Livret A : les épargnants ont-ils vraiment perdu 4 milliards d'euros ?

Livret A
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Si le Livret A et le LDD avaient été rémunérés au niveau de l’inflation, les Français auraient récupéré 4 milliards d’intérêts supplémentaires en 2018. C’est vrai ! Mais, au regard du contexte économique, le taux d'intérêt du Livret A, en tant que produit garanti et totalement liquide, est aujourd'hui imbattable.

Rappel des faits. Début janvier, la CLCV s’insurgeait contre le taux actuel du Livret A. Selon l’association de consommateurs, en 2018, les épargnants auraient perdu 3,6 milliards d’euros à cause du blocage à 0,75% du taux du Livret A. Pour arriver à ce chiffre, le CLCV a comparé les intérêts générés l’année dernière par l’épargne placée sur les Livrets A et les Livrets de développement durable (LDD) aux revenus qui auraient pu être versés aux Français si ces livrets avaient été rémunérés au taux de l’inflation. Dans le détail, si l’on refaisait aujourd’hui le calcul de l’association, avec le taux d’inflation de 2018 récemment communiqué par l’Insee, la perte grimperait même à 4 milliards d’euros (1).

Pourquoi l'inflation est mauvaise pour votre épargne ?

La hausse des prix détériore le pouvoir d'achat de l'argent. Si votre épargne est placée sur un produit qui rapporte moins que l’inflation, vous pourrez acheter moins de biens et de services avec votre argent que précédemment. Concrètement, en plaçant 1 000 euros à 0,75%, au bout d'un an le solde de votre livret affiche 1 007,50 euros. Mais si, pendant ce temps là, les prix ont augmenté de 2% en moyenne, c'est comme si vos 1 007,50 euros capitalisés ne valaient en fait que 988 euros... Autrement dit, économiquement, vous auriez mieux fait de dépenser vos 1 000 euros de suite que de les épargner pendant un an.

La comparaison du taux du Livret A avec l’inflation apparaît de prime abord évidente… « La mission historique du Livret A, c’est de protéger l’épargne des ménages de la hausse des prix », entend-on fréquemment. Mais sommes-nous certains de cela ? S’il est effectivement vrai que l’inflation est néfaste pour l’épargne (cf encadré ci-dessus), il est par contre erroné d’affirmer que l’objectif « traditionnel » asséné au Livret A est d’empêcher la dévalorisation de l’épargne des ménages.

Une propriété récente et temporaire du Livret A

La faculté du Livret A à servir à tout moment un taux au moins égal à l’inflation remonte en fait à… 2008, date à laquelle il a été introduit dans la méthode de calcul de son taux un plancher : le taux d’inflation. C'était également une époque où le rendement de l'épargne dépassait largement l'inflation. Une époque aujourd'hui révolue et qui a conduit en 2017 le gouvernement à revenir sur ce principe en gelant jusqu’en 2020 la rémunération du Livret A, peu importe l’évolution des prix. Autrement dit, cette couverture contre l’inflation ne correspond finalement qu’à une parenthèse d’une dizaine d’années, soit pas grand-chose à l’échelle d’un produit bicentenaire comme le Livret A.

Au printemps 2018, sa méthodologie de calcul a à nouveau fait l’objet d’une réforme. Un nouveau taux plancher, également totalement indépendant de l’inflation, a notamment été adopté. Il est de 0,50%, et pourra s’appliquer à partir de février 2020, en attendant le taux du Livret A (comme du LDD) reste figé à 0,75%.

L’absence d’un plancher inflation ne signifie pas pour autant que le Livret A ne peut pas servir une rémunération supérieure à la hausse du niveau des prix. A partir de l’année prochaine, si l’inflation passe en-deçà de 0,50%, comme cela a été le cas entre mars 2014 et octobre 2016, le rendement du Livret A fera, de fait, mieux que l’inflation. Ce scénario pourra aussi se produire si l’Eonia – indicateur interbancaire européen pris en compte dans le calcul du taux du Livret A – rattrape le taux d’inflation. Ce qui était fréquent avant 2009, le ralentissement de la croissance économique et l’amorce de la politique monétaire accommodante de la Banque centrale européenne.

A lire aussi : Le taux aurait dû passer à 1,50% au 1er août 2018

Le Livret A, 3 fois mieux rémunéré que les livrets des banques

Ironie du sort, c’est justement ce contexte économique particulier - caractérisé par la faiblesse des taux d’intérêt - qui récemment a donné un nouvel élan aux livrets réglementés. En 2017, pourtant rémunérés moins que l’inflation, les Livrets A et les LDD ont attiré 15 milliards d’euros supplémentaires, soit leur meilleure collecte depuis 2013. A l’inverse, en 2014, alors que l’inflation atteignait 0,5% et ces deux livrets étaient rémunérés 1%, les Français avaient retiré plus de 2 milliards d’euros de ces supports.

