Assurance auto : faut-il succomber au « pay as you drive » ?

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Diminuer la cotisation payée grâce à la prise en compte de l’usage réel de son véhicule, telle est la promesse des assurances auto au kilomètre (« pay as you drive ») ou basées sur le comportement du conducteur (« pay how you drive »). Comment ces assurances fonctionnent-elles ? A qui s’adressent-elles ? Sont-elles vraiment économiques ? Décryptage.

Lancée il y a une dizaine d’années dans l’Hexagone, l’assurance connectée reste encore confidentielle, en atteste le faible nombre d’assureurs proposant ce type de formules. Pour autant, ce marché est amené à croître rapidement, estime Deloitte. Le cabinet de conseil considère en effet qu’il pourrait représenter en France plus de 2 milliards d’euros en 2020, soit 12% des primes d’assurances auto payées. Un marché prometteur, donc, mais aussi pluriel. Car l’assurance auto connectée recouvre deux types de contrats.

Première apparue, l’assurance auto au kilomètre, dite « pay as you drive » (ou payez comme vous conduisez). Proposée entre autres par Boursorama, GMF et Altima, filiale de la Maif, elle permet au conducteur d’indexer sa prime sur le kilométrage exact réalisé. La cotisation mensuelle n’est ainsi plus calculée en fonction du nombre de kilomètres déclarés par le conducteur, mais elle repose sur la distance effectivement parcourue. Pour enregistrer ses déplacements, l’assuré doit le plus souvent installer un boîtier dans son véhicule.

Les bons conducteurs se voient rembourser leur assurance

« L'approche retenue est davantage de récompenser le bon conducteur que de pénaliser le mauvais »

D’autres compagnies permettent d’aller encore plus loin dans la personnalisation de l’assurance auto. Direct Assurance et Allianz proposent ainsi d’adapter la tarification à la manière dont l’assuré conduit sa voiture. Résultat, outre le kilométrage et la durée des trajets, les compagnies tiennent également compte de l’accélération, du freinage ou encore de la vitesse dans les virages pour facturer l’assuré. Ces formules sont qualifiées de « pay how you drive » (payez en fonction de comment vous conduisez). Et, comme dans le cas des assurances au kilomètre, la personnalisation de la prime est permise par l’installation d’un boîtier relié à la voiture. Allianz France a toutefois retenu une autre technologie : la prime est déterminée grâce à une application mobile que le conducteur doit toujours avoir avec lui sur son smartphone.

Concrètement, sur la base de l’analyse de son comportement au volant, un score est attribué au conducteur. Plus celui-ci est élevé, plus il se voit rembourser un pourcentage élevé de sa prime. Chez Direct Assurance, la ristourne peut atteindre -40% (baisse à laquelle peut s’ajouter une réduction supplémentaire de -10% si l’assuré réalise moins de 500 kilomètres par mois) et -30% du côté d’Allianz France. Quant au calcul de la prime de base, celui-ci respecte les modèles actuariels traditionnels : « La tarification dépend toujours des trois mêmes grandes catégories de critères, à savoir les caractéristiques techniques du véhicule, l'usage et la fréquence d'utilisation de la voiture, ainsi que le profil du conducteur, son expérience au volant », souligne la Fédération française de l’Assurance (FFA).

En revanche, que se passe-t-il si le score de conduite de l’assuré décline ? Est-il pénalisé ? La réponse est non. « Sur le marché français, l'approche retenue est davantage de récompenser le bon conducteur que de pénaliser le mauvais. Car, il est plus difficile de vendre une assurance qui peut se retourner contre le conducteur », analyse la FFA. Plus précisément, Direct Assurance prévoyait au lancement de YouDrive en 2015 une surprime de 10% aux mauvais conducteurs. La filiale en ligne d’AXA y a depuis renoncé…

Un rabais moyen de 10%

Mais, dans les faits, la promesse de ristourne est-elle vraiment au rendez-vous ? Oui selon Direct Assurance qui arbore sur son site des statistiques prometteuses : « 1 client sur 3 gagne au moins 200 euros par an » ou encore « 14 euros de réduction mensuelle moyenne ». Des données difficiles à mettre en perspective, les assureurs français n’ayant pas livré de bilan chiffré de leur formule connectée.

Au Canada, l’assureur Desjardins, qui commercialise depuis 2013 « Ajusto », une assurance auto basée sur le comportement du conducteur, s’est lui soumis à cet exercice. Il a réalisé un sondage auprès de ses assurés. Résultat, 4 ans après le lancement de son offre, le rabais moyen obtenu se situe aux alentours de 10% et 8 assurés sur 10 s’en disent satisfaits. En outre, 3 sondés sur 4 estiment que leur conduite s’est améliorée. Un lien de causalité que les assureurs français n’observent pas. « Aujourd'hui, nous considérons que ce boitier n'a qu'une répercussion limitée sur le comportement du conducteur : dans un premier temps, ce dernier surveille sa conduite, mais très rapidement il oublie la présence du dispositif », selon la FFA.

