Compte sans banque : Morning sera-t-il le Number26 français ?

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Eric Charpentier, fondateur de Payname
Eric Charpentier - Payname

Trois ans après son lancement, Payname se métamorphose. L’établissement de paiement toulousain va en effet se lancer, en octobre prochain, sur le marché du compte et de la carte de paiement. Pour l’occasion, il change de nom et devient Morning. Son fondateur et CEO, Eric Charpentier, nous dévoile ses ambitions.

Good bye Payname, hello Morning ! A l’occasion de l’inauguration de son nouveau siège, le Toaster, installé dans la campagne toulousaine [voir encadré], la fintech Payname a dévoilé ce soir sa nouvelle marque, Morning. Un nom taillé pour l’international, qui marque symboliquement l’entrée de la fintech de 50 salariés dans une nouvelle ère : celle de la « néo-banque ».

Relativement peu connu - « personne ne nous a vu venir ! » s’exclame Eric Charpentier avec une pointe de fierté - Payname est une spécialiste des paiements entre particuliers : pour les services à la personne, d’abord, dans sa version initiale d’avril 2013. Puis, plus récemment, pour régler en trois fois, avec suivi de courrier, ses achats sur LeBonCoin, payer son loyer ou constituer une cagnotte en ligne. Des services aux usages encore balbutiants en France, mais suffisamment prometteurs pour convaincre plusieurs investisseurs, notamment la Maif, d’y investir quelques millions d’euros. De l’argent frais qui a permis de passer à l’étape suivante.

« Réveiller la banque »

Le déclic intervient en juillet 2015. Avec seulement 4 salariés à l’époque, sans expérience bancaire, Payname parvient à décrocher une licence d’établissement de paiement. « On a découvert alors qu’on pouvait tenir des comptes et distribuer des moyens de paiement », se souvient Eric Charpentier. L’idée germe, celle de créer cette fameuse « néo-banque ». « Les banques actuelles donnent parfois l’impression de séquestrer l’argent de leurs clients. Nous, nous voulons leur donner des outils pour le piloter », développe le CEO de Morning. En résumé, « réveiller la banque », pour reprendre le nouveau slogan de la marque.

Première étape en octobre prochain (1) avec le lancement d’un compte de paiement avec IBAN, accompagné d’une carte bancaire MasterCard à autorisation systématique. Le tout piloté à partir d’une application mobile. « Les utilisateurs pourront choisir le code PIN de leur carte, activer et désactiver d’un clic et en temps réel les achats en ligne, les paiements sans contact ou même tous les paiements, par exemple en cas de perte », promet Eric Charpentier. Un concept proche de celui de l’Allemand Number26, qui a tenté une percée en France en début d’année avant de suspendre les ouvertures.

Un agrégateur de cartes bancaires

Comme la start-up allemande ou Soon en France, Morning abandonnera le traditionnel relevé de compte pour une timeline d’opérations et proposera à terme (mais pas au lancement) une solde prédictif, prenant en compte les opérations récurrentes prévisibles. Le service ira même un peu plus loin, en permettant d’agréger dans son interface des cartes bancaires d’autres banques. « Il sera ainsi possible de répercuter un achat effectué avec la carte Morning sur un autre compte, détenu dans une autre banque ».

Eric Charpentier le sait : « On ne va pas remplacer les banques traditionnelles. Mais nous voulons devenir la banque du quotidien, simple et pratique ». Ce qui n’empêche pas l’ambition. Morning va ainsi lancer, dans la foulée de son offre destinée aux particuliers, une version dédiée aux professionnels, auto-entrepreneurs et associations. La société travaille également à décrocher une licence d’établissement de crédit, qui lui permettrait d’accorder des découverts à ses clients, mais aussi de financer leurs projets.

« L’argent a vocation à rapprocher les gens »

L’autre atout attendu de Morning, c’est le temps réel, un service qu’aucune banque, en ligne ou non, n’est aujourd’hui capable d’offrir. Pour y parvenir, la fintech a fait le choix de construire son propre système d’information, plutôt que de s’appuyer sur celui d’une banque. Elle promet, du coup, une agilité sans équivalent. Exemple : « Je suis au restaurant avec des amis, et j’avance le paiement », détaille Eric Charpentier. « Je vois l’opération apparaître instantanément dans mon application, et je peux tout de suite demander à mes amis de me rembourser leurs parts, même s’ils n’ont pas de compte Morning ».

Cette dimension sociale du paiement, déjà présente dans les services de Payname, restera au cœur de Morning. « Je pense que l’argent a vocation à rapprocher les gens, a fortiori avec l’essor de l’économique collaborative », explique Eric Charpentier. Les comptes Morning seront donc pensés pour recevoir les revenus salariaux, mais aussi les revenus collaboratifs, issus du covoiturage, des places de marché numériques, etc.

Une carte premium en 2017

Reste une question cruciale : celle du modèle économique. Contrairement à Compte Nickel, autre concurrent dont le service de base est facturé 20 euros par an, le compte Morning sera gratuit, à l’exception des opérations effectuées hors zone euro. Une première source de revenus sera les commissions d’interchange perçues à l’occasion des paiements par carte effectués par leurs clients. Mais ces commissions sont désormais plafonnées et « ne rapportent plus grand chose », constate Eric Charpentier.

Pour assurer sa pérennité financière, en attendant peut-être de pouvoir distribuer des crédits, Morning va lancer en 2017 une version premium de sa carte bancaire, facturée autour de 30 euros par an. Elle permettra, en partenariat avec la Maif, de bénéficier de garanties et d’assurances supplémentaires, notamment sur les achats en ligne et les vols de données personnelles. De quoi convaincre, peut-être, les 60.000 utilisateurs actuels de Payname dans un premier temps, et beaucoup plus ensuite, espère Eric Charpentier.

Un campus numérique à la campagne

Seul établissement de paiement français installé en province, Payname a inauguré, en même temps qu’elle dévoilait son nouveau nom, son nouveau siège, baptisé le Toaster. Installé à Saint-Élix-le-Château, à une cinquantaine de kilomètres de Toulouse, il se veut un campus numérique à la campagne, avec ferme et terrain de foot à proximité, et est destiné à terme à accueillir d’autres jeunes pousses.

La fintech cultive par ailleurs un fort ancrage régional : Morning sera l’an prochain un des sponsors du TFC, le club de foot toulousain, et fournira notamment une carte de paiement cobrandée aux abonnés du club. C’est également une banque du Sud-Ouest, le Crédit Agricole Pyrénées Gascogne, qui fournit à Morning le compte de cantonnement indispensable pour sécuriser les dépôts de ses clients.

(1) Les préinscriptions débuteront au cours de l’été 2016.

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© cbanque.com / VM / Juin 2016