Livrets : combien garder comme épargne de précaution ?

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Livret A
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Mettre un peu d’argent de côté, rapidement disponible, en prévision des coups durs, c’est l'une des fonctions premières des livrets d’épargne réglementée : Livret A, LDD ou LEP selon les cas. Les conseillers bancaires chiffrent le montant à conserver sur ces livrets en nombre de mois de revenus. Combien ? Il n'existe pas de réponse universelle : tout dépend des projets de chacun. Points de vue croisés.

« Accident de voiture, réparations diverses, chaudière à changer, frais de dentiste, achat coup de cœur… faire face à une dépense imprévue sans toucher à l’épargne placée à long terme », voilà comment le Crédit Agricole définit sur son portail national l’épargne de précaution. Avant de préciser, sur la même page : « On conseille généralement de mettre de côté environ trois mois de salaire, soit une réserve plutôt confortable. » A noter : il est ici question de nombre de mois de revenus et non de montant afin que ce principe puisse s’appliquer à une large frange de la population.

Ce type de discours est régulièrement repris par les conseillers bancaires, en agence, ou par d’autres spécialistes de l’épargne. Mais le montant à conserver diverge : 1, 2, 3, voire parfois 6 salaires selon les banques et les interlocuteurs. La fourchette la plus couramment citée par les banques est « 2 à 3 mois de salaire », à l’image de la réponse apportée à cBanque par la Société Générale. Un matelas que la banque rouge et noire recommande de se constituer « progressivement et sans effort » en mettant en place des versements programmés.

« 2 à 3 mois », une règle qui ne fait pas totalement consensus. Ainsi le service presse de la Banque Postale confie qu’il n’existe « pas de consigne précise sur le sujet », avant d’ajouter : « Nous conseillons de conserver un minimum mais certaines personnes n’ont pas l’équivalent de 2 ou 3 salaires sur leur Livret A. C’est le conseiller qui avise en fonction des préoccupations du client. »

« Prendre l’habitude d’épargner »

Même son de cloche à l’Agence nouvelle des solidarités actives (Ansa), partie prenante du projet de Points conseil budget souhaités par le gouvernement : « Nous n’avons pas de recommandation concernant la gestion du Livret A ou de l’épargne de précaution : plusieurs salaires, cela peut sembler inatteignable pour les personnes en difficulté. On conseille juste d’essayer de prendre l’habitude d’épargner en fonction de ses ressources, quelque soit le montant. »

Les conseillers en gestion de patrimoine font logiquement face à un public différent. Benjamin Clavel, associé du cabinet CPS (Conseils patrimoine services), table sur un matelas de « 3 à 6 mois de revenus d’avance au titre de l’épargne de précaution, sur des livrets réglementés (Livret A, LDD, LEP s’ils y ont accès) ». Pourquoi une si large fourchette ? « Certains auront l’impression d’être ''démunis'' avec seulement 3 mois de revenus sur un livret alors que d’autres souhaitent optimiser au mieux le rendement de leur trésorerie (et tendront donc vers les 3 mois d’avance). » Benjamin Clavel souligne aussi que ses clients aux « revenus fortement variables » optent plutôt pour « une réserve de 6 mois pour pallier une éventuelle baisse de salaire ».

Un maximum plutôt qu’un objectif minimum ?

Six mois, ce sera a priori trop pour les conseillers bancaires du Crédit Agricole Pyrénées Gascogne. Jusqu’à récemment, la règle était d'encourager les clients à laisser « 2 mois minimum » sur les livrets d’épargne réglementée selon Anne-Marie Cesari, du pôle « familles » de cette caisse régionale. Problème : « Les particuliers ont tendance à mettre beaucoup plus sur leur Livret A ! » Un placement pourtant peu rémunérateur (1% depuis le 1er août dernier) pour l’usager, mais aussi pour la banque puisqu’environ 60% des sommes placées sur ces livrets sont centralisés au sein du fonds d’épargne géré par la Caisse des dépôts. Ainsi, Anne-Marie Cesari confie que le mot d'ordre a évolué. Les conseillers du Crédit Agricole Pyrénées Gascogne recommandent désormais de « conserver au maximum 4 mois de salaire » sur ces livrets.

La Société Générale conseille quant à elle, « au-delà de 3 mois de salaire », de « se constituer une épargne à terme pour préparer ses projets futurs » avec des placements plus rémunérateurs mais moins disponibles : assurance-vie, Plan épargne logement (PEL), etc. Un principe valable même pour des foyers avec « une très faible capacité d’épargne » comme le soulignait Didier Davydoff, de l’Observatoire de l’épargne européenne en juin dernier : « Il faut commencer par mettre un ou deux mois de salaire sur un Livret A. Ensuite, l’épargne-logement est intéressante. »

Retrouvez par ailleurs la seconde partie de ce zoom sur la gestion de budget : Faut-il laisser tout son salaire sur son compte courant ?

Mise à jour (15 décembre) - Correction concernant le rôle de l'Ansa dans le projet de Points conseil budget.

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© cbanque.com / BL / Décembre 2014