Le report d'échéances de prêt

Effectuer un report d’échéances, c’est suspendre, pendant un ou plusieurs mois, le remboursement d’un crédit en cours. L’opération peut être nécessaire en cas de difficultés fortes et passagères. Le report total est à utiliser avec beaucoup de précaution, tant il se révèle coûteux.

Le report d’échéances est présent dans de nombreuses offres de crédits immobiliers modulables dont celles de la Caisse d’épargne, de la Société Générale, du Crédit Agricole, du CIC ou encore du Crédit du Nord. Il diffère ici du retardement du début du remboursement d’un prêt, comme c’est parfois le cas pour les prêts immobiliers ayant une période de différé ou d'anticipation. En effet, pour les crédits modulables, le report d'échéances, autrement appelé suspension d'échéances, a lieu pendant la phase de remboursement du crédit et il n’est limité qu’à quelques mois, entre un et douze selon les banques. Deux types de report sont alors possibles : le report simple ou partiel (suspension du remboursement du capital) et le report complet ou total (suspension du remboursement du capital et des intérêts, éventuellement de l'assurance).

Un terme en trompe-l’œil

Le terme « report » peut faire croire qu’une suspension complète du remboursement pendant 6 mois entraîne un allongement de 6 mois de la durée du prêt. Autrement dit, que les mensualités non payés sont reportés à la fin du crédit. Ce n’est pas le cas. Il est en réalité plus juste de parler de suspension de paiement que de report.

Comment fonctionne un report d'échéances ?

Le diagramme ci-contre présente schématiquement l'amortissement d'un crédit sur une durée réduite d'une année, afin de mettre en évidence le fonctionnement d'un report.

Chaque barre verticale représente une échéance composée du remboursement du capital, des intérêts et de l'assurance. La courbe en rouge représente le capital restant dû (CRD) avant paiement de l'échéance. Graphiquement, l'échelle utilisée pour le CRD est différente de celle utilisée pour l'échéance.

Graphique amortissement credit et report échéances

1 - Amortissement standard

Le crédit est amorti sur 12 échéances.

2 - Report partiel

Il y a un report partiel de 3 échéances à partir de l'échéance 4. Les échéances 4, 5 et 6 ne comportent que des intérêts et de l'assurance. Il n'y a plus de capital remboursé.

Sur la courbe, le CRD reste constant pendant ces 3 échéances car l'emprunteur ne rembourse plus de capital.

Trois échéances supplémentaires ont été ajoutées au crédit.

3 - Report total

Il y a un report total de 3 échéances à partir de l'échéance 4.

Les échéances 4, 5 et 6 ne comportent plus que de l'assurance. Les intérêts sont calculés mais ne sont pas prélevé dans l'échéance, ils viennent s'additionner au capital restant dû.

C'est ce qu'on appelle un amortissement négatif, visualisable sur la courbe du CRD qui progresse pour ces 3 échéances.

Pour cette configuration, quatre échéances supplémentaires sont nécessaires pour compléter le remboursement du crédit.

Le report total

Le coût supplémentaire qu’entraîne un report complet est très important, d’autant plus s’il est effectué tôt dans le prêt. Une suspension de trois à six mois peut allonger de façon surprenante la durée totale du prêt.

Exemple pour un emprunt sur 25 ans de 150 000 euros à 5% d’intérêt et 0,35% d’assurance par an. Les mensualités sont de 920,64 euros assurance comprise (876,89 hors assurance).

Après 18 mois de remboursement, un report total des mensualités pendant 6 mois est mis en place. Pendant ces 6 mois, seule l'assurance de 43,75 euros est prélevée. Le report allonge la durée de remboursement du crédit de plus de 20 mois (presque 2 ans !) et le coût supplémentaire sera de plus de 13 000 euros.

En faisant le même report total, non plus 18 mois après le début du crédit, mais dix ans après : l'allongement ne sera plus que de 13 mois et le coût supplémentaire passera à 6 500 euros.

Le coût du report total dépend directement de la part d’intérêt dans l’échéance. Cette part d'intérêt sera fonction du taux d'intérêt, de la durée de remboursement et du moment où le report est effectué. L’option est systématiquement moins onéreuse en fin de crédit car pendant cette période l’emprunteur rembourse principalement du capital.

