Crédit Mutuel : la « marque » restera « présente en Bretagne et dans le Sud-Ouest »

Pascal Durand, Crédit Mutuel
Pascal Durand, DG de la CNCM - DR Crédit Mutuel

Les caisses locales du Crédit Mutuel Arkéa vont se prononcer lors des prochaines semaines sur la sortie, ou non, du groupe Crédit Mutuel. Le point de vue du directeur général de la Confédération nationale du Crédit Mutuel, Pascal Durand.

Sans refaire tout l’historique, quel est selon vous l’élément déclencheur du conflit ?

Pascal Durand : « Je n’identifie pas particulièrement un élément déclencheur, mais ce conflit n’est pas venu de nulle part : c’est un processus, une stratégie de longue haleine. Ce qui me frappe le plus, c’est l’évolution de la marque Crédit Mutuel Arkéa : d’abord le logo transformé en triskel, puis la marque avec un Crédit Mutuel en gros qui devient plus petit au profit d’un gros Arkéa. Il y a eu une vraie stratégie de migration de la marque et cela ne s’improvise pas. »

Quand cette stratégie a-t-elle débuté selon vous ?

P.Durand : « J’aurais tendance à dire quand Jean-Pierre Denis a pris la présidence, en 2008. »

Le Crédit Mutuel Arkéa met en avant la volonté centralisatrice de la Confédération. Sont évoquées des instructions aux dirigeants d’Arkéa, la demande d’utilisation de systèmes informatiques du CM11…

« Ces demandes sont formulées à toutes les fédérations régionales affiliées »

P.Durand : « Ces demandes sont formulées à toutes les fédérations régionales affiliées à la CNCM. La réglementation européenne a évolué. Les demandes de reporting, de la part du superviseur, sont effectivement de plus en plus importantes et détaillées. Après, le système d’information de la CNCM est certes hébergé par Euro-information, car c’est le système dominant dans le groupe mais il est étanche ! Concernant la confidentialité des informations, la muraille de Chine entre les groupes régionaux est respectée. »

Vos demandes ont donc évolué uniquement suite à l’évolution des règles prudentielles européennes ?

P.Durand : « Oui, tous les ans nous devons faire remonter des informations extrêmement complètes, pour l’ensemble des fédérations du Crédit Mutuel. Avant, ces contraintes n’existaient pas ! Mais je tiens à souligner que la structure de la CNCM a évolué aussi et notamment la composition de son conseil d’administration. Il y a aujourd’hui 18 administrateurs dont 2 administratrices indépendantes. Le Crédit Mutuel Arkea a trois sièges au conseil mais n’a choisi que d’en occuper un en mandatant son secrétaire général. Les décisions importantes se prennent aux deux tiers des voix, ainsi aucun groupe régional ne peut décider seul pour tous les autres. Enfin, il n’est pas dans les pouvoirs de la CNCM d’influencer la stratégie commerciale ou les politiques de ressources humaines des groupes régionaux. »

On voit tout de même une montée en puissance du groupe CM11. Récemment les assureurs des groupes CM11 et CM Nord Europe ont annoncé un projet de fusion…

« Oui, le groupe CM11 atteint un poids significatif »

P.Durand : « Oui, le groupe CM11 atteint un poids significatif. Mais, pour reprendre l’exemple des assureurs, le choix du rapprochement entre ACMN [filiale du CM Nord Europe, NDLR] et les ACM [filiale du CM11, NDLR] a été décidé par les instances dirigeantes de ces deux entités sur la base de constats qu’ils ont partagés. Nous, la Confédération, avons simplement constaté cette décision impliquant ces deux compagnies. Nous ne l’avons en rien influencé. »

Une délégation de députés bretons a rencontré Bertrand Dumont, directeur adjoint du cabinet de Bruno Le Maire. Selon eux, Bercy aurait « pris acte » du divorce (1). Vous croyez encore en une autre issue ?

