Argent : comment en parler à ses enfants ?

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Argent de poche
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En France, la moitié des parents donnent de l’argent de poche chaque mois à leurs enfants. Il s’agit, la plupart du temps, de leur premier contact avec l’argent. Mais comment leur en parler simplement ?

Qui ne s’est jamais entendu dire par son enfant qu’il suffisait d’aller retirer au distributeur automatique pour avoir de l’argent ? L’argent reste en effet une valeur abstraite pour nos chères têtes blondes. Pour les y familiariser, les initiatives des banques et des sites pédagogiques sont nombreuses. Comme celui de la Finance pour Tous, qui dispose d’un espace dédié aux enfants. Pourquoi ? Tout simplement car « l’approche et les sujets ne sont pas les mêmes que pour les adultes », assure sa déléguée générale Pascale Micoleau-Marcel. « Notre idée c’est d’accompagner les parents et les enseignants en apportant des connaissances, des jeux ». Le site a entre autres édité le jeu de cartes « Super €uro », destiné aux 8-12 ans « pour se former en s’amusant à quelques notions sur l’argent et l’économie ». Pour les plus grands, la BCE a lancé le jeu en ligne €conomia, expliquant, « de manière simplifiée », le fonctionnement de la politique monétaire.

En dehors des jeux de société, l’argent de poche est un bon moyen pour évoquer concrètement le sujet en douceur, tout en abordant la notion de gestion. La coach en intelligence financière Nathalie Cariou conseille d’attendre que les enfants aient de l’argent de poche, généralement aux alentours de 8 ans. « Son intérêt repose sur le discours que nous tenons autour », précise-t-elle. Avant d’illustrer : « Si je te donne 10 euros, je te demande juste d’appliquer des règles. » Sa méthode ? Répartir l’argent dans trois tirelires distinctes : une dédiée à l’argent à dépenser (50% du montant total de l’argent de poche), une autre pour l’argent à économiser (40%) et enfin une dernière destinée aux dons, au partage (10%).

L'argent de poche, une « zone de responsabilité »

Comme le rappelle Nathalie Cariou, l’argent de poche est une « zone de responsabilité pour l’enfant : il a la liberté de choisir, de se tromper, de dépenser pour des choses futiles ». Sans oublier de préciser que l’adulte ne doit pas interdire à l’enfant de s’acheter un jouet avec son argent, même si lui trouve cela de mauvaise qualité ou que cela ne lui plaît pas. Mieux vaut en reparler à l’enfant a posteriori : « Tu vois 20 euros pour ce jouet c’est peut-être un peu cher par rapport à l’usage que tu en fais… ».

Pour les sommes plus importantes qui sont épargnées sur un livret, rien ne sert de les cacher à l’enfant pour la coach. « A partir du moment où c’est un livret d’épargne il n’utilisera pas l’argent tout de suite. Alors oui, si on dit à l’enfant qu’il possède 1.000 euros, cela va lui paraître beaucoup. C’est positif qu’un enfant de 8 ans se pense riche, c’est un sentiment d’abondance agréable, pour lui c’est le bout du monde. Il se rendra compte de la réalité en grandissant et relativisera cette somme. »

Ne pas parler d'argent en fait un tabou

Au-delà de l’argent de poche, est-il possible de parler de toutes les facettes de l'argent avec ses enfants ? Pour que l’argent entre dans leurs habitudes, Nathalie Cariou estime que les parents doivent en parler devant leurs enfants dès le plus jeune âge. « Il n’y a aucune raison de se cacher. Sinon dans ce cas l’argent devient tabou, et nous laissons entendre que c’est un secret malsain. Si on n’en parle pas, il devient illégal, source de honte… Nous induisons que c’est quelque chose dont nous ne devons pas être fier ». Leur parler de la réalité est capital selon la coach, il ne faut pas tenter de les surprotéger. « Il ne faut pas leur cacher quand nous ne pouvons pas leur acheter quelque chose. D’ailleurs, si une famille a des problèmes financiers ou un besoin express d’économiser, il faut associer les enfants. Ils sont même de meilleurs gestionnaires que les adultes car ils sont cohérents entre l’intention et le comportement, et seront donc une aide précieuse pour tenir notre axe ».