L’explication : l’érosion des rendements des placements équivalents. En effet, alors que le taux du Livret A est resté plutôt stable ces dernières années, la rémunération des livrets des banques a chuté fortement, passant de 1,22% en moyenne en février 2014 à 0,26% en novembre 2018. Qui plus est, ce taux d’intérêt moyen des livrets bancaires est brut, c’est-à-dire servi avant la déduction des prélèvements sociaux et fiscaux, alors que les 0,75% du Livret A sont, eux, nets d’impôts.

La baisse des taux d'intérêt n'est cependant pas qu'une mauvaise nouvelle. Cela diminue le coût du crédit et permet aux emprunteur d'emprunter à un taux qui peut être inférieur à l'inflation dans certains cas, notamment pour les prêts immobiliers de courte durée.

Consulter aussi : Taux du Livret A et évolution de son mode de calcul

(1) 387 milliards d’euros d’encours rémunérés au taux d’inflation de 1,8% pour 2018 – 387 milliards multipliés par 0,75%, le taux actuel de l’épargne réglementée.

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© cbanque.com / MEF / Janvier 2019

Commentaires

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Publié le 17 janvier 2019 à 13h11 - #1Petit louis
  • Homme
  • 67 ans

...c'est pourquoi, l'assurance vie a encore de beaux jours devant elle.
Et pour ne pas perdre de l'épargne(parfois ,difficilement accumulée), le taux de l'assurance vie-en 2018- doit être de 2.24% net de frais de gestion.

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Publié le 18 janvier 2019 à 14h49 - #2replay001

La France est sans doute le dernier pays communiste sur terre. Tout est bon pour transférer vers d'autres, l'argent des classes moyennes moyennes.

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Publié le 18 janvier 2019 à 15h02 - #3biche touflaye
  • Homme

Donc on est bien d'accord, 4 milliards de volés aux Français en une année, un taux maintenu à 0,75 face à une inflation de 1,8%, mais il faut qu'on soit content parce qu'ING, par exemple, rémunère son livret orange à 0,05 brut... merci Cbanque pour cette info !

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Publié le 18 janvier 2019 à 15h28 - #4Ete

La France est sans doute le dernier pays sur Terre où la définition du communisme reste inconnue des internautes.

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Publié le 21 janvier 2019 à 10h14 - #5clara1949
  • Femme
  • Basse-Normandie
  • 70 ans

De toutes façons on se fait couillonner à tous les niveaux. Depuis que nous somme dans l'U.E. pour quelles raisons les prix ont explosé et surtout en ce qui concerne la nourriture : fromages, fruits, légumes etc.. etc.. ce qui coûtait 1 franc coûte maintenant 1 euro, faites le calcul et ce qui me sidère c'est que je n'ai vu cette remarque que très peu souvent sur les forums. Nous ne voulions pas de l'U.E. parce que les français ne sont pas si bêtes qu'on veut le faire croire, mais Sarko a cru bon de s'assoir dessus. L'avenir ? je le vois très noir.

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Publié le 21 janvier 2019 à 13h39 - #6Petit louis
  • Homme
  • 67 ans

...non seulement le livret A ne couvre pas les 1.85% du taux moyen annuel d'inflation,
mais en plus les smicards se font -aussi-avoir avec 1.5% d'augmentation du Smic...sans parler des retraités(0.3 et 0.6% d'augmentation, et pour certains la CSG à 1.7%).
On peut comprendre ,alors, le profond mouvement de colère et de révolte que le gouvernement tente de calmer par un large débat pipé ...et dont les gilets jaunes n'en sont qu'un pâle reflet!

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Publié le 21 janvier 2019 à 22h00 - #7Dr_No
  • Homme

"ce qui coûtait 1 franc coûte maintenant 1 euro", euh faut quand même pas pousser, en tout cas pas depuis 2000. Depuis 1970 oui, mais c'est "normal", cela s'appelle l'inflation qui était particulièrement forte de 1970 à 1985. Par contre je suis bien d'accord que certains du secteur privé, commerçants en particuliers, en ont profité pour bien se gaver sur notre dos au passage de l'euro, et ce quoi qu'en disent les politiques (qui évidemment défendent la monnaie et nieront coûte que coûte tout impact du passage à l'euro sur l'inflation). La boulangère au bas de chez moi avait profité du passage à l'euro pour augmenter du jour au lendemain le prix de la baguette de pain de 20%, rien que ça! Je n'y suis plus jamais retourné! Par contre elle a entourloupé tous ceux qui se perdaient dans le calcul du passage à l'euro, notamment les anciens, quelle honte!

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