Banque : la « fièvre des fusions-acquisitions » en Europe est « prématurée » (S&P)

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Les spéculations autour de rapprochements entre banques européennes réapparaissent, mais semblent prématurées, les conditions de marché et réglementaires n'étant pas assez favorables à de larges transactions, a estimé mardi l'agence de notation S&P Global Ratings.

Dans une note détaillée intitulée « Fusions-acquisitions dans la banque européenne : plus de paroles que d'actions », l'agence de notation relativise les rumeurs de presse ces derniers mois autour de potentielles unions entre les allemandes Commerzbank et Deutsche Bank, la française Société Générale et son homologue italienne Unicredit, ou encore entre les britanniques Barclays et Standard Chartered.

En outre, « de manière inhabituelle, certains décideurs européens se sont prononcés en faveur du changement, mettant de côté les préoccupations liées aux too big to fail (les grandes banques susceptibles de menacer la stabilité financière en cas de défaillance, NDLR) pour encourager des fusions qui feraient naître des champions régionaux et accélèreraient l'union bancaire de la zone euro », ajoute l'agence.

« Nous pensons que l'environnement réglementaire et de marché n'est pas suffisamment favorable à de larges fusions-acquisitions, particulièrement les transfrontalières », affirme-t-elle, désignant une « union bancaire incomplète comme principal obstacle ».

S&P Global Ratings met notamment en cause le manque d'harmonisation en matière de réglementation bancaire au sein de la zone euro.

« Les législateurs plaident pour des fusions transfrontalières pour renforcer l'union bancaire, mais les banques ont besoin de progrès tangibles vers une union bancaire plus forte avant de justifier des fusions transfrontalières » pour les parties concernées.

De plus, des fusions d'envergure donneraient naissance à « des banques plus complexes et plus interconnectées et amplifiant potentiellement le risque systémique en cas de futures crises financières ».

A la place, « nous nous attendons à des rapprochements nationaux qui conduiront à une augmentation modérée des volumes de transactions dans les deux prochaines années », prévoit S&P Global Ratings.

L'agence dit « voir une grande marge pour des mouvements de fusion dans la plupart des pays européens sans que cela ne nuise à la concurrence », les rendements étant structurellement bas et les capacités excédentaires sur certains marchés bancaires.

En outre, le secteur, dont les gains sont rognés par les taux bas persistants, est également confronté à des coûts croissants dus à l'innovation technologique et aux exigences réglementaires, notamment en matières de fonds propres.

Les banques pourraient ainsi utiliser les fusions « pour étaler ces coûts sur une plus large base de revenus ou même pour cibler les plateformes numériques supérieures d'un concurrent », est-il exposé.

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