Diversifier ses investissements, le principe de base pour un portefeuille robuste

  • Par Jean-Paul RAYMOND (Quantalys)
  • Tribune d'expert
Un cours de bourse flou
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Ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier. Un vieil adage populaire, qui constitue néanmoins le principe de base pour la construction de portefeuilles d’investissement robustes quelle que soit la tendance des marchés. Pourquoi et comment aboutir à des sélections suffisamment diversifiées, cohérentes avec les objectifs que l’on s’est fixés ? Explications.

La notion de corrélation, base de la diversification

La notion de corrélation n’est pas forcément facile à appréhender. Elle est pourtant fondamentale pour tout ce qui a attrait à la diversification des investissements. Concrètement, la corrélation consiste à regarder comment deux actifs réagissent dans des conditions similaires de marché. Si ils se comportent d’une manière similaire ils sont corrélés. Si ils réagissent de manière différente ils sont décorrélés et si ils évoluent de manière inverse ils sont anti corrélés. En conséquence, plus deux produits sont corrélés et moins le fait de les avoir tous les deux dans le portefeuille apportera de diversification. Pour avoir un portefeuille bien diversifié il faut ainsi avoir des produits les plus décorrélés que possible.

En d’autres termes un peu plus « mathématiques », la volatilité d’un mix de deux produits n’est pas égale à la somme des volatilités de chacun d’entre eux. Car cette somme doit être pondérée par leur coefficient de corrélation. Ce coefficient étant inférieur ou égal à 1 (correspondant à une corrélation parfaite), la volatilité du mix de produits sera toujours inférieure à la somme des volatilités et pourra même devenir nulle en cas de produits parfaitement anti corrélés.

La conséquence est immédiatement compréhensible : plus on prend des produits décorrélés entre eux plus on abaissera la volatilité du portefeuille. C’est là le principal intérêt de la diversification.

Exemple : on prend deux classes d’actifs qui réagissent différemment l’une par rapport à l’autre, comme les actions et l’or. Lorsque les actions baissent, l’or qui est une valeur refuge et dont on peut estimer qu’elle est anti corrélée avec les actions, va augmenter et de ce fait compenser la baisse des actions. Au final le portefeuille sera beaucoup moins volatil et risqué que chacune de ses composantes prises individuellement.

La diversification jusqu’à l’efficience

Ce principe a été généralisé et théorisé dans les années 50 par Markovitz qui a démontré que pour un ensemble de classes d’actifs il existe un « mix parfait » qui donnera le meilleur compromis entre la volatilité et le rendement. L’ensemble des portefeuilles qui répondent à ces critères (dits « efficients ») constitue ce que l’on appelle la frontière efficiente.

La théorie de la frontière efficiente a su démontrer sa robustesse au moins dans une approche long terme des marchés. Elle se retrouve au cœur de la plupart des modèles de construction de portefeuilles.

Evidemment, pour que ces modèles fonctionnent bien, les classes d’actifs proposées au départ doivent être suffisamment différentes les unes des autres. Aux classes traditionnelles obligataires et actions on pourra ainsi tirer bénéfice à ajouter des classes d’actifs moins conventionnelles, dites justement de diversification : matières premières physiques, immobilier (à travers de SCPI ou des OPCI), des produits à performance absolue et même des produits alternatifs ou structurés.

L’important est que les produits présents dans le portefeuille aient des comportements différents afin d’amortir les soubresauts du marché sans perdre leur potentiel de gains.

Classe d’actifs génériques et classes spécialisées

Une autre manière de créer de la diversification est de prendre des classes d’actifs spécialisées en plus des classes génériques : par exemple prendre des produits spécialisés sur un pays spécifique plutôt que sur une zone géographique ou sur un type d’obligations (haut rendement ou long terme par exemple).

Néanmoins, cette diversification se fera en général selon des considérations tactiques, c’est-à-dire conjoncturelles et de court terme. Exemple : privilégier la Chine par rapport à l’ensemble des pays émergents parce que l’on estime les perspectives économiques court terme plus intéressantes.

Pour résumer, la diversification stratégique se fondera sur des produits ayant structurellement des comportements différents voire opposés entre eux, et la diversification tactique se fera en prenant en compte des spécialisations dans la classe d’actifs considérée.

Diversification directe ou diversification déléguée ?

Le problème de la diversification : elle oblige à acheter un grand nombre de produits différents. Aucun souci lorsque le portefeuille représente un montant élevé mais dans le cas inverse, le montant minimum d’investissement de chaque produit peut devenir un obstacle.

Une solution consiste alors à déléguer la diversification du fonds au gestionnaire à travers l’achat d’un fonds mixte qui combinera en son sein les différentes classes d’actifs. Il existe de nombreux produits ayant ce type de caractéristiques. Ils sont classés en deux familles distinctes :

  • Les fonds profilés, dont l’allocation globale ne changera pas dans le temps,
  • Les fonds flexibles, dont l’allocation variera dans le temps en fonction des opportunités tactiques du marché.

Cette seconde famille est très populaire surtout depuis la crise de 2008 lors de laquelle ils ont su démontrer une résistance importante à la baisse.

L’avis du spécialiste Quantalys : structure type d’un portefeuille correctement diversifié

Pour un portefeuille correctement diversifié il faut en général compter entre 8 et 10 classes d’actifs différentes : monétaire ou support en Euros, obligations euro, obligations dans d’autres devises, actions Europe, actions USA, actions Asie et actions émergentes.

A ces classes d’actifs qui vont composer la structure de base du portefeuille pourront se rajouter les classes d’actifs de diversification : actions sectorielles, matières premières, obligations haut rendement, produits alternatifs, voire produits de couverture, etc.

Cette poche de diversification ne doit généralement pas dépasser 20 à 25% du portefeuille et chaque classe d’actifs ne doit pas peser pour plus de 5 à 10%.

Une autre diversification possible joue sur l’exposition aux devises présentes dans le portefeuille. Cette « currency allocation » va elle aussi permettre de créer de la diversification. Mais attention : elle reste réservée aux spécialistes car elle peut conduire à des pertes importantes si les choix réalisés s’avèrent erronés !

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