Petits et jeunes conducteurs, principales cibles de ces assurances auto

Qu’ils s’agissent de l’assurance auto au kilomètre ou basée sur l’étude du comportement au volant, ces polices nouvelles générations s’adressent notamment aux petits conducteurs. Les assureurs destinent toutefois plus spécifiquement ces formules aux jeunes. D’une part, car ces derniers se montrent plus sensibles aux nouvelles technologies mais surtout parce que ce sont eux qui, faute d’expérience, se voit facturer les cotisations les plus importantes. Ils ont donc financièrement tout intérêt à rassurer l’assureur sur leur capacité à conduire. « L'installation d'un boîtier est relativement coûteuse pour l'assureur (ou l'assuré). Et en parallèle, les primes payées en France sont relativement faibles au regard des autres pays européens et des garanties incluses. Ce sont donc les conducteurs qui paient les primes les plus élevées, tels les jeunes, qui vont avoir intérêt à souscrire à ce type de contrat », explique à ce propos la Fédération française de l’Assurance.

Des assurances connectées qui peinent à attirer

2% des assurés ont une assurance « pay how you drive »

Si au regard des chiffres mis en avant, les assurances types « how you drive » semblent économiques, elles n’arrivent pas encore à convaincre les automobilistes. « Les assurances qui permettent de s'assurer au kilométrage exact sont plus répandues, alors qu'à l'inverse, les assurances basées sur l'étude du comportement au volant sont plus difficiles à faire accepter aux conducteurs », estime ainsi le consultant-blogueur Patrice Bernard. En cause, la méfiance des assurés qui « ne veulent pas être contrôlés car ils imaginent qu'en cas d'accident ou d'infraction, cela va se retourner contre eux », poursuit-il. Résultat, selon une étude du cabinet Next Content sortie en juin 2017, seuls 2% des personnes sondées déclarent avoir une assurance auto basée sur l’étude du comportement.

Une difficulté qui n’est pas propre à la France, souligne ce fin connaisseur de l’innovation bancaire. Il s’appuie sur l’expérience de l’assureur américain Progressive. « Pour lever les freins psychologiques, Progressive a proposé aux conducteurs de surveiller leur conduite pendant un mois, d'ajuster la prime en conséquence, et ensuite de ne plus les surveiller. Après plus de 4 ans de commercialisation, et à coup de dépenses marketing élevées, leurs résultats ne sont pas exceptionnels. Ils sont péniblement arrivés à convaincre 35% de leurs abonnés à opter pour une police how you drive ».

Direct Assurance (AXA)Allianz FranceGMFAltima (Maif)
Nom de l'offreYouDriveOption « Allianz Conduite connectée »Option « petit rouleur »Assurance auto à la minute
TypeAssurance comportementaleAssurance comportementaleAssurance au kilomètreAssurance au kilomètre
Conditions d'accès- Avoir le permis depuis moins de 7 ans
- Ou n'avoir pas été assuré à son nom depuis 2 ans
- Souscrire un contrat auto Allianz ou eAllianz
- Détenir un smartphone Apple ou Android compatible
- Rouler moins de 5 000 km/an- Rouler moins de 6 000 km par an
- Détenir un smartphone Android ou Apple compatible
Technologie utiliséeBoîtier connectéApplication mobileBoîtier connectéBoîtier connecté et application mobile
Prix- Boîtier et installation gratuite
- Prime mensuelle
- Option à 1,18 euro/moisNC- Forfait mensuel de base
- Coût des minutes circulées
Réduction potentielle- Jusqu'à -40% pour la qualité de la conduite
- Et -10% si moins de 500 km parcourus par mois
- Réduction calculée mensuellement
- Jusqu'à -30%
- Réduction calculée au bout d'un an, à la date anniversaire du contrat
- Jusqu'à -15%
- Réduction calculée chaque année
NC
Données collectéesDate, heure, géolocalisation, vitesse, forces d'accélération, kilométrageIntensité des accélérations, virages et freinages, nombre de jours de conduite, heures de conduite, distance parcourueKilométrageHeure de début et heure de fin des trajets
PénalitésNonNon- Majoration de la prime
- Franchise augmentée si dépassement du kilométrage
- Majoration de la franchise à 1 000 euros si le trajet n'a pas été détecté
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