Elle ajoute : « Plus nous en parlons, plus ça devient familier, et nous donnons ainsi la possibilité aux enfants de s’approprier l’outil, de l’apprivoiser ». Donner le montant de son salaire à son enfant est « un point de repère comme un autre. L’enfant ne porte pas de jugement sur ce que nous gagnons ». Une position nuancée par Pascale Micoleau-Marcel, déléguée de la Finance pour Tous, qui suggère quant à elle de parler d’argent progressivement, en partant des pièces et des billets pour les plus jeunes par exemple.

Education financière

Pour Nathalie Cariou, l’argent « doit s’apprendre ». Les parents ont un rôle dans l’éducation financière de leurs enfants, « même si les banques ont sûrement un rôle à jouer, et qu’elles jouent d’ailleurs plutôt bien ». De son côté, Pascale Micoleau-Marcel conseille aux banques de passer par « des structures comme la nôtre, neutres et professionnelles pour faire de la pédagogie ». La déléguée de La Finance pour Tous rappelle que même si les banques « le font bien, il y aura toujours le problème du conflit d'intérêt et la suspicion d'une arrière-pensée commerciale ».

« Il n’y a pas d’éducation aux finances personnelles à l’école et c’est un manque, souligne Pascale Micoleau-Marcel. Les enseignants estiment que ce n'est pas à eux d'aborder le sujet mais aux parents. À condition que les parents en aient la compétence ! D’autant plus que l’argent est un sujet très personnel, dans tous les milieux, qu’il peut être tabou. » D'ailleurs, au-delà de son espace enfant, le site pédagogique possède également un espace enseignants, du primaire au BTS Banque. Ce manque d'éducation financière est aussi déploré par la coach : « Aujourd’hui un grand nombre d'adultes ont beaucoup de mal à gérer leur argent. Plus on apprendra tôt aux enfants, plus ils deviendront des adultes responsables et consciencieux. »

Comment les banques parlent aux enfants : quelques exemples

Sur son site, LCL vante le côté pédagogique de l’argent de poche en donnant quelques pistes aux parents. Cela permet à l’enfant, entre autres, de gérer ses ressources, de gagner en autonomie et de s’initier à la valeur de l’argent et aux notions de budget et d’épargne.

Le site sur « l'A-B-C de la banque » de la Société Générale, pour les enfants « à partir de 6 ans », propose un « minicompte » pour permettre aux enfants d’apprendre à gérer leur argent. « Inscris la somme que tu reçois, celle que tu dépenses et calcule ce que tu possèdes ! […] Grâce à ton mot de passe, personne d’autre que toi n’y a accès », écrit le site. Réalisé par la Société Générale, la banque n’informe toutefois pas de son existence sur son site, qui propose également un espace enfants avec les différents placements possibles, mais aussi un espace jeux.

La Banque Postale dispose d’un espace parents pour « lui apprendre à gérer son argent », à travers l’ouverture d’une « Formule de compte » et la souscription à la carte bancaire prépayée et rechargeable « Regliss », destinée au 12-17 ans.

Pour les adolescents, Mozaïc du Crédit Agricole utilise des conseils pratiques pour appréhender ses finances. Avec un design résolument jeune, il s'adresse aux collégiens, lycéens et étudiants.

L’association Finances & Pédagogie, créée par les Caisses d’Epargne, fêtera ses 60 ans en 2017. Son objectif ? « Responsabiliser et éduquer les jeunes à la gestion de l’argent au quotidien, en leur apportant les connaissances nécessaires pour mieux appréhender les problématiques financières. »

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© cbanque.com / EL / Janvier 2015