Épargne : remise en cause, l'assurance-vie est à un tournant

  • Par Benoit TOUSSAINT et Julien DURY (AFP)
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Deux piles de billets séparées
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Paysage incertain pour l'assurance vie : le placement, qui a pâti en 2017 des incertitudes électorales en France avant de retrouver des couleurs au second semestre, entame une nouvelle année au cœur de débats sur son rôle dans le financement de l'économie.

Selon des chiffres publiés jeudi par la Fédération française de l'assurance (FFA), l'assurance vie, l'un des placements les plus populaires en France avec près de 1 700 milliards d'euros d'encours, a vu sa collecte nette, différence entre dépôts et retraits réalisés par les clients, atteindre 7,2 milliards l'an dernier contre 17 milliards en 2016. Cette année-là, le chiffre s'inscrivait déjà en recul. « C'est une année en demi-teinte dans une moyenne plutôt basse, mais avec un second semestre plus dynamique », a résumé auprès de l'AFP Bernard Spitz, président de la FFA, soulignant que la période électorale avait poussé les épargnants à l'attentisme lors des premiers mois de l'année.

Sur le seul premier semestre 2017, marqué par les élections présidentielle et législatives, la collecte s'est à peine inscrite dans le vert, à 1,5 milliard d'euros, tandis qu'elle a accéléré à 5,7 milliards au second. Les performances de l'assurance vie ne sont pas seulement contrastées d'un semestre à l'autre. L'année est aussi marquée par un déclin sans précédent des fonds « en euros ». Ces placements, qui garantissent à l'épargnant de ne pas perdre son capital, n'ont représenté que 72% des dépôts, un niveau historiquement bas.

Environnement de taux très bas

Dans un environnement de taux très bas, qui complique leur tâche de faire fructifier l'épargne de leurs clients, ils rapportent de moins en moins d'année en année et obligent du reste les assureurs à mettre de côté d'importantes réserves de capital réglementaire.

Dans ce contexte, de nombreuses compagnies promeuvent les « unités de compte ». Ces placements permettent des rendements plus élevés et se révèlent moins gourmands en ressources, mais ils ne garantissent pas de conserver l'intégralité des sommes placées. Même si la part des unités de compte reste nettement minoritaire, « les Français acceptent de plus en plus de prendre davantage de risques pour améliorer les rendements », assure Bernard Spitz. De fait, la collecte nette en unités de compte a représenté 20 milliards d'euros en 2017, tandis que les fonds en euros sont tombés dans le rouge avec une décollecte de 12,8 milliards.

« Casser le bras de l'épargnant »

Mais cette tendance générale n'est pas accueillie à bras ouverts par tous les acteurs du secteur. « Ceux qui disent que les fonds euros sont morts, je pense qu'ils se trompent lourdement », prévenait en janvier Stéphane Dessirier, directeur général de la compagnie mutualiste MACSF, lors d'une conférence de presse, se disant « un peu inquiet des annonces gouvernementales ».

Car en début d'année, le gouvernement, qui a déjà secoué la fiscalité de l'assurance vie en 2017 - quitte, selon certains observateurs, à la complexifier encore davantage - avec la mise en place d'une « flat tax » sur les revenus du capital, a pris sa part au débat sur la place du risque sur ce placement. L'exécutif, qui cherche des pistes pour orienter davantage l'argent des Français vers le financement de l'économie, envisage de limiter la garantie du capital sur certains fonds en euros. Au risque, craignent plusieurs assureurs, de remettre en cause la particularité même de ce placement, à mi-chemin entre l'assurance et l'épargne.

« Ils vont modifier les règles du fonds en euros qui ne sera plus garanti à tout moment... Ceux qui font du lobbying à Bercy ne connaissent pas l'assurance vie, ils essaient de casser le bras de l'épargnant ! », s'énerve un courtier en assurance.

Le flou sur le futur fonds euro bonifié

Mais la proposition de Bercy laisse pour l'heure planer un certain flou. Est-il question de redéfinir l'ensemble des fonds euros ou bien de faire cohabiter les contrats existants avec des placements un peu plus risqués (les fonds euro bonifié), quand bien même existe déjà une catégorie intermédiaire, les fonds « eurocroissance », qui n'a certes jamais vraiment décollé ?

« On n'a jamais influé sur l'épargne des Français autrement par que des messages d'incitation », met en garde Bernard Spitz. « Chaque fois qu'on a voulu le faire par la contrainte, ça n'a pas marché. Toute mesure qui viendrait casser la confiance aurait un effet négatif. »

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