, la plupart du temps, les revendeurs particuliers n’ont donc pas à reporter dans leur déclaration de revenu l’argent de la revente d’objets ayant déjà servi.

Seules exceptions : si vous cédez des métaux précieux, ou, pour un montant supérieur à 5 000 euros, des bijoux, des objets d’arts, des antiquités et tout objet d’occasion autre que de l’électroménager, des meubles ou une auto. Dans ce cas, vous devez remplir un imprimé spécifique (2091 ou 2092 selon les cas) et êtes imposé à hauteur de 11% du prix de revente ou de 19% sur la plus-value réalisée, si vous êtes capable de la prouver.

De même, les vendeurs professionnels sur les sites de petites annonces - c’est-à-dire les personnes qui achètent ou fabriquent des biens dans le seul but de les revendre - sont eux taxés dès que leurs gains annuels dépassent 305 euros. Si c’est votre cas, vous pouvez opter pour le régime du micro BIC dès lors que vos recettes sont en-deçà de 170 000 euros par an. En pratique, vous devez le plus souvent porter vos revenus ligne 5NO sur la déclaration complémentaire 2042 C pro, ce qui vous fait bénéficier d’un abattement pour frais de 71%. Ainsi, concrètement, si vous gagnez 10 000 euros sur Le Bon Coin par an, l’administration fiscale calcule votre impôt sur 2 900 euros seulement.

Sur Le Bon Coin, vous pouvez aussi proposer des services contre rémunération tels du soutien scolaire, des cours de cuisine ou de musique... Ces revenus sont aussi taxés dès le premier euro, rappelle enfin Céline Roux. « Selon l’activité, ils sont imposés soit comme des bénéfices industriels, soit comme des bénéfices non commerciaux ».

5NO, 5ND, 5NP… Des cases pré-remplies à partir de 2020

A partir de l’année prochaine - la campagne 2020 de l’impôt sur les revenus de 2019 - les plateformes collaboratives devront déclarer à l’administration fiscale les revenus de leurs utilisateurs, s’ils dépassent 3 000 euros et si le nombre de transactions est supérieur à 20 dans l'année. Le fisc pourra donc pré-remplir les cases concernées. Les plateformes devront également faire parvenir à leurs utilisateurs une sorte d’imprimé fiscal unique pour les revenus collaboratifs, c'est-à-dire un relevé des opérations à reporter sur leurs déclarations de revenus.

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© cbanque.com / MEF / Mai 2019

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