Taxe Gafa : Paris réclame « une décision claire, nette, forte » de l'UE

Bruno Le Maire, en novembre 2014
CC - © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire a plaidé mardi au Parlement européen en faveur d'« une décision claire, nette, forte » de l'UE pour la mise en œuvre d'une taxe sur les géants du numérique.

« Laissons de côté l'Europe de la discussion et de la palabre », a lancé M. Le Maire, qui s'exprimait devant deux commissions parlementaires à Strasbourg.

« Comment peut-on accepter que des millions de consommateurs européens donnent gratuitement leurs données sans qu'il y ait au passage une taxe ? », a-t-il demandé.

« La donnée, c'est la valeur de 21e siècle, (...) la valeur la plus précieuse », a-t-il insisté.

La proposition actuellement en débat, présentée en mars par la Commission européenne, prévoit la mise en place rapide d'une taxe de 3% sur les revenus tirés de certaines activités (publicité ou revente de données personnelles), le temps qu'une solution soit négociée à l'échelle mondiale au sein de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

La France, à l'origine de cette proposition, espère que les autres pays européens l'approuveront d'ici la fin de l'année. Mais plusieurs pays restent opposés à ce projet, à l'image de l'Irlande, où plusieurs géants du numérique ont installé leur tête de pont européenne.

« Je comprends les peurs, mais des arguments rationnels, pertinents, convaincants contre cette taxe (...) je n'en ai entendu aucun », a répondu mardi M. Le Maire.

« Nous aurons d'autant plus vite une solution à l'OCDE que l'Europe aura été capable (...) de créer cette taxe sur le numérique », a-t-il assuré.

Il a ensuite répondu aux détracteurs de cet impôt, qui estiment son rendement insuffisant : « On me dit que 5 milliards d'euros, ce n'est pas assez (mais) un euro est un euro et un euro est toujours bon à prendre ».

« Soit l'UE est libre, soit elle est vassale. Moi je crois en une Europe libre, souveraine », a-t-il poursuivi. « Si l'Europe se résume à être uniquement un gigantesque supermarché (...) sans intérêt pour ce qui nous rassemble comme valeurs humaines, le continent européen n'est plus rien. Il sera écrasé, broyé entre le Chine et les Etats-Unis », a-t-il conclu.

« Le soutien du gouvernement allemand est de la plus haute importance », a repris le ministre français de l'Economie, s'exprimant en allemand lors d'une rencontre avec des parlementaires européens.

« J'ai entendu dire qu'il y aurait des difficultés entre l'Allemagne et la France, ce qui n'est pas le cas », a-t-il enchaîné, « à la fin, nous trouverons toujours un compromis (...) historique ».

« C'est incroyable d'avoir des entreprises en Europe qui viennent de la Chine et des Etats-Unis qui ne donnent pas du travail et qui gagnent beaucoup d'argent qui ne reste pas chez nous et va aux Etats-Unis », a renchéri le président du Parlement européen Antonio Tajani.

« Ils sont bienvenus pour faire des investissements mais il faut respecter nos règles, ce n'est pas le Far-West ici, c'est l'Europe », s'est-il exclamé.

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