L'assurance-vie est le placement préféré des Français !

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Montage d'un podium et d'un tapis rouge
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« L’assurance-vie, c’est le placement préféré des Français ! » A moins que ce ne soit l’immobilier ou encore les livrets d’épargne. Le « placement préféré des Français » est une expression journalistique utilisée par facilité, comme périphrase. Chiffres à l’appui, que représentent vraiment ces « placements préférés » ?

Tapez « placement préféré des Français » dans votre moteur de recherche favori. Résultat : beaucoup d’assurance-vie, un peu d’immobilier voire même du Plan épargne logement, et en creusant un peu, à la recherche d’articles plus anciens, de nombreux articles citant le Livret A. De quoi s’y perdre ! Les différents médias ne parvenant pas à se mettre d’accord, passons en revue les éléments concrets qui pourraient permettre de décerner la couronne du placement « préféré ».

L’assurance-vie, championne en montant

Le problème, c’est que les Français ne sont jamais réellement interrogés sur le produit qu’ils préfèrent, dans le sens propre du terme : « qu’ils aiment le plus ». Même les nombreux sondages sur le sujet ne posent pas la question de façon si candide. Il faut donc chercher d'autres critères.

Si l’assurance-vie est souvent désignée comme le placement préféré, c’est qu’elle bat les autres produits d’épargne (1), et de loin, en termes de sommes d’argent. 1.572 milliards d’euros accumulés fin juillet 2015 sur l’assurance-vie selon la fédération des assureurs, 361 milliards sur le Livret A et le LDD à la même date selon la Caisse des dépôts, 226 milliards sur le PEL à la fin mai. Cette logique se confirme actuellement au niveau des collectes mensuelles, l’assurance-vie étant depuis de nombreux mois nettement dans le vert, quand le Livret A reste dans le rouge.

Lire à ce propos : Les Français chamboulent-ils vraiment leurs placements face à la baisse des taux ?

Mais décerner le titre de « placement préféré » sur la base du montant est-il pertinent ? Non car le Livret A affiche un plafond (22.950 euros) contrairement à l’assurance-vie, dont l’encours total est boosté par les « gros contrats ».

La moitié de l’assurance-vie sur les gros contrats

Dans son baromètre 2015 de l’épargne-vie individuelle, le cabinet Facts & Figures distingue trois types de contrats d’assurance-vie : standards (distribués en banque), patrimoniaux (distribués par les courtiers web, les réseaux d’assurance ou les conseillers en gestion de patrimoine) et gestion privée (haut de gamme). Là où l'encours moyen des contrats bancaires est de 17.130 euros en 2014, il grimpe à 66.400 euros pour les patrimoniaux selon Facts & Figures.

Et les contrats « gestion privée » figurent dans une toute autre catégorie, avec un ticket d’entrée généralement fixé au-dessus de 100.000 euros. Montant moyen : 199.200 euros. Si les contrats « standards » sont les plus nombreux, ils représentent un poids équivalent aux deux autres catégories réunies dans l’encours global de l’ensemble de l’assurance-vie : les « gros contrats » pèsent donc très lourd dans les statistiques globales.

Plus de 90% des Français ont un Livret A

Peut-être faut-il mesurer le succès d’un produit d’épargne par son nombre. Livret A : 61,6 millions de comptes fin 2014. Assurance-vie : 52 millions de contrats selon le régulateur, l’ACPR, mais cette statistique reste partielle, ne prenant en compte que les contrats individuels. Et ces chiffres sont difficilement comparables puisqu’une même personne a le droit de détenir plusieurs assurances-vie. Pas plusieurs Livrets A.

Aucune statistique précise n’existe sur le nombre de détenteurs. Mais l’observatoire de l’épargne réglementée chiffre à 92,9% le taux de détention du Livret A en 2014. Pour l’assurance-vie, la statistique la plus récente est livrée par l’Insee, qui estimait le taux de détention à 62% en 2010. Toutefois, en ne se concentrant que sur les « contrats d’assurance en cas de vie » (2), orientée vers l’épargne ou la préparation à la retraite, le taux de détention tombe même à 41% des Français.

La recherche d'alternatives au Livret A

Le Livret A apparaît ainsi comme le seul produit d’épargne réellement populaire, au sens où une très large majorité des Français le détiennent. Est-ce suffisant pour lui délivrer le titre de « placement préféré » ? Pas réellement car les sondages récents montrent paradoxalement son impopularité croissante. Il faut remonter à 2013 pour trouver des sondages aux résultats positifs à l’égard du Livret A, la faute à un taux de rémunération au plus bas, à 0,75% actuellement.

Un exemple parmi tant d’autres. Sondage Ifop-Cecop pour le Cercle de l’épargne en mai 2015 : « Estimez-vous qu’il est actuellement intéressant de placer son épargne dans le Livret A ? » Oui à seulement 17%, contre 53% pour l’assurance-vie.

Un « placement préféré » différent selon l’objectif

Finalement, existe-t-il un « placement préféré des Français » ? Non, du moins pas toutes catégories confondues. Dans les sondages, justement, tout va dépendre de l’aspect mis en avant : l’assurance-vie plaît notamment pour l’épargne retraite, le PEL pour son rendement élevé et garanti, l’immobilier pour son aspect rassurant et pérenne, etc. Et si les Français affirment vouloir se détourner du Livret A depuis plusieurs mois, cela ne les empêche pas d’en conserver un, dans une logique d’épargne de précaution. Epargner 100 euros restants en fin de mois, placer 1.000 euros ou gérer 50.000 euros reçus via un héritage, cela n’a rien de comparable. Selon leur objectif, les Français auront un « placement préféré » différent.

(1) Le cas particulier de l’immobilier est volontairement mis à part puisqu’il répond à la fois à une logique de placement, avec l’immobilier locatif, mais aussi à un logique d’habitation principale.

(2) A distinguer des contrats en cas de décès, dont l’objet n’est pas l’épargne ou la préparation à la retraite mais uniquement la succession. En outre, figurent parmi les contrats d’assurance en cas de décès les assurances-emprunteur avec une garantie décès.

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© cbanque.com / BL avec FV / Septembre 2015