Mais même réalisée en fin de prêt, la suspension a un coût non négligeable. C’est donc avec une très grande prudence que le report doit être utilisé. Il est vraiment utile lorsque l’emprunteur fait face à une difficulté inattendue et doit dès lors prendre des mesures d’urgence pour boucler son budget mensuel. Un report est trop onéreux pour être envisagé comme une option de confort. Et si cela vous est possible, il est toujours préférable financièrement d'effectuer un report partiel plutôt qu'un report total.

Le report partiel

Outre la suspension complète, les banques proposent souvent la suspension partielle, ou simple. Pendant quelques mois, l’emprunteur continue à rembourser intérêts et assurances mais plus de capital.

En reprenant le même emprunt que précédemment. Après 18 mois de remboursement, un report partiel des mensualités pendant 6 mois est mis en place. Pendant ces 6 mois, seul les intérêts et l'assurance sont prélevés pour un montant de 650,30 euros. La durée de remboursement du crédit se trouve allongée de 6 mois. Le coût total supplémentaire est de 3 900 euros (équivalent aux 6 mois à 650,30).

En faisant le même report partiel, non plus 18 mois après le début du crédit, mais vingt ans après. L'échéance partielle ne sera plus que de 237,35 euros pour un coût supplémentaire de 1 400 euros.

Un report partiel sera lui aussi moins couteux en fin de vie du prêt que lors des premiers mois de remboursement. L'impact est cependant complètement différent. Avec un report total, les intérêts non payés se cumulent et génèrent à leur tour des intérêts supplémentaires. Avec un report partiel, c'est comme si le crédit était interrompu pendant quelques mois. Le coût supplémentaire sera seulement l'équivalent du montant de ces échéances réduites pendant le report partiel.

Le report partiel est ainsi plus facile à appréhender que le report total :

ComparaisonReport partielReport total
Montant de l'échéance de report :Inconnu.
Il faut la déterminer par le niveau des intérêts + l'assurance auquel le crédit est arrivé (information sur le tableau d'amortissement)
C'est simple, c'est soit zéro soit le montant de l'assurance (suivant les banques ou les options).
Allongement du crédit :Connu.
Il sera égal à la durée du report partiel (pour un crédit à taux fixe et échéances constantes)
Inconnu.
Il dépend du crédit, de son taux, de sa durée et du moment où le report est effectué. Il sera souvent très supérieur à celui d'un report partiel.
Coût du report :Connu.
C'est le nombre d'échéances en report multiplié par le montant de l'échéance de report.
Inconnu.
Il dépend de l'allongement provoqué par le report total. Il sera souvent très supérieur à celui d'un report partiel.

En contrepartie, et même s'il est moins onéreux que le report total, la mise en place d'un report partiel n'est pas toujours une bonne solution pour regagner momentanément du pouvoir d'achat. Dans notre exemple, le report partiel après 18 mois, ne permettait de dégager, chaque mois, que 270 euros sur les 920 euros de la mensualité standard. Une somme qui peut être insuffisante suivant les besoins.

Report d’échéances ou baisse de la mensualité ?

Sur un prêt immobilier modulable, il est judicieux d’examiner si une baisse des mensualités n’est pas suffisante, plutôt que de mettre en place un report.

La baisse sera toujours plus économique qu’un report même partiel, car l’emprunteur continue à rembourser une part de capital dans ses mensualités.

En revanche, et c'est sans doute un handicap comparé à un report d'une durée très courte, l'option de baisse ne peut être mise en place que pour une durée minimale d'une année, le montant de la baisse étant généralement limitée à -30% de la mensualité de départ.

Simuler des reports d'échéances

Simulation en ligne

Sur Calcamo, vous pouvez simuler seulement un report total. Définissez les caractéristiques de votre crédit, puis entrez une opération de report.

Simulation sous excel / openoffice

Avec la feuille JxTamm : vous pouvez simuler des reports d'échéances de deux manières :

Une seule échéance à reporter. Sur l'échéance à reporter, entrez en colonne 'B' le montant qui ne devra pas être compris dans l'échéance. Mettre :

  • le montant en négatif de l'échéance hors assurance pour un report total,
  • le montant en négatif du capital (celui qui est indiqué en colonne 'N') pour un report partiel.

Une série de plusieurs échéances à reporter. Sur la première échéance à reporter, entrez en colonne 'E' le montant de la nouvelle échéance :

  • zéro pour un report total (il faut mettre 0,0001 pour que la valeur soit détectée),
  • le montant actuel des intérêts qui est indiqué en colonne 'M' pour un report partiel.

Puis sur l'échéance qui suit la fin du report, remettre le montant hors assurance standard.

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