Investissement : comment déterminer son allocation d'actifs idéale

  • Par Jean-Paul RAYMOND (Quantalys)
  • Tribune d'expert
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Si la diversification de ses investissements est la clé pour disposer d’un portefeuille, comment l'organiser ? C’est toute la question de l'allocation de ses actifs et de l'adéquation avec son profil de risque et ses objectifs. Explications.

Lorsqu’on parle d’allocation d’actifs on évoque la répartition par famille des actifs détenus en portefeuille. Cette allocation peut avoir des niveaux de précision plus ou moins importants : obligations versus actions au niveau le plus grossier ; par zones géographiques, par secteurs d’activité ou par capitalisations si on veut être plus précis.

L’intérêt premier de l’allocation d’actifs est de contrôler le « mix » de types d’actifs détenus en portefeuille pour vérifier si ce dernier est correctement diversifié. Mais on peut aussi raisonner à l’inverse et partir d’une allocation d’actifs prédéfinie pour construire un portefeuille. C’est d’ailleurs ce que recommandent aujourd’hui les autorités de tutelle (AMF et ACPR) afin de créer des portefeuilles qui soient en adéquation avec le profil de risque et les objectifs de l’investisseur.

Dans ce cadre, le processus est le suivant :

  • détermination du profil de risque et des objectifs de l’investisseur à travers des questionnaires,
  • définition d’une allocation adaptée à ce profil,
  • choix de produits répliquant cette allocation,
  • contrôle dans le temps que le portefeuille est toujours en adéquation avec l’allocation choisie.

L’allocation pourra être stratégique, à savoir donner les grandes lignes des répartitions qui devront être respectées sur le long terme, et pourra subir des ajustements tactiques afin de profiter des opportunités de marché (on parle alors d’allocation tactique).

Risque optimal pour un investissement

La première chose à faire quand on veut construire une allocation d’actifs c’est donc de déterminer le niveau de risque optimal pour l’investissement. Ce niveau de risque est déterminé par la conjugaison de deux éléments :

  • Le profil de risque de l’investisseur qui va déterminer sa capacité et sa volonté de prendre des risques ainsi qu’à assumer des pertes éventuelles. Ce profil est unique investisseur par investisseur.
  • L’objectif de l’investissement, qui lui sera unique investissement par investissement, et dépendra de facteurs tels que la durée prévue de cet investissement, le pourcentage du patrimoine de l’investisseur concerné par cet investissement, etc.

Cela signifie qu’un même investisseur pourra avoir des profils de risques et des allocations d’actifs très différents sur deux investissements ayant des caractéristiques différentes (par exemple de l’argent placé à court terme pour faire de la trésorerie et un placement à long terme pour une retraite complémentaire). Le niveau de risque admissible est traduit ensuite soit en volatilité cible à long terme, soit en VAR à échéance (Value at Risk, c'est-à-dire la perte potentielle à l’échéance avec un certain pourcentage de probabilité que cela advienne). Cela revient à raisonner en amplitude ou en perte potentielle.

Efficience et diversification

Une fois le niveau de risque connu, il est possible de regarder quelle allocation d’actifs correspondra le mieux à l’investisseur. Pour ce faire, on croise le niveau de risque obtenu avec ce que l’on appelle une frontière efficiente.

Lire aussi : Diversifier ses investissements, principe de base pour un portefeuille robuste

Pour résumer, cette frontière rassemble l’ensemble des allocations qui, pour un risque donné vont réussir à maximiser le rendement attendu en jouant au mieux de la diversification et de la décorrélation des différentes classes d’actifs entre elles. Chaque allocation efficiente va donc permettre ainsi de maximiser les gains théoriques pour un niveau de risque donné et en conséquence, il sera aisé de proposer à l’investisseur le mix de classes d’actifs efficient correspondant au niveau de risque optimal de son investissement.

La difficulté réside dans la construction de cette frontière efficiente qui nécessite de disposer d’hypothèses fiables de rendements et de volatilités futurs pour chaque type de marché (classe d’actifs). Or, s’il n’est pas aisé de déterminer ces hypothèses sur le court terme, il est plus facile de déterminer des tendances sur le long terme, soit par une étude des séries historiques sur de longues périodes, soit par une analyse des facteurs macroéconomiques à long terme. C’est la raison pour laquelle les allocations d’actifs efficientes sont avant tout des allocations stratégiques, donnant l’orientation structurelle du portefeuille.

Allocation tactique : prendre en compte les opportunités court terme du marché

Pour déterminer les allocations d’actifs tactiques, plusieurs modèles mathématiques existent. Ils ont en commun de nécessiter l’intégration de « vues » tactiques qui sont difficiles à déterminer et s’apparentent souvent à des convictions personnelles. Ces « vues » concernent l’évolution à court terme des différents marchés présents dans l’allocation d’actifs, en général sur le mois ou le trimestre à venir.

Ces vues peuvent concerner aussi bien les classes d’actifs principales (ex : « je crois aux actions Europe plutôt qu’aux actions US ») que des spécialisations de ces classes d’actifs (ex : « dans les actions Europe, il faut privilégier les actions allemandes ou les petites capitalisations »). Elles sont en général issues d’analyses économiques ou de l’actualité des marchés et elles vont permettre de sur ou sous-pondérer momentanément telle ou telle classe d’actifs en partant de l’allocation stratégique qui reste l’objectif à long terme du portefeuille.

D’après les études que nous avons pu faire sur le sujet, une gestion tactique efficace peut générer de l’ordre de 2% de surperformance par an par rapport à l’allocation stratégique de référence. Cette surperformance est toutefois théorique car une partie de cette dernière peut être rognée par les frais liés aux arbitrages tactiques, surtout si ceux-ci sont fréquents, mensuels par exemple.

L’avis du spécialiste : l’allocation d’actifs au centre du processus de diversification.

Pour faire une allocation d’actifs efficiente il est généralement nécessaire de prendre en compte un nombre minimum de marchés, les plus « orthogonaux » possibles, c’est-à-dire couvrant l’ensemble de l’univers des produits à disposition en n’ayant pas de zone de recouvrement.

Une allocation d’actifs pourra typiquement être composée de monétaire ou de fonds en euros dans le cas de l’assurance-vie, d’obligations en euro, d’obligations internationales, d’actions Europe, d’actions USA, d’actions Asie Pacifique et d’actions émergentes. A ces classes d’actifs primaires pourront être ajoutées des classes d’actifs spécifiques ou de diversification telles que les produits flexibles/patrimoniaux, les produits à performance absolue, les matières premières ainsi que les produits liés à l’immobilier (SCPI, OPCI).

On le voit, on arrive rapidement à une dizaine de classes d’actifs différentes qui vont mécaniquement diversifier le portefeuille. Cette diversification va apporter de la robustesse au portefeuille, chaque classe d’actifs réagissant différemment dans le temps, et surtout va permettre de décorréler au maximum son comportement par rapport à celui du marché actions.

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