Défiscalisation 2018 : que faut-il faire avec l'année blanche ?

Un conseiller fiscal
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Le passage au prélèvement à la source aurait pu conduire à une double imposition en 2019 : impôt sur les revenus 2018 + impôt à la source. Pour éviter cela, le législateur a créé un mécanisme pour « effacer » l’impôt sur la majeure partie des revenus 2018. En cette fin d’« année blanche », faut-il tout de même chercher à défiscaliser ? Les conseils de deux CGP, Thierry Claeys et Nicolas Lacoste.

Est-ce une mauvaise année pour défiscaliser ?

Nicolas Lacoste : « Bien au contraire : les réductions d’impôt sont cette année transformées en crédit d’impôt, par le jeu du CIMR [crédit d’impôt modernisation du recouvrement, NDLR]. Si vous avez pour habitude d’investir dans des produits faisant profiter de réductions d’impôt, il ne faut pas changer vos habitudes. C’est avant tout pour les produits ouvrant droit à déduction, de type Perp ou Madelin, que le CIMR est défavorable. »

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Vos clients vous font-il part d’inquiétudes concernant cette année blanche ?

Thierry Claeys : « Oui, les demandes de renseignement augmentent au fil des semaines. Mais pas uniquement sur l’aspect défiscalisation : il faut aussi anticiper les éventuels décalages de trésorerie avec le prélèvement à la source, ne pas oublier que les revenus seront moindres chaque mois. »

« En priorité distinguer l’existence de revenus exceptionnels en 2018 »

N.L. : « Lorsque nous avons une demande de ce type, nous commençons par analyser l’état patrimonial du client : pour cette année blanche, il faut en priorité distinguer l’existence – ou non – de revenus exceptionnels en 2018, sur lesquels il faudra s’acquitter de l’impôt à l’été 2019. Plus généralement, il faut distinguer les différents types de revenus : ainsi les plus-values mobilières ne sont pas concernées par le prélèvement à la source, et ne sont donc pas non plus touchées par la problématique de l’année blanche. Seuls les revenus habituels de l’année 2018 seront ''effacés''. »

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Pour les réductions d’impôt, y compris celles liées à l’investissement locatif, le gouvernement a promis un acompte de 60% dès janvier… Une bonne nouvelle ?

T.C. : « Oui mais il faut garder à l’esprit que ce n’est que de la trésorerie : il ne faut pas changer de stratégie fiscale pour ou à cause de cet acompte. »

N.L. : « Sur l’investissement locatif, on a observé cette année un peu plus d’attentisme, à cause de cette année blanche. Certains clients ont repoussé leur décision. Cet acompte offre un bon signal aux investisseurs. »

Est-il encore temps d’adapter sa stratégie sur l’investissement locatif ?

T.C. : « Non ! Il faut le plus souvent attendre la date d’achèvement des travaux pour la première réduction avec un dispositif Pinel. Donc aujourd’hui les projets en cours permettent d’envisager une réduction à l’horizon 2019 ou 2020. Ce n’est clairement pas un sujet pour 2018. La seule marge de manœuvre, à ce jour, pour la réduction d’impôt Pinel, c’est la SCPI fiscale. »

Concernant les revenus fonciers, l’Etat a prévu un complexe mécanisme anti-optimisation. Est-il tout de même possible de tirer son épingle du jeu ?

T.C. : « L’année 2018 est une bonne année pour réaliser des travaux afin de faire du déficit foncier. Mais il faut alors se dépêcher puisque les travaux doivent être réalisés cette année : pour profiter de ce dispositif, il faut concentrer ses charges foncières en 2018, pas en 2019. »

« 2018 est une bonne année pour réaliser des travaux »

N.L. : « Le mécanisme prévu par l’Etat permet dans le meilleur des cas d’imputer les charges de l’année 2018 à 150% (100% du montant en 2018 puis 50% en 2019), en utilisant le report du déficit foncier. Selon la situation patrimoniale du client, il peut aussi être intéressant d’investir dans une SCPI de déficit foncier en cette fin d’année 2018. »

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Traditionnellement, l’automne est la saison des « fonds fiscaux » de type FIP ou FCPI. Le passage au prélèvement à la source change-t-il quelque chose ?

N.L. : « Pour compenser la transformation de l’ISF en IFI, la réduction de l’impôt sur le revenu est passée de 18% à 25% pour les FIP et FCPI, et même 38% pour les FIP Corse et Outre-mer en 2018 ! »

T.C. : « En cas de revenus exceptionnels, cela permet d’amoindrir le surplus d’impôt à payer l’été prochain. Dans le cas contraire, le CIMR permet de transformer la réduction en crédit d’impôt : donc, dans tous les cas, la problématique de l’année blanche n’empêche pas d’investir dans ces fonds fiscaux. Après, comme toujours, il faut se rendre compte des risques : hors réduction d’impôt ces produits ne sont pas toujours rentables. Comme pour tout produit de défiscalisation, quand l’Etat donne, c’est toujours en l’échange d’une contrepartie. »

Thierry Claeys et Nicolas Lacoste sont co-gérants et conseillers en gestion de patrimoine au sein du cabinet TCP Patrimoine, basé à Saint-Grégoire, près de Rennes.

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© cbanque.com / Propos recueillis par BL / Octobre 2018