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Placement : les 6 faiblesses de l'épargne salariale

Prélèvement à la source bulletin salaire
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La semaine de l'épargne salariale, qui débute lundi 25 mars, est l'occasion de se pencher sur ce dispositif : fiscalement avantageux, il présente aussi quelques faiblesses.

Les primes de participation ou d’intéressement, faut-il les placer ou les épargner ? Le principal avantage de l’épargne salariale est d’ordre fiscal : placer cette somme sur un Plan d’épargne entreprise (PEE), ou un Perco, vous exonère d’impôt sur le revenu, à condition de maintenir le pécule sur le PEE pendant 5 ans, ou jusqu’à la retraite pour le Perco. En outre, le PEE s’avère plutôt souple : vous pouvez retirer les sommes avant le fameux cap des 5 ans, et sans pénalité fiscale, en cas de mariage, de Pacs, de naissance d’un 3e enfant, de divorce, d’achat ou de travaux sur la résidence principale, etc. Des cas de sortie anticipée plus simples que les rares cas du Perco. L’avantage fiscal vaut d’ailleurs aussi pour l’employeur, qui peut déduire les versements d’intéressement ou de participation de l’impôt sur les sociétés. Fiscalement favorisée, l’épargne salariale n’est pourtant ni le plus souple ni le plus rentable des placements.

1 – Un placement risqué… subi

Un plan d’épargne salariale est un produit d’épargne risqué : vous pouvez perdre une partie de votre capital. Mais, de fait, le procédé de souscription est bien différent que celui d’un Plan d’épargne en actions (PEA), ou de supports en unités de compte de l’assurance vie. Car c’est à votre employeur – ou au service ressources humaines de votre entreprise, ou au gestionnaire prestataire – que vous indiquez votre choix concernant le placement, ou non, de votre participation ou intéressement annuel.

« Le questionnaire de risque n’est pas obligatoire »

Le choix de placement ne passe donc pas par un rendez-vous avez un conseiller financier. Il faut donc réaliser un double arbitrage (placer ou non, puis comment placer) en toute autonomie. Et, le plus souvent, sans passer par un questionnaire destiné à déterminer votre profil de risque : « Le questionnaire de risque n’est pas obligatoire car l’épargne salariale est régie par le code du travail, et non par le code monétaire et financier, à la différence des autres placements financiers », explique Sébastien d’Ornano, président de Yomoni, fintech qui vient de lancer une offre visant TPE et PME.

Attention : l’information sur le caractère risqué du placement existe, notamment sur le site du gestionnaire du plan. Et l'employeur – ou le teneur de compte de l’épargne salariale – est tenu de fournir des notices (DICI) pour chaque fonds, avec degré de risque, composition du fonds, performances récentes… Mais, bien souvent, le salarié néophyte doit se plonger seul dans la lecture ardue de ce DICI. Une question ? En l'absence de conseil personnalisé de la part du gestionnaire ou d'aide de la part de l'employeur, il se tourne vers ses collègues, qui s'improvisent alors conseillers financiers...

2 – L’absence de choix du gestionnaire de l’épargne

Natixis Interépargne (groupe BPCE), Amundi (groupe Crédit Agricole), CM-CIC ES (groupe Crédit Mutuel Alliance fédérale), Société Générale, BNP Paribas Epargne & Retraite Entreprises… Tels sont les principaux teneurs de compte en France, autrement dit ceux qui gèrent entrées, sorties et arbitrages sur les plans d’épargne salariale.

Quand vous voulez ouvrir un PEA ou une assurance vie, vous pouvez choisir votre gestionnaire. Pour l’épargne salariale, l’identité du teneur de compte dépend du choix de votre entreprise, qui opte pour un teneur de compte pour l’ensemble de ses salariés. « L’épargne salariale, ça se transfert ! » insiste toutefois Sébastien d’Ornano, de Yomoni, mais à condition de convaincre son employeur : « Un salarié averti peut proposer un transfert vers un autre gestionnaire à l’employeur. Dans une TPE ou une PME, il peut être écouté. »

3 – Un panel de fonds souvent limité

Un fonds monétaire, un fonds obligataire, tous deux peu risqués mais actuellement très peu rémunérateurs. Un fonds « équilibre », à l’allocation diversifiée. Puis quelques fonds avec un potentiel supérieur, mais aussi plus risqués : un fonds « actions internationales », un fonds « actions européennes », et un fonds ISR (investissement socialement responsable). Voici, en simplifiant, le panel de fonds (FCPE) sur lesquels les salariés sont le plus souvent invités à répartir leur épargne.

