La fintech Morning met en cause la MAIF, son principal investisseur

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Carte bancaire et application Morning

Menacée de fermeture imminente, après la suspension de son agrément par le régulateur banque-assurance, Morning contre-attaque. La néobanque communique depuis hier et met en cause la MAIF, son principal investisseur, qui serait en train de le lâcher.

Jeudi dernier, cBanque révélait la publication par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), le gendarme du secteur banque-assurance, d’une décision suspendant à titre conservatoire l’agrément de l’établissement de paiement toulousain Morning. A l’origine de cette décision lourde de conséquences : une insuffisance des dépôts sur le compte utilisé par la société pour cantonner les dépôts de leurs clients, et une trésorerie négative.

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Après quelques jours de réflexion, la fintech, qui avait prévu de lancer début 2017 un compte avec carte bancaire, a finalement contre-attaqué, hier, avec la publication d’un communiqué et de plusieurs interviews de son CEO, Eric Charpentier, dans la presse. Celui-ci y confirme les difficultés financières de l’entreprise et pointe un responsable : l’assureur MAIF.

La MAIF demande l’entrée d’un nouvel investisseur

En juillet 2015, la MAIF avait en effet pris une participation au sein de Morning, via son fonds MAIF Avenir. Un investissement de 4 millions d’euros, correspondant à 40% du capital de la société. Les relations de Morning avec l’actionnaire se sont toutefois dégradées depuis le mois de septembre, explique Eric Charpentier à La Tribune : « En septembre, je leur ai annoncé que je souhaitais introduire Morning en bourse au mois de mars et ils n'ont pas souhaité soutenir ce projet. Aujourd'hui ils ne soutiennent plus le projet que nous portons, mais pour autant, ne se sont pas désengagés du capital. »

La MAIF aurait notamment demandé à Morning de faire entrer rapidement un nouvel investisseur. « Aujourd’hui, alors que nous sommes prêts à exécuter le modèle, notre investisseur principal, la MAIF, nous annonce qu’il conditionne son action d’accompagnement du projet à l’entrée d’un nouvel investisseur », peut-on lire dans le communiqué de Morning publié hier lundi. « Dans un délai aussi court, la MAIF nous oriente clairement vers l’introduction d’une banque historique au capital. Ce qui reviendrait à tuer le projet d’indépendance de Morning, à tuer l’innovation au profit unique d’un acteur dont les intérêts sont ailleurs. »

Plateforme bancaire en marque blanche

La situation est d’autant plus révoltante pour Morning que celle-ci annonce être en contact avec plusieurs acteurs, notamment dans le secteur de la grande distribution, intéressés par la « livraison d’un plateforme bancaire en marque blanche », explique la fintech. « Des sollicitations qui pourrait amener l’entreprise à l’équilibre financier bien avant l’échéance prévue de 2019… »

Dans l’immédiat toutefois, ces projets sont suspendus à l’amélioration de la situation budgétaire de Morning. Dans l’état actuel des choses, la fintech ne pourra verser les salaires de décembre de sa cinquantaine de salariés, et son activité est menacée à très court-terme par la suspension de son agrément. Dans une interview à Touléco, Eric Charpentier demande donc à la MAIF d’assurer « un intérim financier », le temps que Morning fasse entrer de nouveaux investisseurs. La MAIF, de son côté, a expliqué à La Tribune qu’elle « est totalement mobilisée pour tenter de trouver des solutions qui permettraient de surmonter les difficultés rencontrées par Morning ». Elle annonce également qu’au terme de cette démarche, elle se mettra « en situation de partager sa vision sur l’évolution de ce dossier ».

La MAIF contre-attaque

La MAIF a répondu, par voie de presse, à sa mise en cause par Eric Charpentier. Dans une interview accordée à FrenchWeb, Nicolas Siegler, son directeur général adjoint, reconnaît un différend stratégique avec le patron de Morning, qui voulait se concentrer sur la carte bancaire et le B2C, quand la MAIF privilégiait le B2B. Il met également en cause la gestion d'Eric Charpentier, qui « avait consommé la trésorerie beaucoup plus vite que prévu », en raison notamment des dépenses de recrutement et du projet immobilier de construction d'un siège, le Toaster. Il déplore aussi ses « propos très critiques » à l'égard des banques qui, selon lui, a refroidi certains investisseurs. Il confirme enfin que sans nouvel « investisseur pour la reflouer », « l'activité [de Morning] cessera ».

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© cbanque.com / VM / Décembre 2016