P.Durand : « Je pense qu’il n’est pas encore trop tard. La bonne solution, pour Arkéa, reste de mon point de vue de rester au Crédit Mutuel. Nous possédons une superbe marque, avec une belle image synonyme de solidité, de robustesse et d’intégrité qui est un facteur de confiance fort dans notre groupe pour tous nos clients-sociétaires. Je trouve totalement idiot de quitter cette marque. Ce n’est pas un choix raisonné. La centralisation, c’est un mythe ! Je pense que les emplois bretons et du Sud-Ouest sont mieux protégés en restant au Crédit Mutuel qu’en dehors. Cette vision est d’ailleurs partagée par les partenaires sociaux. La porte reste ouverte aux dirigeants d’Arkéa pour revenir et participer à la gouvernance de la CNCM. »

Le groupe Arkéa affiche sa volonté de rester « coopératif et mutualiste ». Est-ce possible selon vous ?

« Totalement idiot de quitter cette marque »

P.Durand : « Ce qui est clair, dans les déclarations des pouvoirs publics, c’est qu’il n’y aura pas d’intervention législative. Cela signifie la perte de l’agrément collectif car ce type d’agrément est réservé aux groupes constitués autours d’un organe central. Cela leur laisse deux options : soit obtenir 300 agréments individuels pour leurs caisses locales, mais je doute que les autorités de tutelle acceptent une organisation de ce type, soit constituer une société coopérative de banque, ce qui revient à vider toutes les caisses locales de leurs activités bancaires et à les centraliser sur Brest, qui portera l’agrément bancaire. »

La CNCM a réclamé un vote « démocratique et éclairé » : les votants vont disposer d’un dossier d’information pour le premier vote, avant un second vote, dans quelques mois, pour valider la solution technique.

P.Durand : « A l’heure où nous échangeons, je n’ai pas encore pu prendre connaissance de ce dossier. Je ne peux donc pas me prononcer mais je suis réservé. On peut toujours faire voter de grands principes mais si cela se traduit in fine par une perte d’indépendance des caisses locales votant ce grand principe… Ensuite, je suis opposé à ce que la décision soit prise par un vote à main levée : je pense que dans le cas présent, vu l’importance du sujet qui porte potentiellement sur la dissolution de la caisse, un vote à bulletin secret est indispensable. »

En cas de vote favorable à l’indépendance d’Arkéa, comment réagira la CNCM ?

« Au final, le dernier mot reviendra aux sociétaires »

P.Durand : « Nous vérifierons les conditions du vote, celui devant être démocratique et éclairé. Le résultat doit être incontestable. Une fois ce point acquis nous en prendrons acte. Arkéa devra ensuite construire son projet de manière précise et nous serons attentifs à ce que les intérêts des sociétaires, des clients et des salariés soient préservés. C’est la mission que nous confie le code monétaire et financier. Nous continuerons, naturellement et jusqu’au dernier instant à défendre la solution de l’unité. Au final, le dernier mot reviendra aux sociétaires… »

Si le divorce se précise, quid des éventuelles caisses locales ayant choisi de rester au sein du Crédit Mutuel ?

P.Durand : « Le code monétaire et financier est très clair : les caisses doivent adhérer à des fédérations régionales, elles-mêmes adhérentes de la CNCM. Il faudra donc éventuellement recréer des fédérations du Crédit Mutuel de Bretagne et du Sud-Ouest. De toutes façons, quel que soit le résultat du vote, le Crédit Mutuel est une marque nationale qui doit être présente en Bretagne et dans le Sud-Ouest. Aussi, si nous devons créer de nouvelles caisses locales, nous aurons les moyens d’en recréer. Il existe une vraie majorité silencieuse dans le Sud-Ouest et en Bretagne pour soutenir et porter ce projet. »

Lire aussi : Divorce Crédit Mutuel-Arkéa : ce qu'il faut savoir

(1) Le Télégramme du 14 mars 2018.

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© cbanque.com / Propos recueillis par BL / Mars 2018