« Dans 95% des cas, le choix par défaut, c’est le fonds le moins risqué »

Avec un conseil minimal, donc. Résultat : selon les statistiques de l’AFG (1), les fonds monétaires et obligataires font quasi jeu égal avec les fonds « mixtes » et les fonds actions en termes d’encours. Pourtant, les fonds monétaires et mêmes obligataires stationnent à 0% voire en négatif depuis plusieurs années. Si bien que l’on voit en évidence un « warning » sur le site de la semaine de l’épargne salariale : « Aujourd’hui, les rendements des supports monétaires ne permettent plus de préserver le capital. » Problème : « Souvent, les bénéficiaires prennent le choix par défaut » au moment de répartir leur intéressement ou participation, comme l’explique Olivier de Fontenay, associé fondateur du cabinet spécialisé Eres. « Or, dans 95% des cas, le choix par défaut, c’est le fonds le moins risqué : du monétaire ou de l’obligataire. »

La solution ne passe toutefois pas par une « offre pléthorique » de fonds pour Sébastien d’Ornano, de Yomoni : « Cela convient à un public aguerri, or l’épargne salariale s’adresse au plus grand nombre. La simplicité doit s’imposer : si on vous propose de multiples fonds, vous risquez de ne pas réussir à faire de choix. Le vrai sujet, c’est d’avoir conscience des risques de chaque support, et de choisir en tenant compte de l’horizon de placement, qui s’inscrit souvent sur le long terme. » Mieux informer les salariés épargnants, donc.

4 – Une épargne parfois rognée par les frais

Quelle est la différence entre un FCPE, la famille de fonds dominante de l’épargne salariale, la Sicav, que l’on retrouve dans le PEA, ou le support en unités de compte de l’assurance vie ? « Ce sont des véhicules réglementaires différents, mais la gestion sous-jacente peut être la même, pour deux véhicules pilotés sur la même thématique par le même gestionnaire », explique Sébastien d’Ornano, de Yomoni. « En revanche, s’ils n’ont pas été négociés, les frais des FCPE peuvent être plus élevés, et je ne parle pas des frais d’entrée ! »

« Les TPE et PME sont les parents pauvres de l’épargne salariale »

Sur ce point, la qualité de l’offre va surtout dépendre de la taille de l’entreprise selon Sébastien d’Ornano : « Dans les grandes entreprises, un service va parfois chercher à valoriser le dispositif d’épargne salariale. Par de l’accompagnement, mais aussi en négociant au mieux avec la banque, ce qui va permettre d’abaisser les frais appliqués. En revanche, les TPE et PME sont les parents pauvres de l’épargne salariale, car elles sont moins en position de négocier, et parce que le chef d'entreprise manque souvent de temps pour s'en occuper. »

5 – Un placement dont on se souvient une fois par an

Une fois par an, le titulaire d’un PEE, PEI ou Perco reçoit son relevé annuel, par email ou par courrier. Et c’est parfois la désillusion, en particulier pour les relevés arrêtés au 31 décembre 2018, la pire année du CAC 40 depuis 2011 ! Les épargnants salariés ayant essuyé des pertes sur l’année 2018 sont évidemment nombreux…

Les teneurs de compte mettent à disposition des épargnants salariés un espace personnel, où ils peuvent revoir leurs arbitrages avec le panel de fonds disponibles. Comme pour tout placement à risque, la réussite d’un PEE ou Perco passe souvent par la diversification. Mais il ne faut pas forcément tout changer à la lecture d’un mauvais relevé annuel : « Le relevé, c’est uniquement une photo de la performance des fonds au 31 décembre ! Il ne faut pas se précipiter », conseille Olivier de Fontenay, d’Eres. « Il faut regarder les performances sur le plus long terme : dans le relevé, les gestionnaires indiquent généralement les historiques sur 3 ou 5 ans. »

Lire aussi : Comment revoir ses placements sur un plan d’épargne salariale

Tout le monde n’a toutefois pas l’âme d’un boursicoteur pour élaborer son allocation financière. La gestion pilotée, qui permet de déléguer les arbitrages à un expert, se développe pour l’épargne salariale, en particulier sur le Perco, placement orienté vers la retraite. Les acteurs alternatifs tels que Yomoni ou Eres proposent des offres de gestion pilotée. Les plus gros gestionnaires d’épargne salariale développent désormais eux aussi des outils de diversification accessibles à tous. Natixis Interépargne vient ainsi de lancer un robot-conseiller, ou « service de conseil personnalisé digital », à l’image d’Amundi, qui a lancé un « robo-advisor » proposant une allocation ou réallocation en fonction de « l’horizon de placement et/ou du profil épargnant », plus ou moins sensible au risque.

6 – Un placement à ne pas oublier au départ de l’entreprise

Vous quittez votre entreprise ? N’oubliez pas votre plan d’épargne salariale ! Tant que vous êtes en poste, les frais de gestion du PEE ou Perco sont légalement à la charge de l’entreprise. Qui n’est plus tenue de les payer après votre départ… Pour éviter de vider le plan à cause des frais annuels, mieux vaut donc demander le déblocage anticipé du PEE au motif du départ de l’entreprise, ou un transfert pour un Perco.

Lire aussi : Intéressement et participation : que change votre départ de l'entreprise ?

(1) Association française de la gestion financière.

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© cbanque.com / BL / Mars 2019