La croissance des PME, une question de financement mais pas seulement

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Les PME françaises manquent-elles de financements pour grandir ? Gouvernement et majorité en sont convaincus et souhaiteraient mettre davantage à contribution l'épargne des Français, mais certains acteurs économiques pointent d'abord une culture entrepreneuriale insuffisamment ambitieuse conjuguée à une réglementation trop pesante.

« Nous avons des entreprises aujourd'hui trop petites, on a un vrai sujet de taille », explique à l'AFP la député LREM Amélie de Montchalin, à l'initiative d'une récente rencontre entre parlementaires et acteurs financiers sur la question.

Du côté du crédit, les vannes du financement semblent pourtant grandes ouvertes, avec une hausse moyenne des prêts de l'ordre de 6% par an, si vigoureuse que la Banque de France surveille cette progression comme le lait sur le feu.

Mais « la taille, ça ne se finance pas avec de la dette bancaire, ça se finance avec des fonds propres », c'est-à-dire en prenant des parts du capital des entreprises, assure Mme de Montchalin.

Or, plutôt qu'acheter des actions, les Français privilégient la pierre ou des placements réglementés tels que le livret A ou l'assurance vie, comme l'a souligné la Banque de France dans une note récente.

Dans un contexte marqué par la crise financière puis par celle des dettes souveraines, les ménages ont « dirigé leur épargne vers des placements à la fois sûrs et liquides, mais aussi rémunérés à des taux supérieurs à ceux du marché, l'intervention publique leur garantissant le meilleur des mondes », pointe-t-elle.

Conséquence, moins de 12% des ménages détenaient directement des actions en 2015, contre 16% en 2004.

Dans ce contexte, les regards des décideurs se tournent vers l'assurance vie, placement fétiche des Français, dont l'encours représente quelque 1.700 milliards d'euros.

L'assurance vie permet déjà aux épargnants de détenir indirectement des actions, mais dans une proportion très réduite pour les contrats en « euros » qui, pour garantir à tout moment le capital des épargnants, sont principalement investis sur des supports peu risqués comme les obligations d'Etat.

Les placements en « unités de compte », dont le capital n'est pas garanti, permettent davantage de souplesse et ont gagné du terrain l'an dernier mais restent nettement minoritaires par rapport aux fonds euros.

Mais si de nombreux assureurs sont engagés dans une offensive commerciale pour encourager leurs clients à diversifier leurs placements, les professionnels du secteur mettent largement en garde contre toute déstabilisation de l'assurance vie, et jugent surtout indispensable d'assouplir les contraintes réglementaires.

Pédagogie nécessaire

« Le vrai sujet ? Arrêter de pénaliser les actions dans le bilan des compagnies d'assurance », pointe Stéphane Dessirier, patron de la compagnie MACSF, rappelant que la réglementation oblige les assureurs à mettre de côté bien plus de capital pour l'achat d'une action que pour une obligation.

Outre les lourdeurs réglementaires, beaucoup d'acteurs interrogés par l'AFP mettent en avant un autre sujet : l'éducation financière des Français, avec une culture entrepreneuriale parfois décrite comme insuffisamment ambitieuse.

Pour grossir, « encore faut-il que les entreprises aient culturellement envie d'aller à l'international et d'ouvrir leur capital », souligne Paul Younès, le PDG de la banque conseil en gestion de patrimoine UFF.

« Les petits entrepreneurs n'ont pas toujours envie de voir débarquer des actionnaires et beaucoup préfèrent se financer par la dette qui permet d'éviter des frottements de gouvernance », abonde M. Dessirier.

En cause, un manque général de confiance parmi les entrepreneurs, explique Bernard Cohen-Hadad, président de la Confédération des PME Paris Ile-de-France, selon qui « jusqu'à récemment, la stabilité de notre économie et la clarté de la stratégie économique étaient un peu diffuses ».

Côté épargnants, une bonne éducation financière encourage la détention d'actions, or « les comparaisons internationales montrent qu'à cet égard la France n'est pas très bien classée », écrivent les économistes de la Banque de France, qui souhaiteraient aussi voir s'améliorer la qualité du conseil financier proposé par banques, gestionnaires de patrimoine, etc.

Conséquence, les intentions du gouvernement, qui compte doubler d'ici la fin du quinquennat la part de l'épargne des Français investie dans les PME à 10 milliards d'euros, pourraient se heurter à la réalité s'ils elles se limitent à un fléchage de l'épargne sans accompagnement adapté.

« La solution retenue ne sera un succès que si elle est simplifiée, d'où aussi une nécessité d'avoir une communication pédagogique », met en garde Patrick Dixneuf, le président de l'assureur Aviva France.

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